….l’artiste musicienne Mariam Koné, épouse de feu Bakary Diallo : “C’est grâce à la foi que j’ai pu retrouver la scène après le décès de mon mari dans le crash de l’avion d’Air Algérie”

Dans une interview exclusive qu’elle a bien voulu nous accorder, l’artiste musicienne Mariam Koné, originaire de la ville de Kati, nous parle de ses débuts dans la musique, de ses projets et surtout de son retour sur la scène après le décès de son mari, un jeune  cinéaste  malien, dans le crash de l’avion d’Air Algérie au nord du Mali en 2014.

chanteuse artiste musicienne Mariam Kone

Aujourd’hui-Mali : Quel est le genre musical dans lequel vous évoluez ?

Mariam Koné : Je fais la  World musique, mais mes chansons sont généralement inspirées de la musique traditionnelle et de l’univers du hip-hop car je viens de ce milieu.

Comment vous êtes-vous retrouvée dans la musique ?

C’est venu petit à petit car lorsque j’étais petite j’écoutais la musique à la maison avec mon père,  notamment la musique d’artistes comme Salif Kéïta, Kanté Manfila,  de la kora et aussi du reggae. Souvent, j’essayais d’interpréter la chanson de ces artistes. Arrivée au niveau  de l’école secondaire,  j’interprétais également les chants de groupes de rap comme Zotto Boys et les Tata Pound qui étaient à la mode en ce temps-là. Après, nous avons formé, à Kati, un groupe de Rap dénommé “Les Pacifiques de Kati “. C’est comme cela que c’est parti. Avec ce groupe, nous avons même pu mettre sur le marché un premier album qui a très bien marché. C’était en 2007. Le second est sorti en 2010.

Maintenant  vous évoluez seule. Peut-on savoir comment  et quand la rupture est-elle intervenue ?

Je ne parle pas  de rupture, pour la simple raison que les membres du Groupe se sont séparés en bons termes car chacun de nous avait des projets. Pour preuve, tous les membres du groupe travaillent maintenant dans des secteurs différents. L’un est devenu militaire, l’autre travail dans une structure et c’est moi seule qui suis restée dans la musique.

Est-ce que vous avez pu produire un album pour marquer vraiment le début de votre carrière solo ?

Oui j’ai pu faire un album en 2013, à savoir l’album ” Dakan “ qui m’a même amenée en finale du concours prix découverte RFI en  2013.

Cet album a été produit par Korè production en collaboration avec la Fondation festival sur le Niger. Cet album est la suite logique d’un prix que j’ai remporté en 2011 à l’issue d’un concours organisé par Smart Ségou, avec l’appui du Festival sur le Niger. J’ai été lauréate de ce concours dénommé “Talent de la Cité”. Depuis ce sacre,  j’ai eu des dates au Festival sur le Niger, au Masa à Abidjan, au Festival sur le désert… j’ai été beaucoup soutenu après cet album.

Et vos projets ?

Je continue à travailler sur un second album. Je fais partie aussi d’un projet appelé les Amazones d’Afrique car regroupant des artistes féminins influents d’Afrique; notamment avec Mariam Doumbia, la femme de Amadou. Il y a aussi Rokia Koné,  Inamodja, Pamela Badjogo, Mamani Kéïta, Mounessa Tandina…

A quand ton second album ?

Bon je pense surtout à fin 2017 début 2018.

Vous dispensez aussi des cours au Conservatoire des arts et métiers Balla Fasseké Kouyaté. Peut-on savoir comment vous vous êtes retrouvée avec ce costume de professeur de musique ?

Je travaille au Conservatoire depuis 2011. Pour rappel, j’ai étudié dans cette école de 2006 à 2011. J’ai pu obtenir un Diplôme d’études supérieures spécialisé (Dess) en musique. Et aussitôt on ma recrutée dans cet établissement comme professeur. Je donne des cours de chant et de solfège.

Votre mari a perdu malheureusement la vie dans le crash de l’avion d’Air Algérie au nord du Mali il y a de cela deux ans ?

Ce fut un moment très sombre dans ma vie, une énorme perte pour moi. Ça m’a beaucoup affectée. Comme je suis croyante, je me suis dit que cela fait partie de la vie et il faut se battre.

Comment avez- vous appris cette triste nouvelle ?

On était ensemble au Burkina-Faso, où lui il était en résidence de création cinématographique à Bobo Dioulasso.  Je suis partie le rejoindre dans ce pays avec notre fille. Car nous avons un enfant de 4 ans. Nous avons  passé quelques temps ensemble. Et le même jour où il devait rejoindre Paris, je suis retournée au Mali. Je suis  rentrée à Bamako vers 21 heures. Et c’est vers cette heure qu’il est parti  à l’aéroport. Aussitôt après l’enregistrement des bagages, il m’a appelée pour m’en informer. Juste aussi avant le décollage il m’a appelée également tout en me soulignant qu’une fois arrivé à Paris il me fera signe. Mais jusqu’au lendemain, il ne m’a pas appelée. Je n’avais pas pris cela en mal car, pour moi, il se reposait. Mais soudain, c’est mon beau-frère qui me demande de lui communiquer  son numéro de vol car à chaque  fois qu’il voyageait, il m’envoyait son numéro de vol  et même souvent la copie de son billet. Après les recherches, je lui ai envoyé la copie de son billet. Mais  jusque-là, je n’avais rien soupçonné car je n’avais pas écouté les informations. Et quelques heures après, quelqu’un d’autre me demande à nouveau son numéro de vol. C’est en ce moment que j’ai commencé à avoir des craintes et j’ai cherché à en savoir davantage. C’est en ce moment qu’on m’a expliqué qu’un vol a disparu. Aussitôt, je suis allée suivre les informations et j’ai appris la nouvelle. Voilà (silence).

Après cette épreuve, comment vous avez pu retrouver la scène ?

Sans vous  mentir, c’est grâce à la foi que j’ai pu retrouver la scène. Je me suis dit qu’il est parti physiquement, mais qu’il est d’esprit avec moi.  C’est quelqu’un qui m’a toujours soutenue je me suis dit qu’il faut que je me relève de cette épreuve, que je travaille dure car nous avons une fille. Et c’est ce travail qui lui fera plaisir au paradis.

Est-ce que, bien avant ce drame, vous avez planifié des projets avec lui dans le cadre de votre carrière ?

Ah oui, on avait prévu de faire un projet sur le jazz en image car lui était un réalisateur cinématographique. On avait baptisé cette initiative “le jazz de la vie”. Un jour, je vais réaliser ce projet-là pour lui.

Avez-vous un dernier message pour vos fans et nos lecteurs ?

A mon public, je dirais de ne jamais baisser les bras, ni lâcher prise. Je souhaite que la paix revienne le plus tôt possible au Mali et que nos compatriotes restent forts et soudés.          Réalisé par Kassoum THERA

Source : Aujourd’hui-Mali

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