Autorités intérimaires : a-t-on mis la charrue avant les bœufs ?

C’est hier, mardi 15 novembre, que devait être mis en place les autorités intérimaires. Pour la énième fois cette disposition de l’Accord a été reportée pour cause de Désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) non-effectif, constaté par le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS), en charge de la bonne mise en œuvre du MOC. Sur le terrain ce report n’étonne pas, gouvernement et mouvements armés se renvoient la balle, ces derniers considèrent que le gouvernement n’a pas suivi la bonne chronologie de mise en œuvre de l’Accord.

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Les autorités intérimaires sont repoussées à une date ultérieure, cette mesure de l’Accord de paix, est une fois de plus différée alors qu’elle fait face à des résistances chez plusieurs mouvements locaux qui ont dénoncé son caractère non-inclusif dans la nomination de ceux qui auront à administrer ces régions du Nord. Pour beaucoup, ce report n’a rien de surprenant, « Mettre les autorités intérimaires en place aujourd’hui, c’est mettre la charrue avant les bœufs ! Il n’y a pas de sécurité, pas de confiance. Ce sont les autorités intérimaires qui doivent organiser ces élections, c’est ce qui est prévu dans l’Accord et c’est ce qui me semble la seule porte de sortie or elles se tiendront quand même dimanche prochain », affirme cet élu de Tessalit. Pour ce dernier, il y aurait une mauvaise volonté du gouvernement à suivre l’Accord alors que la communauté internationale souhaite son application stricte. « Il faut que les décideurs maliens aient la courage de dire la vérité et de regarder la réalité en face, comme elle se présente aujourd’hui », ajoute-t-il.

Du côté du gouvernement on assure suivre l’Accord à la lettre : « Les mouvements doivent savoir qu’on ne peut pas prendre le pays en otage, on ne peut pas attendre la mise en place des autorités intérimaires pour mettre en place les élections. Si on veut placer des autorités intérimaires c’est justement parce qu’on n’a pas pu tenir des élections dans ces endroits-là. Dans ce cas, on le constatera et on mettra alors en place ces autorités intérimaires. Mais dire qu’elles doivent être mises en place forcément avant les élections, c’est une mauvaise lecture de l’Accord. L’Accord stipule que les autorités intérimaires dans les régions du Nord sont mises en place là où les conseils élus ne marchent pas, en attendant de pouvoir organiser les élections », explique Inhaye Ag Mohamed, Secrétaire permanent au bureau du Haut représentant du président de la République pour la mise en œuvre de l’Accord.

À Kidal, on considère que la mise en place des autorités intérimaires ne sera possible qu’avec l’installation d’une force qui devrait être pré-cantonnée, sans cela c’est tout le processus qui serait bloqué. « On a inversé la chronologie des choses et quand on inverse, on tombe dans le chaos. Il fallait d’abord faire le pré-cantonnement, faire revenir l’administration et les forces de l’ordre et après parler des autorités intérimaires », déclare Abda Kazina, adjoint au maire de Kidal et futur représentant des autorités intérimaires sur la liste du gouvernement. « Dire qu’il faut cantonner tout le monde avant de commencer les patrouilles mixtes, ce n’est pas dans l’esprit de l’Accord », répond le secrétaire général du Haut représentant. « Les éléments qui devront constituer les patrouilles mixtes seront rapidement rassemblés à Gao, où ils se prépareront, avant d’être déployé sur Kidal, le reste des éléments qui ne seront pas intégrés aux patrouilles mixtes et qui ne seront pas concernés par le cantonnement accéléré, suivront le processus normal de cantonnement prévu dans l’Accord », poursuit Inhaye Ag Mohamed.

Depuis l’annonce du report, aucune date ultérieure pour la mise en places des autorités intérimaires et de son volet sécurité le MOC, n’a été décidé, alors que les élections communales se tiendront dimanche 20 novembre sur la majeure partie du territoire. « Je pense qu’il ne faut pas accorder une importance aux dates, il faut accorder une importance aux choses certaines, les élections ne pourront avoir lieu que s’il y a la sécurité et une administration sinon qui va voter ? », questionne ce même élu de Tessalit

La question des réfugiés divise aussi. Peut-on tenir des élections alors que des milliers de réfugiés vivent hors des frontières du pays ? Pour Inhaye Ag Mohamed, « On ne peut pas non plus attendre indéfiniment, l’idéal c’est de faire revenir les étrangers pour qu’ils puissent voter, mais si on n’arrive pas à ramener les réfugiés pour une raison ou pour une autre, il faut quand même tenir les élections ».

Les différents acteurs s’accusent mutuellement de mauvaise foi et selon certains, des groupes armés au Nord ne seraient pas encore prêt à aller vers un retour progressif à une administration malienne, « Je ne sais pas ce que tout ça va donner mais ce n’est pas rassurant », conclut l’adjoint au maire de Kidal.

 

Source: journaldumali

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