Interview : tout savoir sur la grève des Banques, Assurances et Etablissements financiers

Dans cet entretien exclusif accordé au journal ‘’Le Confident’’, Aguibou Bouaré, secrétaire général du SYNABEF nous explique les raisons qui ont provoqué la fermeture des Banques Assurances et Etablissements financiers pendant 72 heures. A l’en croire, le désagrément aurait pu être résolu si les autorités maliennes avaient anticipés.

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 Le Confident : Présentation

 

A B : Je me nomme Aguibou BOUARE, je suis Juriste de formation. J’occupe en ce moment le poste de Secrétaire Général du Syndicat National des Banques et Etablissements Financiers(SYNABEF). Je suis également membre du Bureau Exécutif de l’Union National des Travailleurs du Mali (UNTM).

 

Le Confident : Vous venez de faire 72 heures de grève, comment en êtes vous arrivés là?

 

A B : Depuis bientôt une année que le comité syndical de NSIA nous a saisi d’énormes difficultés qu’il rencontre dans l’exercice de ses missions syndicales au sein de l’entreprise. À plusieurs reprises, nous avons calmé les ardeurs de nos camarades, en leur rappelant que le syndicalisme est une course de fond et non vitesse jusqu’au jour où nous-mêmes SYNABEF avons cherché à rencontrer cette même Direction NSIA dans le cadre de la promotion du dialogue social.

 

Les deux Dirigeants nous ont fait dire par l’intermédiaire du SG du comité syndical que NSIA n’est pas une porcherie où l’on se fait recevoir sans demande d’audience.

Nous avons gardé tout notre calme, et nous sommes pliés à cette exigence, en leur envoyant une demande d’audience. Ils ont pris tout leur temps avant de nous recevoir environ trois mois plus tard, après la demande d’audience (pendant que sur coup de fil, le Président, son Vice-président et le Bureau du Patronat de toutes les Banques du Mali nous reçoivent dans la plus grande courtoisie pour débattre des préoccupations de notre branche soit dit en passant).

 

Lors de notre rencontre, c’était une véritable épreuve de nerf, lorsqu’on s’évertuait à leur expliquer que le syndicat est le partenaire de l’employeur et non son adversaire, encore moins son ennemi, le DG NSIA nous narguait par des propos ironiques et des mimiques. Par finir, nous leur avons fait comprendre que l’application de la réduction du taux de l’ITS (source de l’aggravation des abus) était obligatoire dans toutes les entreprises opérant au Mali dont NSIA. Après cette rencontre, les deux Dirigeants ont continué à tourner en bourrique le comité syndical (de faux rendez-vous à faux rendez-vous), jusqu’au jour où le SG Issiaka TRAORÉ a convoqué une assemblée générale du personnel pour soumettre à l’examen cette question et d’autres doléances.

 

C’est en exécution des résolutions de l’assemblée du personnel que le SG Issiaka TRAORÉ a adressé un email à la DGA en ces termes “Mme BOSSO ayez un peu de respect pour le personnel, pourquoi le personnel NSIA devrait- il souffrir pour ses droits ?À croire que NSIA est au-dessus des lois du Mali.‘’C’est ce courriel que les deux Dirigeants ont transmis à l’Inspection du travail et ont prétendu licencier le SG, en invoquant le prétexte de l’insubordination.Lorsque les deux Dirigeants ont adressé une demande d’explication au SG pour ce courriel, le personnel a jugé, en Assemblée générale, indispensable de faire une réponse collective parceque le SG n’a fait que relayer leur message pour lequel il reçoit curieusement une demande d’explication.

 

A l’un des rendez-vous à l’Inspection, le SYNABEF était présent; après explications, débats,  l’inspecteur HAIDARA a rassuré que ce message ne saurait constituer un motif de licenciement d’un salarié protégé, suite à une demande d’avis de NSIA.

Le SYNABEF pensait que les choses étaient rentrées dans l’ordre, lorsque plusieurs mois après, le SG informe le SYNABEF qu’il est convoqué à nouveau à l’Inspection sans même savoir le motif. Certains membres du SYNABEF l’ont accompagné par mesure de précaution ; c’est là où tous les camarades sont tombés des nues, lorsqu’on leur a parlé sans scrupule du calcul des droits du SG, avant même qu’ il ne reçoive une prétendue décision de licenciement vers 18 h après la rencontre à l’Inspection.

