Interview de son Excellence M. Lansina B. Koné, ambassadeur du Mali en Chine

Le Mali, deuxième plus grand pays d’Afrique de l’Ouest, dont la population s’élève à 16 millions d’habitants, est l’un des premiers pays africains à avoir établi des relations diplomatiques avec la Chine, en 1960. Depuis l’industrialisation du Mali par la Chine, jusqu’à l’envoi de casques bleus par celle-ci l’année dernière lors du conflit malien, les relations Chine-Mali ne cessent de s’approfondir et de se développer. Retour sur celles-ci avec son Excellence M. Lansina B. Koné.

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Pouvez-vous présenter un peu votre parcours en tant que diplomate ?

C’est la première fois que je suis envoyé à l’étranger en tant qu’ambassadeur, car je suis militaire de carrière, je suis général de brigade, j’ai été sur le terrain au Mali durant plus de 40 ans. Je n’ai donc jamais vraiment été diplomate. Lorsque j’étais au Mali, j’ai fais tous les échelons de l’armée : de l’école militaire jusqu’au commandement de l’état-major. Avant de venir en Chine, j’étais conseiller du premier ministre malien pour la Défense.

C’est après les élections présidentielles passées que le nouveau président malien, me faisant confiance, a décidé de m’envoyer en République populaire de Chine pour entretenir la coopération sino-malienne. Le président de la République souhaite « booster » les rapports économiques et diplomatiques existant entre la R.P.C. et le Mali.

Notre président, depuis de très longue date, sait que la Chine est un pays qui se développe très rapidement, et que le Mali, dès son accession à l’indépendance, a tissé très tôt des liens d’amitié et de coopération avec la Chine. Le niveau de coopération qui existe est évidemment satisfaisant, mais le président Ibrahim Boubacar Keïta souhaiterait élever ce niveau encore plus haut et m’a par conséquent confié cette mission. Je suis donc là depuis deux mois. J’ai présenté mes lettres de créances à S.E.M. Xi Jinping, président chinois, le 20 février 2014.

Est-ce la première fois que vous venez en Chine, quelles sont vos impressions ?

Oui, c’est la première fois que je viens en Chine. C’est même la première fois que je viens en Asie ! Je suis arrivé en Chine le 11 février 2014. Bien sûr, je connaissais déjà la Chine avant, car depuis ma jeunesse dans les années 60, à l’école, nous apprenions les relations de notre pays avec la Chine. Par exemple, la rencontre du premier président malien et du président chinois Mao Zedong. Depuis cette époque, j’avais compris que le Mali était engagé dans un partenariat très rapproché avec la Chine. Nous suivions d’ailleurs à la télévision et dans les journaux les rapports entre la Chine et notre pays. Je savais que notre pays entretient d’excellentes relations d’amitié et de coopération avec la Chine et que ces relations se développent avec une constance remarquable. Par ailleurs, je dois noter que ma fille est en Chine depuis 5 ans et demi déjà pour ses études. Mon arrivée à Beijing a encore accentué ma bonne impression sur la Chine. J’ai été véritablement impressionné par le « niveau de développement de la Chine » depuis 50 ans ! J’ai compris que la Chine est une valeur sûre pour la paix dans le monde !

Qu’attendez-vous de votre mandat, dans quels domaines allez-vous vous efforcer de développer les relations sino-maliennes ?

En deux mois j’ai essayé d’abord de m’installer. J’ai commencé par prendre contact avec les autres diplomates en poste à Beijing, mais aussi avec les différents responsables de l’armée, les sociétés et entreprises chinoises travaillant au Mali. J’ai obtenu beaucoup de contacts. Je souhaiterai, comme ma mission le demande, d’œuvrer pour rehausser d’avantage le niveau des relations économiques sino-maliennes, car comme vous le savez, le Mali sort d’une crise sécuritaire, il a fort besoin de redresser son économie ! Actuellement, les plus fortes préoccupations de notre pays portent sur le développement économique et la réinstallation de la situation sécuritaire.

Quel est le but de votre présence ici, pouvez-vous revenir sur la coopération sino-malienne ?

Je conduis ma mission en droite ligne des instructions de mon pays, mais également en tissant des rapports dynamiques avec les entreprises de ce pays avec l’apport bienveillant du ministère des Affaires étrangères. Notre objectif est de tisser des rapports solides en vue de conclure des marchés notamment dans les secteurs du développement des infrastructures économiques, sociales et culturelles.

Dans les années 60, les premières industries du Mali ont été construites par la Chine. C’était surtout des industries de premières nécessités, telles les industries de transformation du coton, les manufactures textiles, les fabriques de sucre, de conserves, de jus de fruits. Tout était réalisé avec l’apport de la Chine dans les années 60. La coopération entre le Mali et la Chine date depuis très longtemps.

