MASTER SOUMI « Au Mali, nous avons des diplômés spécialisés en surfacturation et au vol de deniers publics.».

« L’Heure est grave », le dernier single de Master Soumi est en train de faire un buzz sur You tube ! Parce que tout simplement personne plus que ce jeune rappeur n’a aussi bien fait le bilan des deux premières années du magistère d’Ibrahim Boubacar Kéita. Un morceau à écouter absolument. « Le Bamada.net» a rencontré La Génération consciente du Rap malien, il a répondu à nos questions sans fioriture. Lisez plutôt

Master Soumi rappeur chanteur malienBamada.net : Master  Soumi, nous sommes très heureux de vous avoir sous la main ; ça fait un moment qu’on vous cherchait. Est-ce que vous pouvez nous parler brièvement de votre carrière ? Quand-est- ce vous avez commencé ? Vos difficultés !  

 Master Soumi : Ok ! Je m’appelle d’abord à l’état civil Ismaïla Doucouré, communément appelé, Master Soumi, artiste musicien, rappeur  à la base, donc ingénieur de son de passion, juriste de formation, rasta par conviction, musulman de foi. J’ai connu mes premières expériences musicales dans les années 96, 97, d’abord avec la création d’un groupe qui s’appelle Mega Best avec certains camarades de classe qui sont des fanatiques du rap. Petit-à-petit,  le groupe s’est disloqué à partir de 2 000. J’ai continué une carrière solo. D’abord, j’ai commencé par les compétitions interscolaires dans les lycées, dont je prenais part tout le temps, pour représenter mon établissement, j’ai sorti mon 1er album en 2007 : « Tounkouranké » qui a connu un très grand succès, au Mali surtout au niveau de la diaspora malienne à l’étranger. Voilà « Tounkounranké » m’a permis  de rapporter le trophée du meilleur parolier du rap malien. Après « Tounkounranké », j’ai sorti le 2ème album « Sonsoribougou » en 2009, qui m’a permis d’obtenir le trophée du meilleur rap malien lors du « Tamani d’Or ». « Sonsoribougou » a succédé à « Saraka » qui veut dire le sacrifice, dans lequel  je  dénonce les festivités du cinquantenaire au Mali. Pourquoi investir des milliards dans une festivité ? Tandis que nous avons des problèmes d’eau potable, des problèmes de santé, d’hôpitaux, d’écoles…etc. Voilà,  tout ça c’est la continuité, c’est la suite logique d’un combat dont je me suis assigné depuis le  début. Parce que je pense qu’un texte de rap n’est important que lorsqu’il est engagé. Je dois dénoncer les choses parce que le Mali fait partie des pays les plus pauvres du monde. Nous sommes confrontés à plusieurs difficultés. Au cours de ma carrière, j’ai fait beaucoup de tournées, d’abord ici à l’interne sur le plan national. J’ai fait beaucoup de tournées avec des producteurs indépendants, des marques de fabrique. En dehors de tout cela, j’ai tourné dans beaucoup de pays africains, en Afrique de l’Ouest, de l’Est. Et en Europe, j’ai fait des spectacles en Europe et puis aux Usa. L’année dernière, j’ai fait une tournée où j’ai sillonné 8 Etats des Etats-Unis.  Je suis un artiste établi qui a un combat, le combat, c’est quoi ? C’est comment faire pour faire changer les choses ? Comment éveiller les consciences et provoquer les réflexions. Voilà en gros.

 

Master Soumi, « L’heure est grave »,  votre dernier single ! Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce morceau ?

 

