G20 : pourquoi le coronavirus est une calamité pour les pays émergents

Le G20, présidé actuellement par l’Arabie saoudite, tient ce jeudi 26 mars un sommet en urgence par visioconférence, pour discuter de la riposte sanitaire et économique à la pandémie de coronavirus. Tous les États membres vont souffrir, mais certains encore plus que d’autres : c’est le cas des pays émergents.

 

 

La récession est maintenant inéluctable dans tous les pays du G20, selon l’agence de notation Moody’s. À l’exception de la Chine qui, elle, devrait voir sa croissance divisée par deux. Mais les prévisions sont alarmantes pour tous les autres pays émergents : d’après la banque JP Morgan, le Mexique pourrait voir son PIB reculer de 15%, la Turquie de 17%. Ces deux pays étaient déjà confrontés à un net ralentissement de l’économie avant l’apparition du coronavirus. C’est aussi le cas de la plupart des grands émergents, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud. Tous abordent la pire crise économique depuis qu’ils sont sortis de la grande pauvreté, en situation de grande fragilité.

Les pays émergents frappés par les conséquences économiques du coronavirus avant même que leur population ne soit affectée par la pandémie

Le coronavirus les a très vite privés de leurs principales sources de revenu d’exportation. Les pays producteurs de pétrole et de métaux, de l’Afrique du Sud à l’Algérie en passant par le Chili, souffrent de la chute de la demande et des prix des matières premières engendrée par la paralysie de la Chine, et de la guerre des prix du pétrole lancée par l’Arabie saoudite. La deuxième calamité pour les émergents, c’est l’arrêt des voyages qui saigne les pays très dépendants du tourisme comme l’Indonésie ou la Thaïlande. Troisième source de devises en train de se tarir : celle du transfert d’argent de la diaspora. Avec la crise qui sévit en Occident, les travailleurs étrangers, souvent dans des situations précaires, ne seront bientôt plus en mesure d’envoyer de l’argent pour soutenir les familles restées au pays.

Ces États auront donc du mal à faire face aux dépenses urgentes pour enrayer la propagation du coronavirus

D’autant plus qu’ils sont déjà très endettés. Avant la crise de 2008, la dette globale privée et publique des pays émergents représentait 70% de leur PIB. Aujourd’hui, c’est plus du double : 165% du PIB. Comment, dans ces conditions, lever des milliards sur les marchés comme le font les États-Unis ou l’Europe pour financer leurs plans de soutien à l’économie ? Les pays émergents suscitent maintenant la défiance des investisseurs.

En l’espace de deux mois, environ 80 milliards de dollars ont brusquement été retirés de ces marchés. À peu près le même montant qui les a irrigués pendant toute l’année 2019. Cette fuite des capitaux renforce le dollar et affaiblit leurs monnaies. Les pays déjà en situation de défaut de paiement, comme l’Argentine ou le Liban, sont en situation de grande détresse financière.

Quels sont les pistes envisagées pour soulager ces pays ?

Le FMI et la Banque mondiale ont déjà mis des fonds à la disposition de tous ceux qui en font la demande. Les institutions internationales demandent par ailleurs instamment que les remboursements de dettes des pays les plus pauvres – et cela ne concerne pas que les émergents – soient suspendus. Deuxième piste, le soutien des banques centrales pour faciliter leur accès au dollar et donc au moyen de régler les importations. La réserve fédérale a déjà mis à la disposition des lignes de crédit pour couvrir les importations.

Enfin, le contrôle des changes pourrait être établi par les pays les plus en danger. Soutenir ces pays est aujourd’hui une obligation morale pour la communauté internationale et aussi un impératif économique. Les pays émergents représentant 60% de l’économie mondiale, les laisser tomber pénaliserait la planète entière.

EN BREF

L’Inde a décidé de bloquer les exportations de chloroquine

On ne connaît pas encore l’efficacité réelle de cet antipaludéen présenté comme le remède miracle au coronavirus, mais l’Inde, qui en est le plus grand pourvoyeur mondial, préfère privilégier l’approvisionnement de sa population. D’autres pays peuvent fournir le médicament ou son principe actif : la Hongrie, la Finlande, la Chine ou encore la Corée du Sud.

À suivre ce jeudi : une nouvelle réunion de la Banque d’Angleterre

Une réunion surprise, car il y a une semaine la Banque centrale du Royaume-Uni a déjà abaissé ses taux et annoncé des mesures massives de soutien à l’économie.

RFI
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