Conférence sociale dans le domaine du travail du 17 au 22 octobre 2022 : « Nous attendons des recommandations fortes dont la mise en œuvre va nous permettre d’apaiser, de façon durable, le climat social au Mali »

Le Gouvernement du Mali tiendra, du 17 au 22 octobre 2022, la conférence sociale dans le domaine du travail. De ce fait, le conseiller technique en charge des questions de travail au Ministère du Travail, de la Fonction Publique et du Dialogue Social, Salif Bagayoko, justifie, dans l’interview qui suit, les raisons de cette conférence, ses objectifs, le manque de confiance entre syndicats et gouvernement pour non application des accords par l’Etat, et ce que l’Etat attend des travaux.

Le Républicain / Bonjour monsieur, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Salif Bagayoko : Je m’appelle Salif Bagayko, conseiller  technique en charge des  questions  de travail au Ministère du Travail, de la Fonction Publique et du Dialogue Social.

Le Républicain : Le Gouvernement, à travers votre département, en collaboration avec le Conseil national du Patronat du Mali (CNPM) et les organisations syndicales  des travailleurs, organise,  du 17 au 22 octobre 2022, la  Conférence  sociale dans le domaine du travail. Pourquoi  l’idée  de cette conférence sociale et quels en sont les objectifs ?

Salif Bagayoko: Très bonne question ! Comme vous le savez, au Mali, depuis quelques années, nous assistons à une détérioration quasi permanente  du climat social à travers des mouvements  de  grèves  dans divers  secteurs. Notre économie nationale est touchée, notamment des secteurs très essentiels  comme la santé, l’éducation, la justice, l’industrie et le commerce ; presqu’un peu partout, même dans l’administration générale. Justement, ces mouvements de grèves ont fait parvenir un peu au gouvernement, une batterie de revendications se rapportant à la liberté syndicale, l’amélioration des conditions de vie des travailleurs, la santé,  la sécurité au travail,  la situation des compressés, la situation des travailleurs partants volontaires, la sécurisation des lieux de travail, et même des revendications relatives au renforcement du dispositif de prévention de gestion des conflits de travail. Face à ces revendications, le gouvernement avait essayé de donner certaines réponses, notamment l’augmentation des primes et indemnités dans divers secteurs. Il y a eu  également,  tout  dernièrement, l’uniformisation de la grille salariale dans la fonction publique, pour répondre à la demande de rémunération entre agents publics. Il y a eu la maîtrise du prix de l’eau et de l’électricité; la maîtrise du prix de certaines denrées alimentaires de première nécessité, etc. Dans  le privé également, il y a eu beaucoup d’efforts tels que  la révision ou l’élaboration de certaines conventions collectives comme la convention collective des chauffeurs, etc. Malgré toutes ces réponses, les mouvements de grèves ont continué. Or, les plus hautes autorités ont  voulu une relance économique  durable. Cela ne peut être obtenu qu’à travers un climat social apaisé dans  nos entreprises  et administrations. Face à toutes ces  situations. Le gouvernement a décidé d’élaborer dans son plan d’action, un document qu’on appelle pacte de stabilité social, sécuritaire et de croissance. Pour parvenir à ce pacte, la conférence sociale, dans le domaine du travail, a été identifiée comme une des activités prioritaires. Nous pensons que la tenue de cette conférence va répondre à un objectif majeur, notamment l’identification des moyens et des mécanismes permettant d’aboutir à un climat social apaisé et de façon durable.  Donc, ce sont vraiment les motivations même de la tenue de cette conférence. Parmi les difficultés évoquées, j’ai volontairement occulté d’autres, comme le problème de la représentativité syndicale. Parce que vous n’êtes pas sans savoir qu’au Mali, nous avons actuellement quatre centrales syndicales : l’UNTM, la CSTM, la CMT et la CDTM. A côté de ces centrales syndicales, nous avons environ 25 syndicats non affiliés. Ce sont des syndicats libres et autonomes qui ne sont pas affiliés à une centrale syndicale. Aujourd’hui, chacune de ces organisations syndicales réclame le droit d’être interlocutrice  de l’Etat. Donc, pour régler ce problème, il va falloir échanger par rapport au problème de la représentativité des syndicats. Cela ne peut se faire qu’à travers des élections professionnelles. Outre cette conférence aussi, nous allons discuter de cette question d’élection professionnelle.

Pourquoi  avoir retenu  des thématiques comme  la politique  salariale de l’Etat, la liberté  syndicale, l’exercice  du droit de grève et le dialogue social ?