L’heure est grave,  parce que quand on essaie de voir l’ossature actuelle même de notre pays, on n’a même pas besoin de poser des questions,  à qui que ce soit pour savoir qu’est ce qui se passe réellement dans notre pays. Nous voyons qu’il y a une déception totale du citoyen lambda vis-à-vis du pouvoir public. Et, c’est un constat réel, on le voit, on le sent. Son Excellence le président de la République actuel a été élu sur la base de régler d’abord  la question sécuritaire. Nous constatons que l’insécurité est de plus en plus grandissante dans notre pays. Qu’est-ce qui se passe ? Qu’on nous dise la vérité ! Parce qu’on constate généralement que, par exemple,  lorsque les rebelles viennent tuer nos militaires, ils sont considérés comme des terroristes, et quand nos militaires ripostent, ces gens-là sont considérés comme des rebelles.  Donc voilà, c’est flou et puis encore, je me pose la question, mon problème n’est pas l’Accord (ndlr : L’Accord d’Alger). Qu’est-ce qui a été signé avant l’Accord ?  Quelque chose a été signée avant la signature définitive de l’Accord ici au CICB. A Alger quelque chose a été signé, qui s’appelle : arrangement sécuritaire. Ça veut dire quoi ? On nous a montré le contenu ?  Non ! Tout le monde l’ignore, c’est cette question que je me pose. Qu’est ce qui a été signé avant la signature de l’Accord. Est-ce un fédéralisme ? Est-ce du bricolage ? Est-ce autre chose ? Parce que la signature d’un accord a été reprochée au régime précédent. Moi, je pense qu’on ne peut pas venir faire du copier-coller,  c’est qu’on a reproché à son prédécesseur. Quand on regarde la situation socio-économique,  ça ne va pas. Il y a une très forte précarité. Aujourd’hui les gens ne savent plus que faire. Ils sont confrontés à d’énormes difficultés. Quand ça va dans le pays, ça se sent au niveau du panier de la ménagère. En dehors de cela, l’attribution des logements sociaux. Je me  dis tout simplement, il y a des ministres qui se considèrent comme des cas sociaux. Donc on vient détourner les logements sociaux et après le nomadisme politique,  c’est le partage du gâteau. On sait qui a attribué les logements sociaux à qui. Quand on voit tous ces ministres, quand on regarde ce ministre chargé de la question des logements, quand  on le regarde, par exemple, moi,  je le plaçais sur la même ligne que Mara, etc.  Des gens qui faisaient partie d’une nouvelle génération d’hommes politiques maliens, qui pouvaient changer l’image de la politique au Mali. Mais, ça se résume sur quoi. On voit, seulement que c’est des gars qui ne sont pas là par conviction. Ils sont là pour leurs propres intérêts. Moussa Mara, moi je me demande pourquoi il a accepté d’intégrer le gouvernement d’IBK ?  Peut-être pour gouter  à la soupe, ou peut-être pour comprendre ce qui se passe, pour se préparer après. Parce que quelqu’un qui n’est pas du parti majoritaire ne pourra,  en aucun cas,  gérer un pays comme le Mali. Ça ne se sera pas possible. Le bilan du président de la République, il y a rien. Moi personnellement,  je n’ai rien vu de concret depuis l’arrivée de ce président jusqu’à nos jours. Je me sens trahi en tant que Malien, tout court. 200 000 emplois mais ! On ne voit rien, Je dis  à cette jeunesse malienne de ne pas s’asseoir et compter sur ces 200 000 emplois. Que les gens comprennent que  je suis un artiste. Je ne suis pas contre X ou Y.

 La preuve vous avez brocardé les régimes passés.

Moi, je suis dans une position de personne neutre.  Qui fait quoi, moi je le dis. Je dénonce  à ma manière.

 

Master Soumi, est-ce avec ces dénonciations,  vous n’avez eu  jamais de problèmes personnels avec les autorités ?

 

Bon, j’ai eu des menaces, je ne sais pas si c’est la Sécurité d’Etat ou autre chose, des menaces anonymes dans le temps. Il y a des gens qui m’ont appelé pour dire, on va te faire ceci, on va te faire cela. On va te tuer. Je me dis tout simplement que celui qui doit mourir demain, ne pourra pas mourir aujourd’hui. Si je meurs parce que j’ai dit la vérité, que j’ai dénoncé une situation dans mon pays. Si je meurs parce que j’ai fait des révélations, j’ai critiqué certains comportements, dont le contraire pouvait être mieux pour la population, pour  mon  environnement, pour mon avenir, je serais fier de cela. Parce que ça veut dire que mon combat est visible.

 

Master Soumi, est-ce vous arrivez à vous en sortir ?

