Non, le terrorisme et le changement climatique ne sont pas distincts

La guerre contre le réchauffement climatique et le terrorisme n’est pas une bataille gagnée tant qu’elle reste disproportionnée. Ces deux phénomènes sont interdépendants.

 

«On ne peut pas prétendre lutter efficacement contre le terrorisme si on n’a pas une action résolue contre le réchauffement climatique», disait Macron lors du G20 en 2017. Il existerait une corrélation réelle entre ces phénomènes qui fait qu’ils restent lier l’un à l’autre.

Des visions biaisées

Généralement, les analyses faites sur ces phénomènes omettent volontairement ou involontairement l’interdépendance existante entre ces deux phénomènes. Certes depuis des années, des débats commencent à se multiplier dans ce sens, mais sans pour autant arriver à une conclusion certaine sur cette corrélation. On traite séparément les deux comme s’il s’agissait de deux phénomènes distincts.

C’est pourquoi, dans les pays africains notamment ceux du Sahel, il existe beaucoup de centre de recherche, de chercheurs sur la sécurité, plusieurs évènements s’organisent autour de ce phénomène, mais rarement on voit des rencontres autour du climat, des centres de recherche sur le climat. Cela s’explique par le triomphe du visible sur l’invisible. Tous les efforts restent tournés vers la lutte contre l’arme visible qui est tenue pour responsable de tous les maux des pays respectifs. Ainsi, les dégâts de l’arme invisible, le réchauffement climatique, sont omis. Or, ceux-ci est souvent la source de certaines de ces insécurités que nos pays traversent.

Deux phénomènes en un seul

Au Mali, au Burkina Faso, au Nigéria, des conflits existent entre les Peuls et les propriétaires fonciers. Des conflits qui, pour la plupart,  trouvent leur explication dans l’occupation des espaces ou la circulation des bœufs. Avec l’instabilité climatique, les Peuls sont obligés de bouger avec leurs troupeaux à la recherche de nourriture ou d’eau. Lors de ces traversées, ils arrivent le plus souvent que des conflits éclatent entre eux et des propriétaires fonciers, une fois que certains de leurs bêtes broutent chez ces agriculteurs. Ces conflits vieillis n’attendent que des occasions pour s’extérioriser largement. C’est ce qui a fait dire à Alice Baillat, chercheuse à l’IRIS, dans une interview publiée le 3 mai 2017 sur la page de son centre de recherche et qui s’intitule « Changement climatique et terrorisme : quelle corrélation ? », que « le changement climatique est un multiplicateur de menaces, au sens où il agit de manière indirecte sur les facteurs d’instabilité et de violence. »

En effet, avec le réchauffement climatique, les catastrophes naturelles se multiplient, le manque de nourriture et d’eau pour les animaux s’installe.

En plus de ce paramètre, il faudrait ajouter que les sécheresses, les inondations, qui constituent des effets de l’instabilité climatique sont le plus souvent source d’encouragement des conflits. Avec ces phénomènes leur rendant la vie plus difficile à supporter, les jeunes rejoignent facilement les réseaux de trafiquants, de terroristes, etc., dans l’unique espoir d’apaiser leurs maux. «…Pour subvenir à ses besoins, on peut devenir criminel, passeur de drogue ou encore, être tenté par le terrorisme islamiste. La situation de précarité et de détresse peut donc pousser les gens dans les bras des djihadistes, avec un degré d’adhésion plus ou moins important», lit-on dans l’interview d’Alice Baillat.

La région de Mopti en est un exemple parfait au Mali. La campagne agricole de 2018 n’a pas bien donné à cause des fortes pluies qui ont inondé les champs. Pour celle de 2019, bien  que la plupart des populations se soient déplacées, il serait difficile de cultiver les champs dû à la persistance des menaces terroristes. L’insécuritaire sanitaire, alimentaire, etc., s’installe tout en augmentant les risques de radicalisation.

Aujourd’hui, de part et d’autre le monde, les experts arrivent à la conclusion que le réchauffement climatique constitue un véritable déclencheur du terrorisme. Il ne s’agit nullement là d’un réductionnisme des responsabilités politiques dans ces crises, mais de décrire un facteur qui semble sauter aux yeux et qui constitue pourtant un aspect assez important. C’est pourquoi certains font des liens entre la crise économique de 2008 et l’ampleur qu’à prie le terrorisme.

Des solutions étatiques s’imposent

Selon la chercheuse de l’Iris, on peut sortir de ce problème  « Si on crée les conditions d’un développement serein des sociétés, on empêche que les populations soient tentées par d’autres trajectoires violentes, comme le terrorisme ou le grand banditisme. »

Nous devons comprendre que pour arriver à combattre le terrorisme, il importe de trouver une solution au réchauffement climatique en atténuant ses effets sur les populations qui y sont victimes. C’est pour dire que l’Afrique ainsi que beaucoup de pays du monde souffrent d’un seul grand mal qui nous ronge doucement, mais sûrement : l’instabilité climatique causée par le réchauffement climatique. Ce phénomène, encouragé par la mauvaise gouvernance, rendant la vie difficile à vivre, les uns et les autres se cherchent des solutions adaptées. Dans un esprit de vengeance contre les autorités, les uns se radicalisent facilement, les autres partent mourir sur la mer.

Fousseni TOGOLA

Source : Le Pays

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