Covid-19 : à Taoudéni, les dangers du déni de la pandémie

Depuis l’arrivée de la Covid-19 au Mali, la région de Taoudéni, dans le nord-est du pays, n’a enregistré aucun cas. Pourtant, la pandémie a été déclarée présente par l’autorité régionale. Les nomades y voient un mensonge. 

 

À Taoudéni, les gens sont libres de leurs mouvements. C’est une réalité qu’on ne peut leur enlever. Ils se rencontrent chaque matin autour des puits. Ils se rendent visite entre campements, surtout lors des évènements sociaux. Ils se serrent les mains, boivent et mangent à longueur de journée dans la même assiette. Ils utilisent la même couverture pour tous.

Plusieurs familles ont des parents en ville. Lorsqu’une personne vient rendre visite à ses parents, tout le monde vient le saluer, et aucune précaution n’est prise. Un internaute s’emportait ainsi sur les réseaux sociaux : « Nous avons appris la nouvelle du virus de nos leaders traîtres et effrontés. Ils essayent toujours de s’enrichir dans des circonstances comme celle-ci. La présence de la pandémie est un mensonge, et non pas une réalité. Plus tard, on va nous dire qu’il y a eu un remède pour des personnes touchées dans la région de Taoudéni. » 

Quand il y a une foire dans les environs, les nomades se rencontrent. Venant de localités différentes, ils se croisent pour faire leur commerce. Même pendant cette période difficile de la pandémie de Covid-19, la vie continue chez les populations nomades.

Une réalité non fondée pour les populations 

L’ensemble des localités dites touchées par la Covid-19, selon la direction régionale de la santé, ignore complètement le respect des gestes barrières. Pourtant, les citoyens pourraient se retrouver confrontés à un vrai risque de contamination. Malgré cela, des figures communautaires arguent : « La pandémie ne peut pas survivre dans cette zone désertique. Il y a deux raisons. D’un, la température atteint plus de 50 degrés. De deux, le sable augmente la température du sol. Il est donc impossible qu’un virus survive dans cette zone ». Ceux qui croient en la pandémie sont considérés comme étant naïfs.

« Tout dépend de la volonté de Dieu, le Très Miséricordieux, qui fait de nous ce qu’il veut ». Voici la pensée de la majorité des personnes à Taoudéni avec qui nous conversons. « Nous sommes tous des cadavres devant Dieu, et puis la mort ne vient qu’une seule fois et n’épargne personne. Sachez-le ! », nous dit l’une d’elles. 

Il se dit qu’on connaît déjà des maladies tels que le rhume, la rougeole, le diabète, etc. Et donc la pandémie de coronavirus serait tout aussi banale. Abba, éleveur dans la région pastorale de Taoudéni, ajoute : « Nos aïeux ont survécu face à toutes les maladies. Nous avons supporté toute la chaleur du désert sans être inquiétés depuis notre enfance. Nous n’avons jamais eu besoin de savoir ce que sont ces gestes barrières. Tout ce que Dieu fait est bon. Seul Dieu peut sauver ses esclaves. Notre vie est entre les mains de notre créateur. C’est le décideur ».

Un danger à ne pas ignorer

La population parait penser que la Covid-19 est un projet monté par les autorités locales. « Nos leaders, en complicité avec les autorités sanitaires, sont en train de tromper la confiance des bailleurs de fonds, au nom d’une mission de secours aux populations. En vérité, nous ne connaissons pas ici cette maladie. Ils sont donc en train de détourner de l’argent », affirme un habitant.

Un autre va plus loin  : « Je ne crois à rien de tout ça, tant que cette pandémie ne se présentera devant moi ou devant notre campement nomade. Ce jour-là, je m’inclinerai devant les faits. Sinon, jamais je ne baisserai les bras face à des mensonges. Les autorités de Bamako sont en collaboration avec nos leaders qui essayent de véhiculer l’idée que cette Covid-19 est bien devant nos tentes et nos puits » .

Avec tout ceci, si jamais la Covid-19 atteint bel et bien Taoudéni, sentant la confiance brisée, les populations risquent de ne pas appliquer les gestes barrières pour éviter la propagation du virus entre campements. Il sera donc impossible de les protéger, surtout dans les zones les plus reculés. « Nous ne pouvons pas empêcher les nomades de leurs mouvements, car c’est leur droit. Nous voulons qu’un coup de main de leur part pour ce qui est du respect des gestes barrières », insiste Mohamed, médecin à la direction régionale de la santé de Taoudéni. Voici là une difficile équation à résoudre rapidement.

Source : Benbere

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