Oumar Dia, enseignant chercheur sur la crise du centre : “L’Etat doit arrêter de sous-traiter la sécurité avec les milices”

L’enseignant chercheur en économie et développement, Oumar Dia, décortique la situation sécuritaire de notre pays en général et celle du centre en particulier. Il lance un appel à l’Etat de ne pas confier la sécurité aux milices.

 

Mali Tribune : Quelle est votre opinion sur cette crise sécuritaire qui sévit au Pays dogon ?
O. D. : Avant tout propos, je prie pour le repos éternel de tous ceux qui sont morts, victimes de cette crise sécuritaire au Mali et souhaite un prompt rétablissement à ceux qui sont blessés. Ce qui se passe au centre aujourd’hui, est le corollaire de la crise du Nord. Le conflit s’est juste déplacé. C’est une crise qui met en scène des actes criminels entre deux communautés, les Peulhs et les Dogons. Mais au fort intérieur de moi, je ne crois pas à cette version des faits. Je ne crois pas que les Peulhs et le Dogons aient pu aller jusqu’à s’entretuer de cette manière.

Mali Tribune : Alors, qui tue qui, pour vous et pourquoi ?
O. D : Cette question n’est pas simple à répondre. Moi, je pense que le monde est bien outillé aujourd’hui pour lever tout amalgame sur cette situation. Si les organisations internationales sont ici pour nous aider réellement, elles doivent être en mesure, après des enquêtes, d’apporter des réponses fiables à cette question sur les coupables de ces exactions. Par contre le gouvernement malien a sa part de responsabilité. Parce qu’il a été incapable de jouer son rôle de sécurisation de la population avec plus de 22 % du budget national alloué à la sécurité et à la défense. On ne devrait plus assister à des dépôts de cadavres au Mali.

Mali Tribune : Quelle solution proposez-vous pour une sortie de crise ?
O. D : La première solution c’est d’aller vers une assise nationale inclusive et exhaustive. Poser tous les problèmes à terre et permettre à l’assise souveraine de s’y prononcer. Même si nombreux sont ceux qui ne seront pas d’avis, je pense qu’il faudrait soumettre même l’accord issu du processus d’Alger, aux discussions de l’assise. Nous avons des points de l’accord qui nous empêchent d’avancer, il faut les amender et puis passer. Et puis voir réellement si on peut négocier avec Iyad et ses hommes, si cela peut nous amener vers la paix, pourquoi pas ?
Pour la question sur les milices, l’Etat doit arrêter de sous-traiter la sécurité avec les milices. Un Etat sérieux ne doit en aucun cas sous-traiter sa sécurité avec qui ce soit. La sécurité doit être assurée par une armée républicaine. Les milices n’engendrent que des problèmes, partout où on les a créées. On a même vu des cas où certains gouvernements passent par des milices pour commettre des forfaits. Ce n’est pas intéressant cette question de milice. L’Etat doit s’assumer.

Mali Tribune : Il y a eu une marche en vue aujourd’hui à Bamako initiée par une association religieuse proche de Mahamoud Dicko, (président du Haut Conseil islamique du Mali). Quelle est votre opinion ?
O. D : Dans un Etat de droit et de démocratie, marcher c’est un droit. Chacun peut marcher. C’est juste une façon légale de démontrer son mécontentement. Mais il faut qu’elle soit sans violence. Au contraire, les marches doivent servir d’orientation et de guide aux politiques. Mais il faut rester dans le cadre légal. Pesons nos pas, pour ne pas nous plonger dans l’anarchie. L’anarchie, c’est le K.O.
Entretien réalisé par
Koureichy Cissé

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La présente interview se situe dans le cadre de la rubrique hebdomadaire qui donne la parole aux autres sur place, avec deux questions essentielles : “Qu’est ce qui s’est passé ? Et quelle est la solution ?”

K.C

Mali Tribune

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