C’est là où le SYNABEF a commencé à alerter il y a plus de deux mois de cela toutes les Autorités sur ces dérives. Toutes ont été saisies par courrier officiel des différents abus de ces deux Dirigeants.

 

Faute de pouvoir ramener ces deux Dirigeants à la raison, le SYNABEF a saisi le patronat des Banques lequel a saisi, à son tour le patronat des Compagnies d’assurance tous ont tenté en vain de faire raisonner les deux Dirigeants NSIA qui ont fini par avouer que cette affaire dépassait leur personne ; qu’ il s’agissait d’une décision de leur PCA GROUPE d’Abidjan, et que la décision de ce Monsieur est irréversible même si elle viole les lois de la République. Alors, nous étions estomaqués! Néanmoins, nous avons continué à frapper à toutes les portes susceptibles de faire revenir à la raison nos amis de la NSIA, peine perdue.

Au même moment, les deux Dirigeants continuaient les menaces, intimidations, chantages contre le personnel (demandes d’explication à tout bout de champs, avertissements…).

 

Ces deux Dirigeants sont allés jusqu’à proposer un départ négocié à tous les syndicalistes de NSIA et leurs militants, en leur promettant le licenciement certain un jour ou l’autre, en cas de refus de séparation amiable. C’est pour toutes ces raisons que le SYNABEF a pris la pleine mesure des abus et violations gravissimes des droits et libertés syndicaux, et s’est résolu à déposer un préavis de grève croyant, en toute bonne foi, trouver la solution pendant les 15 jours ; rien n’y fit.

La Direction Régionale du travail a formellement rappelé la violation de la loi par NSIA, la Direction Nationale du travail a formellement constaté, à son tour, la violation de la loi. Les deux Dirigeants sont restés sourds et insensibles jusqu’à la grève. Le SYNABEF était  loin d’imaginer que cette grève allait être consommée à cause de l’entêtement dans l’illégalité et dans l’abus de deux Dirigeants NSIA.

Voilà, en résumé, les raisons de cette grève, arme ultime du syndicat, en rappelant que la grève ne constitue pas un objectif, un but, mais c’est un moyen, après échec des négociations, d’atteindre les objectifs du syndicat. Le SYNABEF a toujours privilégié le dialogue social et les négociations, le patronat des banques APBEF peut le témoigner, et même le patronat des Compagnies d’Assurance.

 

Le Confident : Si votre Camarade Issiaka Traoré n’est pas rétablit dans ses fonctions, jusqu’où ira le SYNABEF ?

 

A B : Ce n’est pas de gaieté de coeur qu’un syndicat dépose un préavis de grève surtout lorsqu’il s’agit de faire respecter les lois de la République, au-delà, les conventions internationales de l’OIT ainsi que la Déclaration Universelle des droits de l’homme. Les actions syndicales continueront naturellement jusqu’à satisfaction des doléances notamment le respect des droits et libertés, consacrés tant par la Constitution du Mali que par le code du travail, rappelés si opportunément par une Lettre circulaire de Mme la Ministre de la Fonction publique, il n’y a pas un mois, pour la circonstance.

 

Le Confident : Pourquoi avez-vous choisi cette période d’avant fête ?

 

A B : C’est juste une coïncidence, l’échec des négociations a coïncidé avec cette période. Encore une fois, le SYNABEF était loin d’imaginer que ces deux Dirigeants NSIA  n’allaient pas être rappelés à l’ordre et au respect des lois Maliennes, évitant ainsi au pays d’être pris en otage pour simplement une question d’orgueil, d’égo de deux Dirigeants dont tous ceux qui les ont approchés peuvent témoigner (médiateurs, huissiers de justice, autres bonnes volontés…).

 

Le Confident : Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés dans l’exercice de votre fonction et que proposez-vous pour y remédier ?

 

A B : Le syndicalisme rencontre d’énormes difficultés au Mali, à cause de la méconnaissance du rôle et des missions du syndicat par nombre d’employeurs.

Pour d’autres c’est la mauvaise foi et la mauvaise volonté. Ces employeurs devraient comprendre que la liberté syndicale n’est pas une création de ceux qui exercent cette activité aujourd’hui ; elle est le fruit de luttes séculaires parfois au prix du sang.

De plus, les droits et libertés syndicaux sont consacrés dans l’acte fondamental du Mali ainsi que dans des conventions internationales ratifiées par le Mali.

