MALI : La mauvaise conscience nous aveugle

Au départ, il y a la colonisation française qui a répandu et institutionnalisé un pouvoir fortement centralisé, rigide et inégalitaire.

Répandu par les administrations, ce schéma attribuait aux gouvernants de Bamako un sentiment de supériorité. Il a subsisté après l’indépendance. Le régime de Moussa Traoré (1968-1991) justifiait désormais le pouvoir de l’aristocratie sur la masse paysanne, avec les pires conséquences.

Les démocrates de 1991 se prétendaient la négation radicale de cela. Jetant l’opprobre sur l’histoire antérieure et cultiva

nt la vigilance « anti négationniste », ils prétendaient construire un nouveau Mali, unanime cette fois, qui, par-delà la funeste période coloniale prolongée par la dictature de Moussa Traoré,  traduisait en fait la contradiction qu’il y a à vouloir fonder l’unité du peuple.

Le drame malien est celui d’une démocratisation manquée. En effet, le premier régime (Modibo Kéita : 1960-1968) a d’abord essayé de surmonter les divisions sanglantes de la période coloniale. Il a essayé de le faire en instaurant un régime de parti unique et unanime (adhésion automatique de tous) et multiethnique, avec des quotas.

Si la période (1968-1991) était marquée par le parti unique et l’instauration d’un régime policier et répressif, la sortie de ce système à partir de 1992 n’a jamais débouché sur une démocratie, on s’est contenté d’un pluralisme souvent manipulé et pervers, d’une répartition des postes entre clans familiaux et régionaux selon les rapports de force et les alliances conjoncturelles.

D’où une décomposition du pouvoir, des rivalités de plus en plus violentes, la multiplication des meurtres, la formation de milices et l’appel aux frustrations et divisions anciennes qu’on exaspère et à la fin l’ethnicisation des passions politiques. L’ouverture politique instaura une forme exacerbée de compétition politique autour des antagonismes anciens.

Les violences interethniques au centre du Mali n’ont rien de fatal, elles n’étaient pas inscrites d’avance ni dans la mentalité du peuple malien, ni dans l’idéologie du régime, elles ont été plutôt l’effet d’une combinaison de stratégies poursuivies chacune aveuglément par des groupes cherchant la suprématie par tous les moyens afin d’avoir une place à la table des négociations.

Les incidents du village de  Koulogon ont mobilisé de vieilles passions mais celles-ci ont émergé dans (et grâce à) la confusion politique entretenue et au sentiment d’être menacé qu’elle favorise.

Le pire,  pour une société, c’est tout simplement de ne pas se comprendre, de s’abandonner à des fonctionnements à l’aveugle où les passions se dérèglent, perdent toute mesure. Cela contredit l’idéologie actuelle des sciences humaines, pour qui il n’y a pas d’événements, mais seulement de mauvaises pensées qui vont fatalement à leur concrétisation.

Cela porte aussi à s’interroger sur ce que nous intellectuels maliens, vivons « à Bamako » actuellement : sommes-nous une société qui se comprend elle-même, ou bien fonctionnons-nous à l’aveugle ?

L’aveuglement des élites maliennes à Bamako quand se préparait le pire a tenu à l’étroitesse de perspectives des différents gouvernements. Un autre aveuglement est produit désormais par la mauvaise conscience, l’aveuglement moraliste qui ressasse un discours sur les responsabilités tout en ne cherchant celles-ci que d’un seul côté, c’est-à-dire les groupes armés.

A ce rythme, le Mali est sans doute  sur le même chemin de démocratisation sanglante et chaotique qu’a connu le Mexique. Dans un contexte postcolonial, à la sortie d’un paternalisme mis en place par les missions catholiques et prolongé par Porfirio Diaz, ce pays a connu des décennies de guerres révolutionnaires pendant lesquelles des élites divisées ont fait s’entre massacrer diverses fractions du peuple. Après quoi s’est installé au pouvoir un « Parti révolutionnaire institutionnel » qui a empêché pendant un bon demi-siècle des élections libres et pluralistes, ne passant la main que dans les années 1970.

En attendant,  retenons le mot de génocide et analysons-le. En fait, il y a trois crimes de génocide : la conception ou/et la réalisation ou/et la complicité tant dans la conception que la réalisation de l’extermination partielle ou totale d’un groupe humain de type ethnique ou racial ou religieux ou politique.

Les Peuls constituent bien un groupe humain de type ethnique et racial. Quant à la volonté d’extermination et sa mise en œuvre, les faits et les bilans sont là. A chacun d’apprécier.

Séga Diarrah

Le Focus 

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