Où allons-nous ?

La semaine qui vient de s’écouler a été épouvantable pour les populations de Gao où régnait une tension permanente depuis la découverte dans le fleuve, du corps d’un jeune arabe. Ce qui était présenté comme un acte crapuleux a été vite transformé en affrontement entre les communautés arabe et songhaï.

Ce n’est pas la première fois que de tels incidents se produisent mais les tensions de la semaine dernière ont atteint une proportion jamais égalée avec des morts et des populations terrorisées par l’occupation de la ville par des hommes armés, outre les forces de défense et de sécurité du Mali, seules détentrices légitimes des armes. Ce qui se passe à Gao est inacceptable et inadmissible. Des grosses inquiétudes compromettent le vivre-ensemble entre deux communautés qui ont des liens très forts qui sont sur le point d’être brisés par les agissements de quelques traitres aventuriers voulant se servir d’une fortune amassée grâce à des activités illicites pour dresser une couronne d’enfer sur la tête des populations.
Ce n’est pas à Gao seulement que ce phénomène produit des conséquences dramatiques. Dans la région de Mopti et dans certaines localités de la région Ségou, on oppose les peuls aux bambaras ou aux dogons. Des gens sont exécutés pour leur appartenance ethnique. Mais où allons-nous ? Que faisons-nous de nos valeurs de fraternité, de vivre-ensemble, d’hospitalité ?
Le pays tend vers un repli identitaire avec la complicité ou l’indifférence des gouvernants qui s’appuient souvent sur les appartenances communautaires pour masquer leur incapacité à faire face à ses missions régaliennes. L’absence d’autorité de l’Etat ou son incapacité notoire à faire face à ses missions a exacerbé les tensions intercommunautaires. L’injustice et l’arbitraire, sport favori des responsables du service public, poussent de nombreux citoyens dans les bras d’autres forces en dépit de leur idéologie moyenâgeuse.
Certains événements en cours tirent en partie, leurs origines de cette dangereuse incursion des séparations ou spécificités « Nord », « Sud » ou « Centre » dans les discours, même des officiels, depuis plusieurs années. L’utilisation de ces termes est devenue une curieuse forme de séduction, un étrange fonds de commerce très subtil. Ceux qui exploitent si insidieusement la fibre régionaliste ou ethnique sont-ils conscients des risques auxquels ils exposent le pays dans un contexte où le tissu social est presque abîmé ? Terre d’amitié, de fraternité, le Mali n’a que faire des considérations régionalistes et ethnocentristes sur fond d’appartenance identitaire.
On ne peut pas permettre à une minorité, fut-elle lourdement armée, d’en imposer à la majorité. Une petite minorité au relent raciste ne peut pas pousser sa prétention jusqu’à diriger l’écrasante majorité de la population qui a le sentiment d’être abandonnée à son triste sort au profit des aventuriers, des traîtres dont la seule légitimité est d’avoir pris des armes contre le pays qui leur a tout donné. Ceux ou celles qui travaillent à balkaniser ou à « somaliser » le Mali doivent comprendre cela et arrêter leur funeste projet. Il est temps d’arrêter. Tout de suite et maintenant. Sinon demain ce sera trop tard !

Source: Le Challenger

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