 

Si cela était compris, et si les employeurs comprenaient que le syndicat est leur partenaire et non leur adversaire encore moins leur ennemi, beaucoup de problèmes trouveraient leurs solutions dans les négociations et le dialogue social.

Ni les menaces ni les intimidations encore moins les brimades ne sauraient être des solutions.

 

Les libertés syndicales et les droits des travailleurs nous ont été léguées notamment par les pères de l’indépendance, et nous avons le devoir historique de les préserver pour les générations futures. En termes de propositions de solutions, il suffit de négocier, de dialoguer de bonne foi dans le respect et la courtoisie mutuels.

Il est important d’instituer un cadre de dialogue où employeurs et syndicats discuteraient des problèmes de l’entreprise au-delà même des revendications.

Que les Dirigeants comprennent qu’ils sont également des salariés, et qu’ils ne font pas souvent de concours pour être au poste d’employeurs (PDG OU DG) pouvant être occupés par tout cadre de l’entreprise syndicaliste ou pas.

 

Au niveau du SYNABEF, du reste, l’APBEF notre patronat fait beaucoup d’efforts dans la promotion du dialogue social, c’est pourquoi vous ne voyez presque pas sur la place publique des revendications du SYNABEF auprès de son patronat; le linge sale est très souvent lavé en famille. Les parties se rencontrent régulièrement et se respectent mutuellement. Cela n’est ni de la faiblesse ni de la complaisance ; cela ne veut pour autant pas dire que SYNABEF et APBEF sont d’accord sur toutes les questions.

 

Le Confident : Quels messages souhaiteriez-vous adresser à l’endroit des Maliens, et plus précisément à vos clients ?

 

A B :Nous présentons toutes nos excuses au peuple tout entier pour les désagréments tout en leur rappelant simplement que le SYNABEF est dans le combat du respect des lois de la République et de la préservation des libertés syndicales et des droits des travailleurs pour nos parents, nos frères, nos sœurs, nos cadets et nos enfants bref pour les droits de l’homme. Si un syndicaliste devrait être licencié pour un tel motif, en violation flagrante de la loi, demain tout salarié serait licencié pour avoir croisé le regard de son Directeur. Dès lors, on tomberait dans l’esclavage, sacrifiant l’avenir des générations futures et sabordant la lutte homérique des pères de l’indépendance et tous ces martyrs qui nous ont relégués tant de droits et de libertés.

 

Le Confident : Vu que les patrons de NSIA sont des Maliens, peut-on penser à une question d’ xénophobie ?

 

A B : Évitons l’amalgame, le SYNABEF n’a jamais fait dans la xénophobie, il a tout simplement rappelé que tout investisseur opérant au Mali est obligatoirement soumis aux lois Maliennes, malgré notre légendaire Djatguiya.Il en va ainsi dans tous les pays du monde. Nous avons parlé de Dirigeants Nationaux qui n’accepteraient jamais de faire souffrir tout un peuple pour une question d’égo surdimensionné  parce qu’il est constant qu’ à chaque fois qu’ un Dirigeant national a eu à prendre une décision, et qu’il s’est rendu compte de son erreur au vu des preuves, il n’a jamais éprouvé la moindre peine de revenir sur sa décision ; cela n’a jamais été perçu comme de la faiblesse, au contraire cela est salué comme un signe de grandeur et de responsabilité car la perfection et l’infaillibilité sont de la sphère du divin.

 

Dieu seul sait qu’il existe des centaines d’entreprises de droit Malien aux capitaux étrangers respectueux des droits des travailleurs et de la législation Malienne. Avant ces deux Dirigeants, le comité syndical de NSIA n’avait aucune difficulté avec le Directeur précédent lui-même ivoirien M. Basil respectueux et respectable. Mieux, dans le comité syndical de NSIA, figurent des Ivoiriens et des salariés d’autres nationalités qui soutiennent et accompagnent ce combat juste et noble. Faute d’arguments de droit, l’on veut extrapoler en prétextant la xénophobie. Heureusement que personne n’est dupe.

 

Que toutes les bonnes volontés nous aident à l’application de la loi, à savoir constater la nullité de ce prétendu licenciement, afin d’éviter d’autres perturbations sociales dont notre pays n’a pas besoin, de surcroît pour un abus si facile à corriger. Le SYNABEF sait compter sur la bonne compréhension de tous.

 

Entretien réalisé par KANTAO Drissa

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