France-Orlan : “J’ai choisi de ne pas avoir d’enfants”

En voyage en Afrique, je me rends compte que je suis enceinte. A 17 ans, pour moi, c’est impensable ! Nous sommes en 1964, et l’interruption volontaire de grossesse est encore illégale.

Mais je veux rester libre. Je fais du stop sous un soleil torride en pays dogon, au Mali. Je m’aperçois avec angoisse que je n’ai plus mes règles depuis un mois et demi. A Saint-Etienne, j’ai eu quelques liaisons avec des artistes. De retour, je fais un test. Catastrophe : je suis enceinte ! Tout en moi dit non. Pourquoi la nature m’inflige-t-elle cette épreuve ? Pas question de gâcher ma vie : je peins, j’écris des poèmes, je sculpte, je déborde d’énergie créatrice. A l’époque, il n’y a pas de contraceptifs et, surtout, avorter est illégal : je risque la prison. Affolée, je fais appel à ceux qui pourraient être le père, à mes amis. L’un d’eux me donne l’adresse d’une femme fiable qui pratique des avortements clandestins. Mais son tarif est exorbitant. Avec ce que je gagne comme vendeuse de brosses à dents et de savonnettes sur des marchés, je n’en ai pas les moyens. La solidarité bat son plein : mes amis lancent un financement participatif et nous arrivons à rassembler l’argent nécessaire. J’ai accouché de moi-même ! Le jour du rendez-vous, je me rends en banlieue chez la « faiseuse d’anges ». Une femme à chignon blanc, plutôt bohème, me reçoit avec gentillesse dans son petit appartement d’un HLM. Je lui demande l’autorisation de fumer la pipe, comme George Sand, pendant l’intervention. Ça la surprend, mais elle finit par accepter. Je serre les dents. Tout va vite. J’imagine que je suis dans un film, ailleurs. Dès le lendemain, nous arrosons ma libération au champagne avec des amis, au Bon Pichet. Je reviens de loin. On rit, je me sens soulagée. Je plains les femmes qui culpabilisent et celles qui n’ont pas désiré être mères. Lire aussi.Orlan contre la tyrannie de la beauté Quelques mois plus tard, je crée une photo en noir et blanc, « ORLAN accouche d’elle-m’aime », où je donne naissance à un être sans sexe déterminé. Au fond, je n’ai pas eu d’enfants, mais j’ai accouché de moi-même ! L’année 1964 est celle de ma naissance et j’ai pu réaliser des œuvres qui dénoncent les violences faites aux femmes et les pressions qu’elles subissent. Pour moi, la famille, c’est de l’enfermement, du temps volé à la création !

 

Source: parismatch

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