Quand je dis que le rap nourrit son homme, le rap nourrissait son homme, à un certain moment où les rappeurs étaient des porteurs de messages, où les rappeurs étaient considérés comme des leaders d’opinions, où ils y avaient des messages constructifs. Les gens s’intéressaient aux rappeurs et le rap a eu une très grande place au Mali, grâce au message qu’il porte. Aujourd’hui, vu la situation actuelle de cette musique, où des jeunes,  au lieu de mettre ce rap au service de la nation,  s’en servent pour faire des injures, pour s’insulter, pour faire autre chose. Je peux dire que ça ne pourra plus nourrir son homme. Mais moi personnellement j’ai un plan de carrière. Je collabore avec beaucoup de personnes en dehors du Mali. Je fais des spectacles en dehors du Mali. J’ai un manager qui est d’ailleurs l’un des meilleurs managers au Mali, il s’appelle, Kalifa Tangara, communément appelé, Tony Brasco.  Ce manager est très respecté dans le milieu et il fait bien son travail. Je ne dirais pas qu’il est parfait, mais il fait bien  son travail. J’évolue dans d’autres collectifs artistiques en Afrique par exemple le dernier qu’on a mis en place s’appelle : «Les Ambassadeurs de la liberté d’expressions ». Je suis le représentant du Mali dans ce collectif qui regroupe à peu près 8 pays de  l’Afrique de l’Ouest avec des artistes comme Awadi, Soumbil, Zongo, Sonké du Burkina-Faso. Nous sommes tous des artistes engagés qui dénoncent dans leur pays respectif.

 

Master Soumi, l’avenir de ce pays-là, vous le voyez comment ?

 

Bon ! En regardant les choses,  l’évolution d’une certaine manière,  ça me rend pessimiste. Parce que, je me dis tout simplement : est-ce que ceux-là qui sont censés gérer ce pays, aiment le pays là en réalité. Parce qu’au Mali ce n’est pas des docteurs qui manquent. Ce n’est pas les grands professeurs qui manquent. Ce n’est pas les grands diplômés qui manquent ; mais quelle sorte de diplômés avons-nous ? C’est des diplômés  spécialisés en surfacturation et au vol des deniers publics. C’est du vol organisé au Mali.

 

Dernier mot à la jeunesse. Quel le message que vous voulez  porter à la jeunesse malienne ?

 

Moi,  je dis à la jeunesse malienne de prendre sa responsabilité, quand je parle de prise de responsabilité, ce n’est pas leur dire d’aller se présenter  comme tête  de listes, ou bien pour aller se battre sur une liste de parti politique, de montrer au gouvernement qu’ils sont là, qu’ils existent. Parce que la jeunesse malienne aujourd’hui, dans sa grande majorité se livre à la perversion, à la consommation de la drogue…, etc. Ce n’est pas une bonne chose et cet obscurantisme qui arrange beaucoup de gens. Ils préfèrent laisser cette jeunesse dans le divertissement, dans la danse …La jeunesse doit prendre conscience, que c’est vraiment elle l’avenir du pays. C’est elle l’avenir de la nation. Il ne faut dire non, moi je ne suis qu’un jeune.  Non ! Tu n’es pas seulement qu’un malien, tu as des droits ; tu as des devoirs ; tu peux apporter ta petite contribution. Moi,  en tant qu’artiste,  je pense que je suis en train de contribuer au développement du pays-là. Parce que le docteur, lui son boulot,  c’est de soigner. L’économiste,  c’est de faire son travail. Le maçon, il construit. Moi en tant qu’artiste,  j’apporte ma petite pierre en éveillant les consciences, en lançant des messages d’alerte et souvent même en proposant des solutions.

 

A quand le CD ?

C’est pourquoi,  je l’ai appelé single. C’est juste un morceau que j’ai fait pour une circonstance exceptionnelle. Parce que quand il s’agit d’enregistrer un album, j’ai bouclé mon  4ème album, il y a une semaine qui doit sortir,  soit à la fin de cette année, ou en début de l’année prochaine.

… « L’Heure est grave », c’est un morceau qu’il fallait sortir tout de suite. Parce que si je devrais attendre l’enregistrement d’un album, le temps allait passer, le morceau n’aurait servi à rien. C’est l’actualité, il fallait faire ça, le mettre à la disposition des radios privées, le mettre sur les réseaux sociaux surtout avec les téléphones, il y a des gens qui se le passent. Je veux que le message arrive à destination, que le message  passe. Ce n’est pas un morceau à but lucratif.

source : bamada.net

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *