2013: l’annus horribilis d’un président en quête de rebond

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PARIS, 7 décembre 2013 (AFP) – François Hollande a achevé l’année 2013 comme il l’avait commencée, par une opération militaire en Afrique, mais au plus bas dans les sondages, et menacé à trois mois des municipales par une percée du Front national face à une UMP empêtrée dans ses divisions.

Moins d’un an après avoir engagé les troupes françaises au Mali où il avait gagné ses galons de chef de guerre et de faiseur de paix, le président Hollande a de nouveau revêtu ses atours de chef des armées pour une intervention, cette fois en Centrafrique.

Accueilli en “libérateur” début février à Tombouctou et dans la capitale malienne Bamako, François Hollande rêve de rééditer l’opération.

Ce bilan international positif a cependant été terni par le camouflet sur la Syrie. Fer de lance du camp des durs, favorables à une intervention militaire alliée, la France avait été tenue à l’écart des pourparlers russo-américains qui ont finalement privilégié la voie diplomatique.

Mais il reste surtout au président Hollande à reconquérir les coeurs et les esprits des Français qui lui rappellent, sondage après sondage, l’ampleur de leur déception et de leur désarroi. Le chef de l’Etat enregistre en cette fin d’année une cote de confiance tombée sous la barre des 25%, record d’impopularité sous la Ve République.

Plus préoccupant encore, son image de rassembleur et de président “normal”, par opposition à celle de diviseur et d’hyper-président de son prédécesseur Nicolas Sarkozy, semble atteinte.

Si les huées et les sifflets du 11 novembre au matin sur les Champs-Elysées étaient le fait de militants d’extrême droite, ceux qui avaient accompagné sa visite le même jour à Oyonnax, (Ain) où il rendait un hommage à la Résistance, étaient le fait d’une coalition de laissés-pour-compte.

Mères de famille sans le sou, déçus de la politique ou jeunes de banlieue désoeuvrés s’étaient donné rendez-vous pour crier leur déception. Le chemin de croix du président Hollande avait cependant commencé dès le début octobre dans les allées du “Sommet de l’élevage” de Cournon-d’Auvergne (Puy-de-Dôme), où il avait été copieusement conspué.

Devenus contreproductifs, les déplacements aux contacts des Français se raréfient. Oubliées les visites de 48 heures en province. Il n’y en aura eu finalement que deux. Ces derniers jours François Hollande a même effectué deux escapades en catimini, dans une association d’aide à la famille et au ministère de la Défense, parmi des élus bretons, tous de gauche.

A l’actif du président Hollande cependant, sa fermeté sur le mariage homosexuel même si l’épisode a été marqué par un couac de communication quand il avait concédé la “liberté de conscience” aux maires réfractaires avant de se raviser. Quant à sa grande réforme des retraites, elle est apparue plutôt comme une réforme a minima votée avec toutes les peines du monde par un Parlement rétif.

L’affaire Cahuzac aura sérieusement égratigné aussi sa “République exemplaire” tandis que la loi sur la transparence de la vie politique censée porter un coup d’arrêt aux affaires a été édulcorée par des parlementaires inquiets de livrer leurs déclarations de patrimoine en pâture au grand public.

Pénible épisode Leonarda

Mais le plus dommageable pour la président Hollande restera son jugement de Salomon dans l’affaire Leonarda. Expulsée vers le Kosovo, cette collégienne s’est vu offrir de regagner la France pour y poursuivre ses études, mais sans sa famille, suggestion qui a donné du grain à moudre à ceux qui l’accusent de ne pas savoir trancher.

Sur fond de rumeurs incessantes de remaniement et de changement de Premier ministre, le tandem exécutif aura assisté impuissants à une succession de couacs, volte-face et reculades.

Couacs avec le limogeage de la ministre de l’Ecologie Delphine Batho, pour cause de crime lèse-budget, couac encore avec la discorde entre les ministres de l’Intérieur Manuel Valls et de la Justice Christiane Taubira autour de la réforme pénale, reculs divers et variés sur la fiscalité dont le symbole restera l’écotaxe, reportée après la jacquerie des”bonnets rouges”.

Plus de huit Français sur dix (83%) ont le sentiment que leur pays va “plus mal”, sentiment encore alimenté par le classement Pisa de l’OCDE, où le système éducatifs français a encore perdu du terrain.

Mais c’est surtout la situation économique et sociale qui alimente la déprime ambiante. François Hollande a fait de l’inversion de la courbe (ascendante) du chômage le juge de paix de ses 18 premiers mois de présidence. Pour la première fois depuis 30 mois, la courbe a connu une baisse en octobre mais l’essai reste à transformer.

Quant aux finances publiques, elles restent dans le rouge. Standard &Poor’s a abaissé la note de la France pour la seconde fois en moins de deux ans. La France a obtenu de Bruxelles un délai de deux ans, jusqu’en 2015, pour ramener son déficit public sous la barre des 3% du PIB mais en échange de réformes structurelles, sur les retraites et le marché du travail. “Il est évident que la France doit faire davantage”, a affirmé le nouveau chef de file de la zone euro, Jeroen Dijsselbloem.

Plus que jamais, le couple franco-allemand paraît ainsi déséquilibré entre une France à la croissance fragile et une Allemagne aux insolentes performances économiques.

Ce climat général mais aussi la guerre de succession à la tête d’une UMP suspendue à l’éventuel retour en politique de Nicolas Sarkozy font le lit de l’abstention et du Front national à l’aube d’une séquence électorale chargée en 2014 et 2015 (municipales, européennes, départementales et régionales).

Rédigé par () le Samedi 7 Décembre

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