Au Mozambique, le vendredi, c’est le « jour des hommes »

Celsio, 29 ans, est attablé au Kalus, un restaurant de Maputo où la viande est bonne et bon marché. Avec son acolyte Edson, 29 ans également, il savoure des pintes de 2M, la bière locale qui fait la fierté du pays. « Le jour des hommes, c’est le jour où l’on sort avec nos amis, où l’on décompresse de la semaine écoulée… et où l’on est libre de faire ce que l’on veut ! »,lance-t-il avant de se mettre à rire à gorge déployée.

 caricature dessin couple menage foyer amourTous les vendredis, les hommes se retrouvent entre eux pour « boire des coups » et converser : « Parler de sport, de politique, mais aussi échanger des potins ». Et les femmes alors ? « Les femmes ? En général, elles restent à la maison pour s’occuper des enfants », complète le jeune homme, sans se douter qu’à 10 000 kilomètres de là, il en faut beaucoup moins que ça pour provoquer la colère des activistes du groupe Femen.

« Il est vrai qu’ici, le vendredi s’est un peu institutionnalisé comme étant le jour de l’homme, en réaction au 8 mars, la journée de la femme », souligne Karina Dulobo, de Forum Mulher, la principale organisation mozambicaine de promotion des droits des femmes. Le réel problème, ce sont les débordements : l’alcoolisme et les accidents de circulation que cela provoque, et dans les cas d’infidélité, la transmission de maladies. »

Les « maisons numéro deux »

La militante féministe exprime l’inquiétude de nombreuses épouses qui voient leur mari partir le vendredi soir pour ne réapparaître parfois que le lundi matin. Pour ces compagnes, le jour des hommes reste associé aux« maisons numéro deux », une sorte de deuxième foyer officieux, dans un pays où la polygamie est interdite par la loi mais où l’un des signes extérieurs de richesse consiste pour les hommes à entretenir plusieurs autres foyers.

« Attention, on ne dit pas que c’est le jour de l’infidélité », assure Celsio, lui-même célibataire. « Après tout, celui qui est malheureux dans son couple ira de toute façon voir ailleurs », complète Edson qui, ce soir-là, a laissé femme et bébé dans leur maison de la périphérie de Maputo. Selon le jeune homme, « les soirs de la semaine sont consacrés à la famille. Alors, j’ai bien le droit à une soirée par semaine avec mes amis pour me changer les idées », en avalant une nouvelle gorgée de bière.

Pour les deux lurons, la nuit se poursuit au sous-sol de l’Elvis, un bar de la capitale avec plusieurs tables de billards et une ambiance lounge à l’américaine. Ils sont aussitôt rejoints par trois demoiselles vraisemblablement habituées des lieux.

Parmi elle, Linda, une jeune comptable de 26 ans pour qui l’idée d’une journée réservée exclusivement aux hommes ne paraît pas saugrenue.

« Au Mozambique, nous avons deux journées pour les femmes et l’une d’elle est fériée », rappelle-t-elle, en faisant référence à la Journée mondiale de la femme du 8 mars et à la Journée de la femme mozambicaine, le 7 avril. Une journée très politique, instituée au moment de l’indépendance du pays, en 1975, en l’honneur des femmes qui ont pris les armes aux côtés des hommes pour chasser les colons portugais.

Car les premières années de l’indépendance, bercées de communisme, ont été marquantes pour l’émancipation des femmes dans ce pays. Alors que l’administration portugaise a quitté le Mozambique du jour au lendemain, nombreuses sont les femmes qui ont pu rapidement être formées et accéder à des postes de responsabilités. Aujourd’hui, l’Assemblée nationale, avec 97 députées sur 250, figure parmi les chambres parlementaires les plus féminisées au monde.

En attendant, la question du « jour des hommes » fait plus sourire qu’elle ne révolte. Quant à Edson et Celsio, qui ce soir-là sont rentrés bredouilles, il ne reste plus qu’à attendre vendredi prochain, pour débriefer sur la semaine écoulée !

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