Présidentielle de 2018: le verdict du peuple

Le peuple malien sort incontestablement victorieux d’une élection présidentielle annoncée à hauts risques et dont nombre de gens croyaient improbable la tenue à bonne date. Le mérite revient au gouvernement qui a su allier réalisme et technicité. L’adage selon lequel chacun finit par récolter ce qu’il a semé a été largement justifié.

Au-delà de la victoire attendue du président sortant, quelles sont les leçons à tirer du scrutin et quels sont les défis après plus d’un quart de siècle d’une pratique démocratique souvent décriée ?

IL FAUT RETENIR DE L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE QUE L’ORGANISATION
DU SCRUTIN À BONNE DATE A MIS EN ÉCHEC LE SCHÉMA DE TRANSITION POLITIQUE
La politique est un métier fondé sur un art essentiellement servi par la communication consistant à agir, à faire savoir pour prendre le peuple à témoin afin de forger son opinion et son vote. Le reste relève de la gestion des opportunités et des hommes. Comment ne pas reconnaître une fois de plus que le président IBK a eu la main heureuse en nommant Soumeylou Boubèye Maïga à la Primature et Mohamed Ag Erlaf au ministère de l’Administration territoriale ! Non seulement ces deux hommes font partie de deux communautés ethniques emblématiques du nord en crise, mais l’unanimité est presque faite sur leur grande expérience de la gestion des situations de crise. On a vu le Premier ministre au four et au moulin, au contact des acteurs politiques, dans les zones du centre et du nord, auprès de la communauté internationale, clamant sans cesse la bonne foi du gouvernement, accédant aux requêtes de l’opposition avec l’accréditation de nombreux observateurs, la présence des assesseurs et des représentants des candidats dans les bureaux de vote. La transparence de l’élection a été assurée grâce au bulletin unique endossé par différents agents électoraux pour justement éviter le bourrage des urnes et limiter la fraude. La sécurisation du vote a été obtenue grâce à une forte mobilisation des Forces de Défense et de Sécurité incluant des éléments des groupes signataires et non signataires de l’Accord pour la paix, laissant ainsi entrevoir ce que pourrait être la configuration de la nouvelle armée malienne. Avec beaucoup de professionnalisme et de pragmatisme, le gouvernement a sauvé un processus électoral qui semblait compromis.
Dans le même temps, le chef de file de l’opposition, au lieu de faire monter au front les cadres de son parti, a plutôt choisi de s’afficher avec des jeunes révoltés et délurés, des politiciens essoufflés et rancuniers, d’anciens ministres revanchards et donc peu crédibles. Il a soutenu contre le bon sens qu’IBK n’a rien réussi en cinq ans en feignant d’ignorer l’état de délabrement dans lequel le pays se trouvait à sa prise de fonction. Lancé dans une logique de noircissement systématique du bilan présidentiel, le chef de file de l’opposition a passé le clair de son temps à s’autocélébrer, promettant tout et rien. Pire, il a fini par apparaître comme un mauvais joueur et surtout un mauvais perdant en récusant des Juges constitutionnels et en cherchant à décrédibiliser les institutions du pays qu’il est censé protéger. Son drame, c’est que beaucoup de Maliens tout en pensant comme lui qu’il faut un changement dans la gestion des affaires publiques, ne sont pas du tout convaincus à l’instar de ses alliés du premier tour qu’il incarne ce changement. Même le concept « Boua » utilisé pour railler IBK a finalement servi ce dernier. En effet, dans ce Mali de la mesure et des traditions, « Boua » est le nom de respect dû au chef de famille en tant que père, soutien de famille et référence morale. Bref, le chef de file de l’opposition et son équipe ont trouvé un pseudonyme glorifiant et gagnant pour IBK, alors que lui-même n’a jamais réussi à s’imposer comme le vrai patron de l’opposition ou même celui de l’alliance électorale de circonstance qu’il a conclue au premier tour.
L’intrusion outrancière dans le débat de certaines officines françaises bien connues qui avaient clairement fait le choix de l’alternance à IBK a fini par convaincre les plus hésitants qu’IBK était une cible pour avoir osé dire qu’il n’est pas un président fantoche. Il a été attaqué par les mêmes officines aux ordres appuyées par leurs complices intérieurs que le peuple malien a identifiés et sanctionnés lourdement. En organisant l’élection présidentielle dans les délais constitutionnels, le gouvernement a mis en échec le schéma diabolique de la transition politique qui leur aurait permis d’introduire des loups dans la bergerie, afin de reprendre la main à la hussarde le moment venu. Leur plan B actuellement en cours d’exécution est la contestation aveugle de l’élection pour obtenir par le chantage et les menaces ce que le peuple leur a refusé dans les urnes. Nul n’est dupe, car IBK a largement gagné sur tous les tableaux : les régions, le District de Bamako et la diaspora ! La majorité silencieuse reste un bouclier solide autour d’IBK et elle pourrait elle aussi prendre la rue le cas échéant pour exiger le respect du suffrage universel. La bataille en cours oppose donc le camp des légalistes et celui des puissances de l’ombre décidées à soumettre le pays à leur diktat. Au vu des comportements déviants liés à une longue tradition d’impunité, le temps n’est-il pas enfin venu de promouvoir une nouvelle classe politique au Mali, loin des turpitudes et des pesanteurs du mouvement dit démocratique ?

