Aspects socioculturels des populations du Nord du Mali : Mohamed Ag Erless magnifie le vivre-ensemble

Le Directeur de la Mission culturelle de Kidal, en charge particulièrement du site rupestre d’Essouk, Mohamed Ag Erless, Doctorant en socio-anthropologie et Kel Tamaseq bon teint, a animé une conférence sur le thème «Les populations du Nord du Mali: aspects socioculturels». Ce fut pour lui l’occasion de magnifier le vivre ensemble, qui est la norme dans ces régions, et non les affrontements, qui sont l’exception. Voici quelques extraits de sa présentation.

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«Les Touareg beaucoup mieux connus sous ce nom, se nomment eux-mêmes autrement, «Kel-tamasheqs» (Ceux de la langue et de la culture tamashèque) avec plusieurs variantes (Imouhagh, Imajaghen, Imushagh….).

Il faut noter qu’en employant le terme «tamasheq», qui englobe tout individu de la communauté qui parle cette langue d’origine berbère, il sera fait abstraction des classifications traditionnelles (suzerains, tributaires, religieux, artisans, esclaves).

Si les Touaregs sont statistiquement de modeste importance, ils sont pourtant disséminés sur un vaste territoire qui va du Maghreb à la bande sahélienne au sud du Sahara. L’espace où vivent les Touaregs, se trouve aujourd’hui divisé entre cinq Etats africains différents: l’Algérie, la Libye, le Niger, le Mali et le Burkina Faso.

La communauté touarègue est repartie entre plusieurs ensembles: – Kel-Ajjer dans l’Ajjer entre la Libye et l’Algérie, –            Kel-Ahaggar dans le Hoggar (sud algérien), –         Kel-Adagh dans l’Adrar des Ifoghas (Nord du Mali), – Kel-Tadamakkat dans la boucle du Niger (régions de Tombouctou et Gao), – Iwillimmiden à l’est dans le Cercle de Ménaka (région de Gao), – Kel-Aïr dans l’Aïr au Niger et – Oudalen au Burkina Faso

Sur leur origine, on peut avancer que les Touareg font partie de la grande famille des Berbères qui était connue sous le nom de Libyens, Numides, Maures, Gétules ou Ethiopiens. Charles de Foucauld (1951-1952) et J. Léon l’Africain (1956), sur la base du mot ‘touareg’ d’origine arabe, qui provient de ‘targya’, les font venir du Fezzan (région de l’ouest de la Libye, la Tripolitaine).

Ils vinrent s’installer dans le Hoggar bien avant la conquête de l’Afrique saharienne par les Arabes. A l’arrivée de ces derniers au VIIème siècle après Jésus-Christ, venus pour les islamiser, ces populations connurent des moments d’affrontements et d’instabilité et certains groupes durent se replier plus au Sud pour atteindre l’Adrar.

Dans leur histoire récente, les Touaregs ont connu deux grands évènements qui ont infléchi le cours de leur existence: – l’expansion de l’Islam, qui a provoqué une émigration plus au sud, ainsi que la destruction de la célèbre cité Tadamakkat connue aujourd’hui sous le nom d’Essouk, – l’expansion coloniale, qui a compartimenté le Sahara et «partagé» les Touaregs entre l’Algérie, la Libye, le Mali et le Niger…

Les Touaregs se répartissaient en quatre grands sous-ensembles: – Les Iwillimiden dans l’espace qu’occupe l’actuelle région de Gao; – Les Kel-Tadamakkat dans la partie centrale de l’actuelle région de Tombouctou; – Les Kel-Antessar dans la partie occidentale de l’actuelle région de Tombouctou; – Les Ifoghas dans l’actuelle région de Kidal.

Tous ces sous-ensembles avaient des voisins à qui les liaient et les lient encore des solides rapports économiques, sociaux et culturels. De ce fait, on peut observer les affinités suivantes: – Les Touaregs riverains du fleuve étaient liés aux Songhoys, aux Peuls, aux Bambaras, aux Arabes de l’Azawad et de la Mauritanie; – Les Touaregs de l’Azawagh étaient liés aux Jermas et aux Haoussa au sud (dans l’actuel Niger); – Les Touaregs de l’Adagh étaient liés aux Touaregs du Hoggar, aux Arabes du sud algérien, aux Arabes Kountas de la Vallée du Telemsi». A suivre

RD

SOURCE: 22 Septembre  du   8 déc 2014.
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