Amadou et Mariam : “Le Président Obama aime notre musique”

Parmi les plus grosses  attractions au FEMUA 2014, il y avait Amadou et Mariam du Mali. Le couple de non-voyants a communié avec des milliers de spectateurs d’Anoumabo. Double vainqueurs du trophée des Victoires de la musique en France, avec un disque d’or et un disque de platine, ce duo d’artistes est une fierté pour l’Afrique dans le domaine de la musique. Dans cette entrevue, Amadou et Mariam parlent de leur carrière, de leur rencontre avec le Président Barack Obama et leur engagement dans l’humanitaire.

 

artiste chanteur malien amadou bayoyogo epouse mariam doumbia

 

 

 

Tous deux sont nés à Bamako. La cécité d’Amadou et Mariam n’est pas de naissance. Amadou a perdu la vue à l’âge de seize ans, tandis que sa compagne est devenue aveugle à l’âge de cinq ans. Et dès l’âge de six ans, Mariam se produisait dans les cérémonies de mariage. Amadou, lui avait la maîtrise de la flûte et de l’harmonica à l’âge de dix ans, avant de prendre des cours de guitare. La rencon-tre des futurs époux se fera au sein de l’orchestre ‘’Eclipse Orchestra‘’ en 1975 à l’institut des jeunes aveugles de Bamako. C’est dans cette structure qu’est née leur idylle, pour se marier en 1980. Et c’est en 1986 qu’Amadou et Mariam ont fait leur premier voyage à Abidjan. «On connaît bien  Abidjan. Car pendant six ans, on a parcouru plusieurs quartiers en quête d’espaces pour se produire. Ce qui faisait qu’on nous reconnaissait souvent aux arrêts de bus. Abidjan a été pour beaucoup dans le décollage de notre carrière. C’est  aujourd’hui grâce aux soutiens des ivoiriens que Amadou et Mariam sont connus dans le monde», se souviennent-ils.

• Quelles sont vos impressions  après votre prestation au FEMUA ?

– Nos impressions sont très bonnes car le public était en communion avec nous. C’est ce qu’on a constaté sur la scène d’Anoumabo. La foule reprenait nos chansons en chœur, cela démontre la sympathie  de ces personnes  qui se sont déplacées.

• Peut-on savoir ce qui vous a particulièrement motivés à venir jouer au FEMUA ?

– Il y a trois raisons qui nous ont motivés à être présents au FEMUA. D’abord, c’est un festival à but humanitaire, ensuite qui est organisé par des artistes. Et enfin, c’est un immense plaisir de nous produire à Abidjan qui nous a vus grandir, et nous a révélés au monde.

• Quel sentiment vous anime quand vous devez venir en Côte d’Ivoire pour un show ?

– C’est une immense joie. Car après Bamako, Abidjan est notre deuxième capitale. Nous y avons passé un bon bout de notre vie. Et beaucoup de personnes nous ont soutenus. Donc, venir nous produire à Abidjan, est toujours un grand plaisir.

• Votre carrière connaît une ascension internationale…

– C’est une satisfaction pour  nous de tourner à travers les quatre coins du monde. C’est une fierté pour la musique africaine.  Nous venons de rentrer de la Colombie, en passant par l’Ethiopie… vraiment on peut affirmer que les choses bougent bien pour nous.

• Il y a une domination de la musique funk, pop et rock dans vos œuvres; est-ce un choix ou cela vous a-t-il été imposé ?

– Nous avons été influencés  par des groupes blues et rock et des chanteurs comme James Brown qu’on écoutait régulièrement. Nous nous sommes inspirés de Jimmy Hendrix pour avoir une fusion avec la musique traditionnelle du Mali. C’est un choix que  nous avons fait. Aujourd’hui, Dieu nous donne l’occasion de nous exprimer. Parce que tout jeunes, nous avons écouté ces musiques sans en percevoir le message. Et on s’est promis aussi que la nôtre allait être véhiculée également  de la même façon.

• Avec votre registre musical,  où peut-on vous classer ?

– C’est un peu compliqué de nous classer dans telle ou telle catégorie. Nous sommes parfois des têtes d’affiche à des festivals  rock, blues et world music. Et il y a des grands groupes rock de Grande Bretagne dont nous avons le privilège de faire la première partie. Mais personnellement, on préfère être avec des faiseurs de rock, car nous avons nommé notre style musical ‘’afrobluesrock’’. (Rire).

• Quel bilan faites-vous aujourd’hui de votre carrière ?

