Dr Bréma Ely Dicko, sociologue : « Si la migration est un droit fondamental, elle doit s’effectuer dans un cadre règlementaire »

La migration, bien qu’ayant toujours été pratiquée dans nos sociétés, pose aujourd’hui des problèmes d’ordre règlementaire. Cette migration irrégulière occasionne des pertes énormes à nos États. Pour mieux comprendre le phénomène, nous avons rencontré Dr Bréma Ely Dicko, spécialiste des questions migratoires au Mali.

Le Pays : vous êtes spécialiste en migration. Est-il possible de situer le phénomène migratoire dans le temps, voire dans l’espace ?

Dr Dicko : le phénomène est constitutif de l’humanité, car l’Homme a fait son apparition en Afrique, plus précisément dans la vallée du Rift (Afrique de l’Est entre le Kenya, Éthiopie, Érythrée). De là, certains ont migré vers l’Eura-Asie et d’autres vers l’Europe. C’est dire que le peuplement de la terre a été possible grâce à la migration.

Migration, émigration et immigration. Comment distinguer ces trois notions ?

La migration est le phénomène de déplacement d’une zone à une autre, d’un pays à un autre. L’émigration est le fait de partir ailleurs dans un autre pays. L’immigration est le fait de venir et s’établir pour travailler dans un pays différent de celui dans lequel le migrant est né. Ainsi, c’est une question de territorialité, car le Mali va qualifier d’émigrés ses citoyens vivant à l’extérieur. Le pays qui reçoit les Maliens va les qualifier d’immigrés.

De plus en plus, on parle de migration irrégulière. Expliquez-nous ce phénomène !

Si la migration est un droit fondamental, elle doit s’effectuer dans un cadre règlementaire qui respecte les conditions d’entrée et de séjour dans les autres pays. La migration irrégulière désigne toute migration qui se fait sans respecter les conditions d’entrée (visa, carte de séjour, justification de ressources suffisantes par le migrant). Ceux qui ne remplissent pas ses conditions, empruntent les routes du désert, traversent la méditerranée dans des conditions horribles au péril de leur vie.

Peut-on estimer les pertes qu’occasionne cette pratique pour le Mali ?

Les pertes sont financières, un migrant irrégulier peut dépenser plus de 2 millions de FCFA. Elles sont humaines aussi, en 2015, plus de 376 Maliens ont perdu la vie dans la Méditerranée. Ce sont autant de bras valides que les proches ne verront plus.

Pensez-vous que la fermeture des frontières est une solution à ce problème ?

Ni les barbelés ni les politiques de fermeture des frontières ne sont suffisants pour empêcher les phénomènes. Au contraire, la fermeture des frontières occasionne des tragédies.

La covid-19 a-t-elle contribué à la lutte contre la migration ?

Oui momentanément. Mais avec le déconfinement, les voyages ont repris de plus belle, car la maladie a paupérisé davantage les familles.

Quelle politique mettre en place pour mettre fin à la migration irrégulière ?

Les États doivent offrir des alternatives aux jeunes, revoir l’offre de formation dans nos écoles pour l’adapter aux besoins du marché de l’emploi. Les pays européens doivent encourager la mise en place des visas de circulation pour les travailleurs dans les champs de tomates, de raisins, d’olives, etc. et dans le BTP.

Quel appel lancez-vous aux jeunes maliens qui s’adonnent à cette pratique ?

J’encourage tout le monde à s’informer sur les réalités sur les routes de la migration irrégulière, sur les conditions légales d’entrée et de séjour dans les pays européens. Ils trouveront des informations sur notre site www.themigrantproject.org/fr

Rien ne vaut la vie, les Européens eux-mêmes connaissent leurs difficultés internes d’où les SDF et les chômeurs, l’exemple des gilets jaunes en France est là pour nous édifier.

Par FousseniTogola

 

Source: Journal le Pays- Mali

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