LE MALI SE TROUVE FACE AU DÉFI DE LA BONNE GOUVERNANCE ET DU RENOUVELLEMENT DE SA CLASSE POLITIQUE
Le chef de file de l’opposition et toute son équipe soutenus par leurs amis occidentaux sont passés à côté du sujet, se fiant aux réseaux sociaux et convaincus que le pouvoir d’IBK était fragilisé à un point tel qu’il allait tomber comme un fruit mûr. C’est pourquoi ils ont misé sur le report de l’élection présidentielle et l’avènement d’une transition politique. Pris de court par l’artificier Soumeylou B. Maïga, ils ont dans l’impréparation et l’affolement commencé par contester des résultats non officiellement proclamés, dénonçant des bourrages d’urnes et des fraudes à grande échelle qu’aucun observateur local ou étranger n’a pu constater sur le terrain. Pour qui connaît les aspects techniques du vote, il ne peut y avoir ni fraude massive ni bourrage d’urne, à moins que l’opposition elle-même ait été défaillante ou complice ; mais dans ce cas, pourquoi s’en prendre à quelqu’un d’autre ? Pour étayer les allégations de fraude, le chef de file de l’opposition aurait dû brandir des PV établis et signés par toutes les parties. C’est de cela que la Cour Constitutionnelle avait besoin.
La participation des groupes armés signataires et non-signataires de l’Accord à la sécurisation du vote a rassuré les populations qui y ont participé massivement. Comme Soumaïla n’a soutenu l’Accord de paix que du bout des lèvres, ses craintes d’aller sur le terrain rencontrer les électeurs du nord étaient compréhensibles. L’homme versatile qu’il a été en 2013 endosse désormais le costume du mauvais perdant qui s’autoproclame président et appelle au soulèvement populaire comme si les populations étaient à son service. Qui ne se rappelle qu’IBK injustement écarté en 2002 avec l’annulation de plus de 500 000 voix pour permettre à Cissé et ATT de se croiser au second tour, avait su garder son calme et appeler ses partisans révoltés à la retenue ? La société civile malienne et la communauté internationale, qui ont observé le processus électoral et produit des rapports non partisans, demandent à présent à Cissé de la pondération devant la vacuité de ses prétentions. S’il ne saisit pas la main tendue d’IBK, il risque de subir la plus grande humiliation de son parcours politique, car celui qui n’a pas été capable de mobiliser l’opposition derrière lui ne peut avoir la prétention de mobiliser le peuple contre IBK. Le président sortant a certes souvent prêté le flanc à la critique, mais ses compatriotes le croient profondément sincère et honnête pour le préférer aux diseurs de bonnes nouvelles. Sur les 24 candidats à la présidence de la république, seulement 4 ont pu franchir la barre fatidique de 5 % des voix donnant droit au remboursement partiel de la caution. Sur ces quatre, deux en l’occurrence les finalistes sont de la cuvée ADEMA de1992, pendant que les deux autres sont quasiment de nouveaux venus. IBK a donc vu juste en dédiant son second mandat à la jeunesse. Comme le candidat battu n’est pas assuré de retrouver sa place de chef de file de l’opposition, lui et ses ouailles se sont lancés dans la surenchère et la fuite en avant. C’est pourquoi, IBK que le peuple malien voit toujours en recours doit aider le pays à sortir des querelles byzantines commencées en 1991 et savamment entretenues par une camarilla politicienne incompétente, affairiste et paralysante dont les agissements ont de fait réhabilité le Général Moussa Traoré, accusé à l’époque de tous les péchés d’Israël. Ironie du sort, celui-ci est aujourd’hui consulté et il s’exprime avec délectation sur l’avenir politique du Mali pendant que la plupart de ses tombeurs rasent les murs. Le Général vaincu a vaincu ses farouches vainqueurs !
Tous les moyens ont été mis en œuvre au cours du premier mandat pour déstabiliser IBK dont la réélection confortable confirme la maturité du peuple malien. Le nouveau cap fixé par « Boua » rappelle son souci d’une gouvernance vertueuse et sa reconnaissance à la jeunesse. Reste à consolider la paix avec une armée nationale inclusive dont les contours se dessinent. Pour sortir de la sclérose politique et administrative, le Mali a plus que jamais besoin d’un leadership transformationnel. Alors, pourquoi pas des réformes audacieuses pour clore la 3e et préparer l’avènement de la 4e république ? Vox populi, vox dei.

Mahamadou Camara
Email : [email protected]

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