– C’est un bilan positif. Nous avons remporté à deux reprises le trophée des Victoires de la musique en France. Un disque d’or et un disque de platine, deux trophées  de BBC Award en Hollande et au Canada, sans oublier d’autres distinctions. En voyant la somme de toutes ces reconnaissances, on ne peut que se réjouir.

• Vous avez été invités par le Président Barack Obama aux Etats-Unis…

– Ça a été un immense plaisir lorsque nous avons reçu cette invitation de la part du Président Barack Obama pour aller à la Maison Blanche. Nous avons parlé avec le Président Obama qui nous a félicités. Et à la cérémonie des prix Nobel de la paix en décembre 2009, nous avons presté en sa présence. C’est un président qui  aime bien notre musique. Mais, il n’y a pas que cela, nous avons aussi eu l’honneur d’être à la cérémonie d’ouverture des coupes du monde de football en Afrique du Sud et en Allemagne.

• Comment composez-vous vos chansons ?

– On s’inspire des faits de la vie quotidienne. Et on s’exprime dans un langage aussi simple que possible pour que le message soit réellement perçu de tous. C’est le résultat qui donne des tubes comme ‘’Je pense à toi’’, ‘’Un dimanche à Bamako’’.

• Que pensez-vous de la musique ivoirienne ?

– (Rire) On continue d’écouter beaucoup de sonorités ivoiriennes et surtout des artistes comme Reine Pélagie, Alpha Blondy, Monique Séka… nous avons publié nos premiers albums dans la même période qu’eux. Au niveau de la nouvelle génération, il y a Magic System et Espoir 2000 qu’on aime particulièrement à cause de leurs messages. Parmi les artistes faiseurs de couper-decaler, il y a Dj Mareshal, avec son histoire de port d’Abobo.

• A quand un concert d’Amadou et Mariam à Abidjan ?

– Vraiment on y pense pour nos fans  de la Côte d’Ivoire. Cette année, je ne pense pas que cela soit possible car nous préparons l’enregistrement d’un  nouvel album. Mais  on laisse  les choses  venir d’elles-mêmes.

• Qu’est-ce qui vous occupe à part vos moments de scènes ?

– On investit beaucoup  dans les actions humanitaires au titre d’Ambassadeurs du programme alimentaire mondial. On milite dans les associations et autres syndicats d’artistes au Mali.

• Que recherchez-vous au Mali dans l’humanitaire ?

– C’est dans le souci de pouvoir aider les autres, qu’on se re-trouve dans l’humanitaire. On ne cherche pas à être heureux seul. C’est pourquoi, on partage notre expérience en militant aussi dans les associations, pour leur apporter notre modeste contribution avec nos idées.

• Après la guerre, qu’avez-vous fait avec les autres artistes maliens ?

– Récemment, nous avons sorti un single baptisé ‘’Grand cœur‘’, avec l’ensemble des grandes voix de la musique malienne, suivi d’un téléthon, pour venir en aide aux artistes déplacés de guerre.

• Mais Oumou Sangaré et Salif Kéïta étaient absents…

– Ce n’est pas une exclusion, ni un refus de leur part. Ces stars avaient bien voulu être présentes  mais à cause de leur planning de concert, ils n’ont pas pu venir. Sinon, ils ont manifesté leur soutien à cette initiative.

• Combien d’enfants avez-vous ?

– Nous en avons trois, dont deux garçons et une fille. Le deuxième garçon, Smod, fait de la musique rap. Il a son groupe et il tourne bien.

• Quels sont vos projets immédiats ?

– C’est une série de spectacles baptisée ‘’Eclipse‘’, qui va nous conduire à travers plusieurs pays, dont la France, le Portugal, l’Australie. A partir du mois de juin, on sera en Allemagne. C’est un spectacle qui consiste à plonger le public dans le noir, il y aura un narrateur sur la scène, pour retracer notre parcours, avant notre prestation.

• Quels sont vos bons et  mauvais souvenirs ?

– Nous avons joué avec le guitariste de Pink Floyd en Angleterre. Il y a eu le prix Nobel de la paix et notre prestation à la cérémonie d’ouverture la coupe du monde en 2006 en Allemagne.  Quant aux mauvais souvenirs, ce sont nos débuts qui  n’ont pas été faciles.

• A Abidjan, avez-vous l’occasion de rencontrer vos anciens amis ?

– Oui, bien évidemment mais on ne peut pas rencontrer tout le monde. Certains nous ont trouvés à l’hôtel, compte tenu de notre emploi du temps. Mais, en 2008, nous sommes allés  dans les quartiers Port-Bouët2, Andokoi à Yopougon, ensuite Williamsville.

 

Charly Légende

charlylegende@topvisages.net

 

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