Toussaint Komara, secrétaire administratif du syndicat des travailleurs de NSIA : “Nous sommes victimes de beaucoup d’abus”

Les travailleurs des assurances Nsia ont manifesté le jeudi 20 juillet 2017 contre leur Direction en organisant un sit-in de deux heures devant leur agence. Cette manifestation, première du genre, avait pour but de faire pression sur les dirigeants de la société d’assurances pour la réintégration d’Issiaka Traoré, le secrétaire général de leur syndicat, licencié le mardi 18 juillet 2017. Pour en savoir plus sur cette affaire, nous nous sommes entretenus avec Toussaint Komara, le secrétaire administratif du Syndicat des travailleurs de Nsia.

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Aujourd’hui : Qu’est-ce qui justifie votre sit-in de jeudi dernier ?

Toussaint Komara : Le sit-in avait pour but de crier notre  ras-le-bol, pour dénoncer certains abus de notre Direction générale vis-à-vis des travailleurs de Nsia. Il s’agissait surtout, pour nous, de dénoncer une injustice. Il s’agit du licenciement abusif et illégal de notre collègue Issiaka Traoré qui est le chef du Département informatique de Nsia et non moins secrétaire général de notre comité syndical. Il s’agit pour nous de défendre la réintégration de notre collègue à son poste. Ce qui est un combat noble pour nous car face à cette injustice, nous travailleurs de Nsia, nous ne pouvons pas rester les bras croisés.

La Nouvelle société internationale d’assurance (Nsia) est un groupe d’assurances de 25 sociétés dans 12 pays. Nsia étant connue internationalement, notre prestige ne doit pas être égratigné parce que le comportement de notre Direction n’honore pas Nsia. Il va à l’encontre des principes de Nsia. Nous sommes un groupe prestigieux qui ne mérite pas qu’il y ait de telles pratiques. Nsia n’a pas besoin d’injustice et d’autres abus en son sein. Le comportement de la Direction écorche l’image de Nsia. Suite au mauvais comportement de la Direction, tout le monde, je veux dire partenaires, clients, coursiers, parlent mal de Nsia. Ce qui est gênant pour les commerciaux qui sont de plus en plus interpellés par rapport au comportement de notre Direction qui n’est pas au-dessus de la loi malienne. Il faut bien qu’elle change et comprenne que le personnel est là pour défendre la cause de la Direction, du personnel et de la clientèle. C’est de ça qu’il s’agit.

Pourquoi votre collègue a-t-il été licencié ?

Il a été licencié pour avoir réclamé le paiement de nos ITS (Impôts sur les traitements et salaires). La loi fait obligation aux employeurs  de régulariser le paiement de ces ITS. Chez nous à Nsia, cela a posé des problèmes. Il a l’a réclamé à maintes reprises. Les responsables de Nsia n’ont pas daigné s’exécuter. Nous les avons relancés, sans suite. Nous avons demandé à notre Dga d’avoir le minimum de respect à l’égard du personnel car notre direction n’est pas au-dessus des lois maliennes. Parce que c’est l’Etat qui a demandé que les ITS soient régularisés. Ils nous faisaient des promesses sans pour autant les tenir. Ce qui, pour nous, ressemblait à des leurres. Nous avons attendu jusqu’au mois de février 2017. Et notre secrétaire général, au nom de tous les travailleurs de Nsia, a envoyé un émail aux responsables pour réclamer les ITS. Ce qui a été mal interprété, voire mal pris. Issiaka a écopé d’une demande d’explication au moment où le personnel était en Assemblée générale.

Après lecture de la demande d’explication à cette Assemblée, le personnel s’est mobilisé pour répondre à la demande d’explication. Et tout le personnel a signé cette pétition pour dire que le problème ne concerne pas que le secrétaire général, mais tout le personnel de Nsia.  Et nous avons contacté l’Inspection du travail qui nous a dit que le dossier est clos et de demander à la Direction de Nsia de retirer sa demande d’explication car nous avons agi dans un cadre syndical. Donc pour nous, le débat était clos. Mais à notre grande surprise, comme le mail a été envoyé du poste de notre secrétaire général, il a été accusé d’attaque sur la Dga. Malgré tout ça, à notre grande surprise, nous avons constaté le mardi 18 juillet 2017 que notre secrétaire a été licencié et que l’Inspection était en train de calculer ses droits. Pour nous, il a été licencié pour avoir envoyé le mail à la Dga.

Ce licenciement de notre secrétaire général a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Et nous ne pouvions pas accepter cela.  Et trop c’est trop. C’est ainsi que nous avons organisé le sit-in pour demander la réintégration de notre collègue Issiaka Traoré et dénoncer les abus de notre direction générale. Mais auparavant, nous avions informé notre Centrale qui a décidé qu’un sit-in se tienne. En dehors du cas d’Issiaka Traoré, les travailleurs ont de sérieux problèmes à Nsia. Nous sommes victimes de beaucoup d’abus qui sont, entre autres, des injures grossières, des comportements inacceptables, des injustices, des pratiques insupportables que nous avons dénoncées plusieurs fois.

A Nsia, nous n’avons même pas le droit de donner des points de vue. Ce qui, pour nous, est exagéré. En tant que délégués syndicaux, nous avons engagé des négociations auprès de la Direction pour essayer de circonscrire tout ça, mais nous avons été toujours traités d’adversaires jusqu’à ce que nous soyons leurs cibles principales. Notre Dga a poussé l’outrecuidance jusqu’à aller dire à l’Inspection du travail qu’elle a quatre personnes qu’elle veut renvoyer. Nous ne sommes pas surpris de son comportement. C’est pour dire que notre comité syndical dérange et qu’il faut s’en débarrasser simplement.

 Et si votre collègue n’est pas réintégré, qu’est-ce qui va se passer ?

Si le collègue n’est pas réintégré, nous allons continuer nos actions. Le sit-in n’est qu’un avertissement. Nous espérons que la Direction générale va comprendre notre message et revenir sur sa décision de licenciement de notre collègue. Les travailleurs sont prêts à tout pour faire réintégrer Issiaka Traoré. Mais si justice n’est pas faite, si les responsables font la sourde oreille, nous demanderons la démission de la Directrice générale et son départ du Mali. Nous demandons tout simplement à la Direction de reconsidérer sa position. Nous n’avons pas de souci avec elle. Nous avons toujours opté pour le dialogue. C’est la direction qui nous traite en adversaires, alors que nous ne sommes pas leurs adversaires. Nous voulons que notre camarade soit réintégré. Il n’est pas juste qu’il soit le seul à écoper de la sanction alors qu’il a agi au nom de tout le personnel. S’il est réintégré, il n’y aura pas de problème. Tant qu’on est ensemble, on peut toujours s’entretenir et trouver des issues favorables.

           Réalisé par Siaka Doumbia

 

Source: Aujourd’hui-Mali

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