Nice : Moussa Coulibaly évoque sa haine des militaires, des juifs et de la France pendant sa garde à vue

Les enquêteurs continuent mercredi d’interroger Moussa Coulibaly , dont la garde à vue a été prolongée de 24 heures, et des membres de sa famille,après l’agression au couteau la veille contre trois militaires en faction devant des institutions juives dans le centre de Nice.

 

Lors de cette garde à vue, Moussa Coulibaly a évoqué devant les enquêteurs sa haine des militaires et des juifs, affirme mercredi soir une source proche de l’enquête. S’exprimant très sporadiquement après avoir longtemps gardé le silence, il a aussi déclaré qu’à ses yeux, les musulmans «étaient persécutés dans le monde». Mais cet homme, qui pourrait avoir agi de manière totalement isolée, n’a pas révélé mercredi s’il savait que les militaires agressés étaient en faction devant un centre communautaire abritant discrètement, dans une cour en retrait de la rue, le Consistoire israélite de Nice, Radio Shalom et une association israélite.

Le Premier ministre, Manuel Valls, a décidé de passer le plan Vigipirate en niveau «Alerte attentat» dans les Alpes-Maritimes, comme en Ile-de-France. François Hollande avait demandé dans la matinée, en conseil des ministres, le maintien de Vigipirate à son «niveau le plus élevé» dans l’Hexagone.

L’enquête, confiée à la sous-direction antiterroriste (SDAT) et à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), porte pour l’instant sur des faits de «tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste» et «association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes d’atteinte aux personnes». La garde à vue peut durer jusqu’à 96 heures.

La section antiterroriste du parquet de Paris et la police judiciaire de Nice (Alpes-Maritimes) cherchent à déterminer si l’agresseur des trois militaires, muet mardi, savait que les militaires surveillaient le Consistoire israélite de Nice, Radio Shalom et une association israélite, installés discrètement dans une cour. Seule la publicité clinquante d’un restaurant indien est visible sur la principale avenue commerçante de la ville où passe le tramway, lieu de l’agression. «Cette tentative d’assassinat visait des soldats parce qu’ils étaient des militaires», avait insisté mardi soir Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense.

Dans les locaux du centre communautaire juif, le rabbin Franck Teboul, estime mercredi qu’«il ne faut pas tomber dans la psychose». «Il est probable que le centre n’a pas été visé», a-t-il dit. «A ce stade nous n’avons aucune information», a commenté devant la presse le président du Consistoire israélite de Nice, Maurice Niddam, en rendant hommage à des militaires qui font «l’honneur de la nation» car «s’ils n’avaient pas été là, les choses auraient peut-être été plus graves».

Un texte sur la religion dans sa chambre d’hôtel

Dans la chambre de l’hôtel Azurea, près de la gare de Nice, où Moussa Coulibaly a séjourné depuis le 29 janvier après avoir été refoulé de Turquie, les enquêteurs ont trouvé mardi un texte écrit de la main de l’agresseur sur la religion, ainsi que de la monnaie turque, selon une source proche de l’enquête. L’homme de 30 ans avait été repéré mi-décembre par les services de police, alors qu’il faisait du «prosélytisme agressif» dans une salle de sport des Yvelines, selon une source proche du dossier.

Il était déjà venu à Nice les 25 et 26 janvier, puis était parti en Corse où il s’était fait repérer par la police aux frontières en cherchant à acheter un aller simple au départ de Nice pour la Turquie. L’agence a refusé l’aller simple et lui a finalement vendu un aller-retour pour le 28 janvier, selon une source proche de l’enquête.

«A priori» aucun lien avec Amedy Coulibaly

La DGSI, alertée par la police aux frontières, avait demandé aux autorités turques de le refouler. De source sécuritaire turque, Moussa Coulibaly a été refoulé le 29 janvier à l’aéroport Ataturk d’Istanbul, en provenance de Rome et renvoyé dans la capitale italienne. «La surveillance de son environnement se poursuivait pour comprendre ce qu’il faisait à Nice alors qu’il n’avait ici ni racines, ni contacts», avait précisé mardi devant la presse à Nice le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

Mercredi, à la sortie du Conseil des ministres, Bernard Cazeneuve a précisé : «Le suspect a commis la tentative d’assassinat au terme d’une radicalisation. Le processus de radicalisation avait été décelé.»  Le député UMP des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, a demandé au ministre d’être à nouveau entendu par la commission d’enquête parlementaire sur les filières jihadistes. Eric Ciotti a posé la question d’éventuelles «lacunes» dans la surveillance de cette individu «au passé judiciaire extrêmement chargé».

VIDEO. Qui est Moussa Coulibaly, l’auteur présumé de l’attaque de Nice?

Moussa Coulibaly n’a «a priori» aucun lien avec Amedy Coulibaly, tueur d’une policière à Montrouge et auteur de la prise d’otages meurtrière de l’Hyper Cacher début janvier à Paris, selon plusieurs sources proches de l’enquête. Peu avant l’agression des militaires, Moussa Coulibaly avait été contrôlé et verbalisé dans le tramway, accompagné d’un homme de 43 ans, né au Tchad et de nationalité canadienne. Ce dernier en garde à vue jusqu’à mercredi matin a été relâché «sans aucune suite judiciaire à ce stade». Il n’aurait aucun lien avec Moussa Coulibaly dans cette affaire.

Une perquisition au domicile de Moussa Coulibaly

Dans les Yvelines, la police a perquisitionné mardi vers 20 heures le domicile de Moussa Coulibaly dans un immeuble de huit étages du Val-Fourré, un quartier sensible de Mantes-la-Jolie. Sa mère et une soeur, en pleurs, ainsi qu’un frère ont été emmenés par des policiers pour être entendus.

Selon la hiérarchie militaire qui a visionné les images de l’agression, vers 14 heures mardi, un individu s’est approché des militaires en laissant tomber un sac en plastique devant eux pour détourner leur attention. Il a sorti un long couteau et a visé le visage du premier militaire. Ce maréchal des logis de 33 ans, souffre d’une entaille profonde au niveau de la pommette. Le deuxième militaire, un première classe de 22 ans, a été blessé à un bras. Le troisième, un deuxième classe de 19 ans, a finalement maîtrisé l’individu en le taclant au sol. Il ne souffre que d’une éraflure à la main.

VIDEO. Les enquêteurs des services antiterroristes débordés depuis les attentats

 

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