Effectivement, la conférence va se tenir autour de trois thèmes centraux. Il y a la liberté syndicale, le dialogue social et la gestion des carrières et la politique de rémunération. Le premier grand thème contient des  sous thèmes  qui se rapportent  à certaines  questions  qui riment avec certaines revendications  comme la violation de liberté syndicale. Également,  au cours des différentes  grèves  ces  derniers temps, on  a constaté  que  l’exercice du droit de grève a besoin d’être encadré.  Dans le thème consacré à la liberté syndicale, on va également revisiter les textes portant création et organisation de ces organisations syndicales, des textes aussi bien nationaux qu’internationaux que le Mali a ratifiés. Le thème se rapportant  au dialogue social va parler justement d’un pan  important. Car  il  faudrait bien qu’on se mette  d’accord sur le dialogue social  ses acteurs. Lorsqu’on identifie ces acteurs-là, il y a un problème très important qui est la formation des acteurs du dialogue social. Parce qu’au cours des négociations lors des différentes grèves, nous nous sommes rendu compte qu’il y a des négociateurs qui viennent sans préparation ; ils n’ont aucune notion de la négociation. Et c’est ce qui explique souvent  l’échec de beaucoup  de négociations aboutissant du coup à l’observation du mot d’ordre  de grève. Si on prend le troisième grand thème qui est  la gestion  des carrières de la politique  de rémunération, à l’intérieur de ce grand thème  aussi, nous avons beaucoup  de sous thèmes comme la gestion des carrières  des agents publics ; la gestion des agents du privé. Ensuite, il a aussi les questions  des primes et indemnités. Ce sont  des questions  très importantes. Beaucoup  de travailleurs  pensent  que les travailleurs sont  inégalement répartis entre  les agents d’une même  fonction publique. On parlera aussi de la multiplicité  des statuts autonomes. Parce qu’au-delà du statut autonome, par exemple pour les magistrats dont notre constitution parle, dans beaucoup d’autres secteurs, la lutte syndicale a fait que certains corps ont eu leur statut propre en violation de nos textes fondamentaux. Ce problème aussi doit être débattu. Et même au-delà, il faut qu’aujourd’hui, au Mali, on soit d’accord sur le type de fonction publique voulons nous. Est-ce une fonction publique de carrière ou une fonction publique d’emploi ? Quand vous voyez pourquoi les gens courent beaucoup vers la fonction publique, c’est parce qu’on pense à ce niveau que les emplois sont plus garantis. Parce qu’on a un statut général qui gère l’ensemble des fonctionnaires. Il y a des spécificités pour certains corps qui sont prises en charge dans leur statut particulier. Ces questions vont être débattues de façon tripartite. A côté de cela, on va parler également même de la gestion des conflits.

Qu’attendez-vous au terme des travaux, et combien de participants sont attendus ?

Il est d’abord attendu  comme participants à cette conférence, environ 500 conférenciers venant des services publics, y compris les institutions de la République (de la présidence au gouvernement en passant par certaines structures comme les autorités administratives indépendantes, etc.). Ensuite, il y aura des participants venant du CNPM et des syndicats des travailleurs, notamment les centrales syndicales, les syndicats libres et autonomes. Par rapport à tous ces participants, nous pensons aboutir à des recommandations qui vont prendre en charge l’ensemble de nos problèmes. De toutes ces questions dont je viens de parler, nous pensons que les discussions vont aboutir à des recommandations consensuelles qui vont justement servir de base pour  l’élaboration du document du pacte de stabilité social, sécuritaire et  de croissance. Nous attendons vraiment des recommandations fortes dont la mise en œuvre va nous permettre  d’apaiser de façon durable, le climat social au Mali.

On constate une certaine méfiance  des syndicats à votre endroit pour non-respect  des engagements  pris lors des négociations. Qu’est ce qui explique cette situation de la part de votre département ?

C’est une question très importante quand on voit la détérioration quasi permanente du climat social au Mali. Il y a eu beaucoup de préavis de grève en même temps. Au niveau de la fonction publique, nous nous sommes retrouvés avec certaines revendications « extrémistes », « excessives », « insupportables » par l’employeur en ce temps. Mais, puisqu’il  y a la menace de la grève, alors on maîtrise tous les moyens. Des fois, c’est avec le couteau à la gorge qu’on accepte certains points. Et lorsqu’un accord est obtenu dans ces conditions-là, il va de soi qu’au moment de l’application, on ait des difficultés. L’autre problème est que la majeure partie de ces revendications avait des incidences financières. Aujourd’hui, tout le monde sait qu’avec la crise multidimensionnelle, les ressources publiques sont affectées. Donc au moment où l’Etat même  a des difficultés pour rehausser son niveau économique, c’est au même moment que cette pression syndicale vient réclamer le plus davantage. Donc, si ces points d’accords sont liés à l’obtention d’une prime ou d’une indemnité, tant qu’il n’y a pas d’argent, il va de soi que le point reste inappliqué. On pense que c’est le gouvernement qui a été négligeant par rapport à l’application de ces engagements. Loin de là. La volonté politique demeure pour que l’Etat s’acquitte  entièrement de tous ses engagements. Souvent, on ne le dit pas, mais il y a aussi d’autres engagements qui doivent être exécutés par les syndicats eux-mêmes. Mais ce n’est pas le cas. Donc des deux côtés, il y a des engagements non appliqués. Effectivement,  cette  non application  a abouti à une perte  de confiance  mutuelle  entre le gouvernement et les syndicats et même au niveau  du privé, entre  des entreprises et leurs syndicats. Nous pensons que la conférence va être le lieu de discuter de tous ces aspects-là.

Quel appel avez-vous à lancer aux acteurs qui prendront part à la conférence pour atteindre vos objectifs? 

Je profite  de votre  micro pour  remercier  nos partenaires  sociaux, notamment le CNPM et l’ensemble des syndicats qui ont toujours œuvré aux côtés du gouvernement pour qu’on arrive à cette conférence. On vient de parler d’une batterie de problèmes, mais il faut reconnaître que ces difficultés n’ont pas impacté le dialogue entre gouvernement, patronat et syndicats. Le dialogue a demeuré même si on ne s’est pas toujours entendus sur tout. C’est le lieu pour moi de les remercier pour leurs engagements patriotiques et leurs dévouements pour la cause du monde du travail. Je sais compter sur leurs engagements davantage et leur participation active pour que cette conférence fasse que les résultats soient consensuels, partagés, capables d’enterrer définitivement l’ensemble de ces conflits qui ne font que perturber le fonctionnement normal de l’économie nationale. J’appelle tous les conférenciers invités à ne ménager aucun effort pour que les objectifs globaux et mêmes spécifiques de cette conférence soient atteints.

Propos recueillis par Hadama B. FOFANA

Source: Le Républicain

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