Au rythme de la vedette : Impasse sur l’accord de paix d’Alger : D’où sont tirées les ficelles ?

Annoncé pour ce Mercredi, le paraphe de l’Accord pour la réconciliation et la paix au Mali, par les mouvements rebelles  séparatistes, est vraisemblablement renvoyé aux calendes. C’est du moins l’impression que donne le revirement de situation créé par la Coordination des Mouvements de l’Azawad. Après plusieurs atermoiement, il s’est finalement manifestée, le week-end, par un communiqué mettant fin au suspense ainsi qu‘aux espoirs d’obtenir une adhésion définitive de l’ensemble des protagonistes du dialogue inclusif malien au projet d’accord issu des pourparlers d’Alger.

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Dans ledit communiqué, le Cma, sous la signature de Moussa Ag Attaher, son porte-parole, tout en affichant une certaine disponibilité à «donner toutes ses chances à l’aboutissement d’un paraphe», exprime clairement son regret de ne pouvoir parapher «l’accord pour la réconciliation et la paix au Mali» à la date précédemment arrêtée de commun accord avec la Médiation. Motif principal évoqué : la non-prise en compte de ses revendications contenues dans une série d’amendements parmi lesquels une définition claire du statut politique de l’Azawad. Pour peu qu’on sache lire entre les lignes, il est loisible de comprendre que les mouvements rejettent tout simplement l’accord dont le contenu rencontrait naguère un lever de boucliers de la population de Kidal, lors du processus participatif enclenché par le Cma pour requérir son opinion sur le pré accord, au lendemain de la signature du texte par les autres parties.

Ledit processus participatif avait en son temps révélé de vives contradictions entre les mouvements et leurs bases ainsi que des dissensions internes entre les ailes modéré et dure de la rébellion. Les uns ont jugé opportun le paraphe du document pour éviter un isolement par la Communauté internationale, tandis que les autres estimaient qu’une adhésion à l’accord ne comporte aucune teneur sans la prise en compte des velléités autonomistes du «peuple» de l’Azawad réduit à seule population de la région Kidal.

Selon toute évidence, c’est la tendance la plus extrémiste qui, a fini par triompher et les voix de la raideur ont totalement obstrué celles de la souplesse. En effet, c’est à la suite d’une mise en garde en règle émanant d’une certaine Coordination des cadres de l’Azawad depuis Nouakchott que le la Coordination des mouvements de l’Azawad a tiré  au clair la confusion qui entourait le paraphe de «l’accord pour la réconciliation et la paix au Mali».

En conditionnant par ailleurs sa signature à la prise en compte des résolutions issues des consultations de Kidal, du 12 au 16 Mars dernier, le Cma et ses ramifications s’inscrivent dans un schéma de réouverture des négociations, une solution que le gouvernement du Mali a totalement exclue comme alternative, à travers moult déclarations du ministre des Affaires étrangères.

Ce faisant, Abdoulaye et l’Etat du Mali comptaient sans doute sur la magnanimité de la Communauté internationale garante des pourparlers et se sont égosillés ces derniers temps à la prendre à témoin sur ce qu’ils présentent à chaque tribune comme une défiance des mouvements rebelles vis-à-vis de la Médiation internationale et de toutes les autres parties prenantes aux négociations. La dernière tribune en date c’est le speech de M. Diop au Conseil de sécurité de l’Onu. Le chef de la diplomatie malienne implorait les membres de la haute instance onusienne pour que les pressions adéquates soient exercées sur l’unique protagoniste qui affiche une réticence au paraphe de l’accord et constitue de ce fait un obstacle à la stabilité du pays. Le ministre Abdoulaye Diop, arguments à l’appui, a en outre sollicité le Conseil de sécurité pour des sanctions ciblées contre ceux qui entretiennent une atmosphère propice à l’instabilité. Au lieu de quoi, le conseil de sécurité de l’Onu, se prononçant sur la situation au Mali, s’est illustré par une déclaration très mitigée et l’accent est plutôt mis sur les modalités d’application d’un accord non encore totalement paraphé ainsi que sur les aspects plutôt contraignants pour la partie gouvernementale. En même temps qu’elle admet la possibilité d’envisager des sanctions ciblées sollicitées par l’Etat malien, l’instance onusienne met en garde sur la violation du cessez-le-feu dans le Septentrion, que ce soit de façon directe ou à travers des intermédiaires. La Communauté internationale oblige ainsi la partie malienne à n’avoir d’autre alternative que la réouverture de négociations qu’elle estimé définitivement  bouclées.

Avec une tournure vicieuse et spectaculaire de la situation, il y a lieu de s’interroger sur la nature des schémas préconisés dans le dossier et ceux qui tirent réellement les ficelles d’un conflit, dont l’internationalisation se précise avec la dernière sortie fracassante du royaume du Maroc sur la question.

Abdrahmane KÉÏTA

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