Dr Oumar Mariko à son arrivée de Kidal : « La grandeur d’une nation, c’est sa capacité de pouvoir sortir des tragédies et de poser des actes forts pour les citoyens qui vivent en ce moment et ceux qui vont venir »

Fraîchement arrivé du forum de Kidal par un vol spécial aux environs de 14 heures, le samedi, le président du parti SADI, Dr Oumar Mariko, seul leader politique présent à ce rendez-vous et dont  la présence à ce forum continue d’alimenter les débats, a bien voulu nous accorder une interview au salon d’honneur de l’aéroport international Modibo Keïta de Sénou. Dans ce entretien exclusif, « l’enfant terrible de la classe politique malienne », nous parle des motivations  de sa participation à cette rencontre, tire les enseignements et donne ses impressions par rapport à l’absence du gouvernement et de la plateforme à la rencontre.

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Le Pouce : Nos lecteurs et lectrices peuvent-ils savoir les motivations réelles qui vous ont poussé à aller participer au forum de Kidal ?

Dr Oumar Mariko :« Je me dois de vous remercier et de vous féliciter pour l’article que vous avez fait, même si cela vous a valu des attaques injustifiées et mal fondées (ndlr  notre article du vendredi 1er avril  2106, « Dr Oumar Mariko au forum de Kidal : « Une bravoure à saluer et à conter à la future génération »). Je vous avoue que la seule motivation qui m’a guidée à partir à Kidal, c’est la recherche de la paix, le retour de la sécurité dans notre pays, l’instauration du dialogue entre maliens de tous bords pour la résolution définitive de ce problème qui ne profite pas au peuple malien et à l’ensemble des travailleurs de ce pays. Mais, il faut aussi admettre que ce problème profite à certains maliens. Ce qui est certain, c’est que ce combat ne profite pas au maximum de maliens qui se trouvent de Kayes à Kidal. A mon avis, il est temps qu’on mette le doigt sur les questions qui ont motivé cette rébellion. Et aussi qu’on se penche  sur d’autres questions qui peuvent mobiliser des maliens sur des chemins non souhaités. Ce qui nous permettra véritablement de panser les plaies et fixer la mémoire sur la base de la justice et de la volonté d’un pays qui va se sortir d’affaire. Toutes les grandes nations du monde ont connu leur période de tragédie. Mais la grandeur d’une nation, c’est sa capacité de pouvoir sortir des tragédies et de poser des actes forts pour les citoyens qui vivent en ce moment et ceux  qui  vont venir. Je pense que le Mali doit s’inscrire dans cette dynamique parce que, en réalité le pays a traversé beaucoup de tragédies et notre génération ne doit pas être incapable de pouvoir transcender la situation actuelle. C’est une mission historique et il faut que nous puissions parvenir à l’accomplir. Sans fanfaronnade et sans calculs mesquins, nous devons nous y engager ».

Le pouce : Que peut-on retenir du forum de Kidal ?

Dr Oumar Mariko :« Ce qui est à retenir de ce forum, c’est que les préoccupations des « kidalois » ont été largement débattues, notamment les questions qui intéressent la région dans la mise en œuvre de l’accord pour la  paix et de la réconciliation nationale. Les débats ont essentiellement portés sur les mécanismes qui ont pour but de favoriser la sécurité et le retour  de l’administration et des réfugiés. Aucune remise en question de la part des hautes autorités de la CMA, en ce qui concerne l’unité du Mali, de l’Etat malien, du gouvernement malien. La preuve, une motion  a été faite pour le président de la république, une autre pour l’Assemblée nationale pour le travail qu’ils ont fait dans la consolidation de la paix au Mali. Aujourd’hui, les dirigeants de la CMA ont une haute conscience qu’il faut aller vers la paix dans l’unité et dans la justice. Je crois que c’est ça que nous devons retenir fondamentalement du forum de Kidal ».

Le Pouce : Quelle appréciation faites- vous de l’absence du gouvernement et de la plateforme à ces assises ?

Dr Oumar Mariko :« Hélas, c’est un rendez-vous capital manqué de la part du gouvernement. A mon avis, les ministres en charge de ce dossier du nord ont manqué de hauteur. Ils n’ont pas pu prendre la mesure de l’enjeu actuel des besoins de paix des populations de Kidal et du peuple malien. Ils n’ont pas non plus mesuré les besoins d’unité de notre peuple. Je pense que les membres du gouvernement en charge de ce dossier, que ce soit le ministre de la Décentralisation, le ministre de l’Administration territoriale, le ministre de la sécurité et de la protection civile, le ministre de la Réconciliation nationale, le ministre de la Solidarité, de l’Action humanitaire et de la reconstruction du nord, ont raté un évènement. Ils pourront se rattraper ou en tirer toutes les conséquences de cette baisse de hauteur de vue.  Il m’est difficile de croire que la plateforme  a de façon souveraine pris la décision de ne pas aller à Kidal. Si c’était le cas, c’est dommages. Et c’est le cas. Qu’est-ce que la plateforme a fait des 100 millions de FCFA que le gouvernement lui a donnés. Aussi, qu’est-ce que le gouvernement  a fait du reste des 200 millions de FCFA qui sont sortis. On a inondé l’opinion en disant qu’il y a 400 millions de FCFA qui sont sortis. Une chose est certaine, les 100 millions de FCFA  qui ont été remis à la CMA et les 100 millions de FCFA qui ont été donnés à la plateforme, ne sont pas sortis du trésor du Mali dans les normes. Ce  qui montre encore une fois que le gouvernement a beaucoup de chose à revoir dans sa façon de gérer le pays ».