Au niveau politique, La Chine et le Mali ont la même vision de paix. Ils travaillent main dans la main au niveau de l’Organisation des Nations unies. D’ailleurs, lorsque notre pays a obtenu son indépendance, la Chine fut le deuxième pays après l’Allemagne à reconnaitre la République du Mali le 25 octobre 1960. De plus, le Mali fait partie des premiers pays à avoir soutenu l’entrée de la Chine à l’ONU. Nos deux pays ont donc des rapports politiques et diplomatiques très solides.

Quels sont les principaux domaines de coopération entre la Chine et le Mali ?

Pour ce qui est des nouveaux domaines de coopération, des entreprises chinoises participent à la construction de routes, de voies ferrées, de bâtiments publiques et travaillent au désenclavement du Mali. Nous sommes actuellement en train de travailler pour la construction entre autres d’une voie ferrée reliant la Guinée au Mali, mais aussi pour entretenir des voies ferrées anciennes. Un ministre malien était en Chine en mars dernier pour ce projet. Nous avons à cette occasion également visité une société chinoise qui s’occupe du passage de la télévision malienne de l’analogique au numérique.

Dans le domaine des télécommunications, une société de téléphonie chinoise est également bien implantée au Mali. Beaucoup de produits numériques vendus au Mali proviennent de Chine. Nous travaillons aussi avec des sociétés chinoises spécialisées dans l’énergie hydroélectrique, mais aussi dans les nouvelles énergies : énergie solaire et éolienne.

Les concessionnaires automobiles chinois sont également bien implantés au Mali où circulent déjà beaucoup de voitures de marques chinoises.

En ce qui concerne les réalisations majeures de la coopération, il faut citer les industries crées par la Chine dans les années 60. On peut également citer le troisième pont à Bamako qui est le plus grand pont sur le plus grand fleuve du Mali. Il est entièrement conçu et construit par les Chinois et offert gratuitement au Mali à l’occasion du cinquantenaire de notre pays. Je pense que c’est un pont qui peut être vu comme un pont entre nos deux peuples.

Quels sont selon vous, les domaines de coopération sino-maliens les plus représentatifs ?

Aujourd’hui, la coopération économique Chine-Mali est d’une importance remarquable. Elles couvrent tous les domaines du développement. Les sociétés chinoises publiques ou privées implantées au Mali aident au développement économique, social et culturel de notre pays. Un autre volet de la coopération à ne pas négliger porte sur la sécurité. En effet, le Mali est certainement le premier pays où la Chine a envoyé des casques bleus dans le cadre de l’ONU. Avant, la Chine avait envoyé du personnel médical et du génie civil. La Chine a fait beaucoup dans le domaine de la santé en envoyant des corps médicaux dans les hôpitaux.

Combien de Maliens vivent en Chine, principalement où et que font-ils ?

En ce qui concerne les ressortissants maliens fixés en Chine, ils se comptent en quelques milliers, surtout basés dans la ville de Guangzhou. Le Mali y a d’ailleurs nommé un consul général qui relève de l’ambassade avec un personnel diplomatique. Les Maliens installés à Guangzhou évoluent dans tous les domaines, notamment celui du commerce ainsi que le transit des marchandises. La plupart des marchandises exportées vers le Mali proviennent de Guangzhou.

Pour ce qui est des étudiants, ils sont quelques centaines dispersés partout en Chine et font des études dans la diplomatie, les sciences, l’économie, l’agriculture, l’élevage. Chaque année, le Mali dispose de 30 à 40 bourses d’études pour des périodes courtes, moyennes et longues. Les bourses sont octroyées par le gouvernement chinois et soutenues par le gouvernement malien. Les étudiants les plus nombreux sont ceux en licence, mais il y en a également en master et doctorat. Certains étudiants vont aussi dans des écoles privées payées par leurs parents.

Quels sont les domaines dans lesquels la coopération Chine-Mali a encore à se développer ?

Dans la coopération avec la Chine, nous touchons pratiquement à tous les domaines. Là où nous espérons prochainement développer les échanges, c’est surtout le domaine culturel, les échanges avec la Chine dans ce domaine retiennent notre attention.

Dans le domaine du sport, je pense que la Chine est un grand pays. Elle peut nous apporter son expérience et son savoir faire.

Pour ce qui est du domaine économique, j’espère que nous pourrons améliorer les échanges dans le domaine du transfert de technologies, car c’est un élément très important pour les pays en voie de développement. Sans technologie, vous restez au même niveau ou bien vous restez consommateur. Il y a lieu de travailler pour que les transferts de technologies soient facilités, pour que dans ce domaine-là, les pays puissent se relever et ne pas rester simples consommateurs. J’espère à terme que certaines technologies chinoises puissent rester au Mali.

SÉBASTIEN ROUSSILLAT, membre de la rédaction

Source: La Chine au présent

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