Mahamadou Soumbounou alias Mylmo : «Je pense que notre rap doit contribuer au développement de la nation»

Meilleur rappeur et meilleur parolier du Mali, élu deux fois successivement meilleur artiste par la Chaîne, avec deux albums à son actif et une centaine de singles, Mahamadou Soumbounou alias Mylmo s’est confié à Nouvelle Libération.

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D’où vous vient le surnom Mylmo ?

C’est une très longue histoire. En cherchant mon nom d’artiste, je me suis dit : vu que le Prophète a mille noms et que je suis son homonyme, je n’ai peut-être pas mille noms, mais j’ai mille mots à dire, d’où le nom Mylmo.

Depuis combien de temps êtes-vous dans la musique ?

Je suis né dans la musique parce que je suis issu d’une famille d’artistes. Nous sommes des Soninkés, une famille de caste. Je suis né au Gabon et à l’âge de 6 ans, mon papa m’a fait venir au Mali chez mon oncle Hamé Soumounou, qui est également un grand parolier (il est bien connu dans le milieu des griots). C’est lui qui m’a élevé jusqu’à maintenant. Étant écolier, j’avais un don particulier pour le dessin. Mes frères, quant à eux, étaient déjà dans le rap. Par la suite, ils se sont dispersés au quatre coin du monde. J’avais donc pris l’habitude d’agrémenter mes dessins de petites citations et de poésies. Étant partis vers d’autres horizons, mes frères m’avaient laissé pour héritage des radios, des disques et des beat. Alors, je me suis dit, au lieu de me limiter aux citations et poésies sur mes dessins, pourquoi ne pas écrire des textes de rap et les poser sur des beat. C’était en 1999. En 2007, j’ai posé pour la première fois en studio avec mon frère Marshal Doudou pour le son «forobaguègnè». C’est un morceau qui a eu du succès, mais les gens ne savaient pas qui chantait. Je peux dire que ma carrière a véritablement débuté en 2007. En 2008, après avoir croisé Pensy et Air Fly,  on a créé le Groupe Les Frères  de la rue. Les Frères de la rue, parce que c’est dans la rue qu’on s’était rencontré et on a décidé d’être la voix des sans voix. Sinon, mon premier album est sorti le 15 février 2011 et le second album, «Le retour de Bandiougou», est sorti en 2014.

Quelle chanson vous a promu meilleur parolier du Mali ?

Toutes mes chansons et également mon style musical.

Vous faites beaucoup de tournées à l’étranger, comment se passe votre carrière au-delà de nos frontières ?

La promotion du rap malien à l’extérieur, c’est un peu difficile, faute de managers qualifiés. Le style musical malien, connu à l’extérieur, c’est le mandingue, avec Salif Keita, Habib Koité, etc. Le rap malien n’arrive pas à s’imposer en dehors du Mali, comme on le souhaite. Les Maliens sont dispersés au quatre coin du monde. Chaque fois que je suis allé en concert en dehors du pays, c’était sur invitation des ressortissants maliens dudit pays. Sauf à Paris où j’ai été invité pour un festival. Je travaille également avec des managers qui sont en Europe pour y faire promouvoir ma musique.

Vous avez récemment tourné un clip aux Etats-Unis, comment ça s’est passé ?

J’étais invité à un festival. En partant, je suis parti avec mon réalisateur, Fanse 88, pour qu’on puisse faire d’une pierre deux coups et profiter de ce beau pays pour faire un beau clip. Malgré le fait que mon rap a la couleur culturelle du Mali, je reste inspiré par le rap américain et j’admire beaucoup les Etats-Unis.

Quel regard portez-vous sur le monde artistique malien ?

J’applaudis, je dis bravo à la musique malienne, à l’art malien, en particulier au rap malien. Avant le rap malien était vraiment dévalorisé, on écoutait que du rap américain ou français. Mais, aujourd’hui, le rap malien est vraiment aimé et écouté. Il n’y a que les rappeurs maliens qui peuvent remplir les stades au Mali. Même pour un concert de griots, il faut forcément inviter un ou deux rappeurs pour que ce soit bon. Encore bravo au rap malien ! Mais d’un autre côté, j’ai peur parce qu’on a tendance à oublier notre culture. Comme le dit Amadou Hampâté Ba : «Nul ne peut vivre sans sa culture». Il ne faut pas que le rap malien soit exclusivement inspiré du rap américain. Ils ont leur culture, nous avons la nôtre, qui est bien plus riche d’ailleurs. Je pense que notre rap doit contribuer au développement de la nation ; il doit être un facteur de changement positif pour le citoyen lambda. Si Mylmo apparaissait dans un clip avec une bouteille d’alcool, ses fans pourraient vouloir faire de même. Nous devons donner le bon exemple aux générations futures.

Vous avez été récemment décoré Chevalier de l’ordre national du Mali. Comment avez-vous accueilli cette reconnaissance de la nation ?

Dans un premier temps, j’étais étonné, puis ému. Le souhait de tout un chacun, c’est d’être récompensé, que ce soit en famille, au boulot, à l’école. Alors, quand c’est la Nation et le président de la République lui-même qui vous récompensent, pour un jeune comme moi, ça dépasse les limites de la joie.

Que pensez-vous de la situation socio-politique du Mali ?

Le Mali va très mal depuis l’instauration de la démocratie. Le Mali a besoin de guide, de président, de bons gouvernants et de bons citoyens. Pour moi, être citoyen ne veut pas seulement dire être natif d’une Nation. Il faut aimer son pays et comprendre que chacun doit apporter sa pierre à l’édifice pour que le pays puisse aller de l’avant.

Avez-vous des conseils à l’endroit des artistes qui désirent un jour avoir votre notoriété ?

Pour répondre à cette question, je reviendrai sur les propos de feu Mangala Camara, qui disait : «mi ye mi ye o ye oye». Le plus grand problème du Malien, c’est ce complexe-là, chacun veut ressembler à quelqu’un qui n’est pas du Mali. Qu’on accepte ce qu’Amadou Hampâté Ba a dit : «Nul ne peut se développer sans sa culture». Pourquoi devenir Wizkhalifa ou Mikael Jackson, alors que chaque personne est unique. Si tu veux devenir comme Mylmo, tu vas t’arrêter là où Mylmo s’est arrêté, tu ne vas pas innover. Mais, si tu décides d’être toi-même, un jour, tu pourras dépasser Mylmo. Chacun a un talent caché. Il suffit juste d’un petit effort pour le faire ressortir.

Quels sont vos projets ?

Comme projets et perspectives d’avenir, je travaille sur mon livre qui doit bientôt sortir, et également sur mon 3ème album, que je prépare activement. En parallèle, je m’apprête à bientôt lancer ma marque de vêtement.

Un dernier mot ?

Comme on le dit, il n’y a jamais de dernier mot. Mais je dirai Big-up à tous mes fans et merci à Nouvelle Libération. On espère que bientôt le Mali sera totalement libre. C’est toujours le même Mylmo, je ne vais pas changer et je continuerai sur la même lancée.

Propos recueillis par Aïda Millogo

 

Source: Nouvelle Libération

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