Le pouce : un appel ?

Dr Oumar Mariko :« Le premier appel que j’ai à lancer, c’est dire aux uns et autres de faire attention avec les astuces qu’on utilise aujourd’hui. Il faut que les Maliens se lèvent pour mettre fin à ces pratiques. Je demande aux gens de Kidal, à tous les mouvements, de répondre à ceux qui  disent que Kidal n’est pas du Mali ou ne fait plus du Mali, qu’ils ne sont pas plus maliens qu’eux. Je demande aux kidalois de leur dire qu’ils n’ont pas plus le devoir ou le droit d’être des responsables de la nation malienne et d’agir en conséquence. Je crois que c’est la seule réponse que les populations de Kidal et les responsables des mouvements doivent donner à ceux qui prétendent  dire que Kidal est devenue ceci ou cela. La deuxième chose, j’interpelle le gouvernement à travers les ministres en charge du dossier du nord, de faire  des efforts, d’éviter d’écouter leur ego, de faire  extrêmement attention à la souffrance de notre peuple, de faire extrêmement attention aux difficultés que les populations de Kidal connaissent aujourd’hui. Et de comprendre une fois  pour toute que notre souveraineté est atteinte dans son fondement. Que chacun prenne cette mesure et pose des actes de souveraineté. C’est d’abord de faire en sorte que les maliens puissent se retrouver. Le  deuxième acte de souveraineté sera en ce moment de savoir comment nous allons décider et discuter de notre sort comme nous l’entendons un peu partout. Aujourd’hui, les populations de Kidal ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent à Kidal. Seule la communauté internationale décide du sort de tout le monde. Ici, nous avons été transportés par la communauté internationale, fouillés par la communauté internationale, identifiés par la communauté internationale, et ramenés par la  communauté internationale. Cela n’est pas une fierté pour nous Maliens.  Notre orgueil de Maliens  doit nous pousser à sceller ensemble  la paix pour pouvoir avancer. C’est un appel que je lance à tous les Maliens de tous les bords pour que nous puissions avoir une pensée pieuse pour tous ceux qui sont morts, pour ce combat et nous donner comme devoir de pouvoir le régler définitivement ».

Entretien réalisé par Jean GOÏTA

Honorable Oumar Mariko, président de Sadi :

 « La mise en place des autorités intérimaires ouvre la voie aux débats politiques à Kidal »

La question de la mise en place des autorités intérimaires adoptée par l’Assemblée nationale, était l’un des sujets essentiels débattus lors du forum de Kidal. L’honorable Oumar Mariko, commente. Nous vous proposons son commentaire à propos des autorités intérimaires.

« Je pense que l’une des attentes fortes des populations de Kidal et celles des autres régions du nord, c’est la mise en place des autorités intérimaires. Ça fait plus de  quatre ans qu’il n’y a aucune autorité à Kidal. La nature a horreur du vide. Cette situation ouvre la voie à toutes sortes de pratiques dans ces zones. Si les populations et les groupes armés acceptent la mise en place des autorités intérimaires, ça veut dire que la main tendue à la flamme de la paix est réelle. Le fait que l’Assemblée ait voté cette loi, c’est ce qui a valu la motion à l’endroit du président de la république et de l’Hémicycle. Maintenant, dans le décret d’application, on verra ce qu’il ya lieu de faire. C’est vrai que je n’ai pas assisté aux débats, mais j’ai entendu des contradictions à la télé sur la question. J’aurai le temps de me plonger là-dedans. De toute façon, ce qui n’a pas été du goût de ceux qui contestent cette loi peut être récupéré et rattrapé s’il est fondé par le décret d’application. Le décret d’application pourra corriger les errements de la loi s’il y en  a eu ou renforcer ce que les autres ont demandé. Mais quand on entend les arguments de l’opposition à mon avis, ça me parait trop léger. Parce qu’en fait, c’est une question de représentation. Qu’on ne se voile pas la face, les partis de l’opposition, les partis au pouvoir, les partis qui ne sont ni au pouvoir, ni à l’opposition, chacun à ses hommes dans la CMA, dans la plateforme et dans la population, tout court de Kidal. Il ne faut pas qu’on se trompe par rapport à cette situation. La mise en place des autorités intérimaires ouvre la voie au débat politique et à l’activité politique des partis politiques à Kidal. Ce qui n’est pas une réalité aujourd’hui.  Kidal est prise en charge par les autorités intérimaires, personne ne pourra interdire les partis à mener à bien leur activité politique à Kidal. La quête de la paix n’est pas une marche lumière. Il y a des hauts et des bas. Il ya parfois des hauts responsables qui ont tendance à remettre en cause les acquis. Mais il faut avoir la tête froide et le cœur chaud pour éviter que les acquis soient mis en question. »

Propos recueillis par Jean Goïta

 

Source: Le Pouce

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