LE MONDE VU DE BAMAKO / Paris, Bangui, Ouaga : trois villes, trois messages

PARIS : LE PLAIDOYER ECLATE DE L’AFRIQUE

adam thiam journaliste editorialiste journal republicainBonheur international brut rêvé pour les générations futures  ou pathétique souris de nos égoïsmes ?  La montagne est enceinte mais elle ne délivrera  que  le 12 décembre où l’on cherchera les signatures américaine et chinoise  sur une convention à la fois universelle, différenciée et contraignante.  Obama a livré son message poignant comme toujours.

Il prêchait sans doute les capitalistes de son pays et leurs lobbiyistes insouciants. Car le reste de la planète sait la pente criminelle où le maintient la maladie du superprofit. Le président chinois, évitant, lui, de prendre le taureau par les cornes, a plutôt plaidé pour la libération des fonds-climat promis. En somme,  la réparation financière. Or le continent est corrompu à une échelle suicidaire. Donc, le dédommagement des vraies victimes du réchauffement est tout sauf automatique. Gros, gros défis, pour dire le moins.

Mais le problème n’est même pas là aujourd’hui. Le problème, c’est qu’hier à Paris, les cinquante quatre pays d’Afrique ont éclaté le message d’un continent dont les Etats sont frappés de la même manière. Vingt minutes d’un discours structuré et essentiel, donc l’Afrique parlant d’une voix, auraient peut-être eu plus d’impact que l’adresse de trois minutes accordée à chaque chef d’Etat présent au Bourget.

BANGUI SEME L’ESPOIR ET POURRAIT RECOLTER L’AVENIR

 Seul, il est allé où les puissants du monde comme lui ne vont pas. Il y est allé contre les préventions, inquiet des piqûres de moustique mais méprisant les balles de la terreur et de la haine. Le Pape François a réussi son voyage africain de la plus belle manière.

Des vérités crues à Nairobi sur l’impératif pour des pays pauvres de gérer au mieux ses maigres ressources, en somme le procès de la corruption qui jette sur les rues les hordes de migrants et  dope le discours des doctrinaires du jihad.  A Bangui, l’encouragement au dialogue entre ceux qui exaltent le même Dieu et ceux qui au-delà, de l’identité, ont dans le même sang dans les veines. Le Pape à la grande mosquée de Bangui et l’imam de cette ville à la messe du Pape !

Rien de mieux ne pouvait arriver aux Centrafricains en ce moment. Le Pape François est rentré à Rome sain et sauf. Plaise à Dieu. Surtout que son message n’a pas  pu ne pas être décrypté à Riyad, au Caire ou à Téhéran. Et c’est celui là : à défaut d’un clergé musulman, un collège de muftis reconnus pour leur science permettrait à l’Islam de ne pas laisser son message être distordu par les El Baghdadi et consorts.

OUAGA  VEUT CONCLURE DANS LA PAIX

Sans heurts, sans grands moyens. Rien que la volonté et la vigilance citoyenne que le Burkina Faso a su apporter aux démocraties presque toutes exsangues de la Baule. Le pays de Sankara avait déjà démontré les mois passés qu’il sait se défendre contre l’aventurisme ou les survivances de la dictature.

Le balai citoyen  nettoyant tout ce qui pouvait l’être et l’armée longtemps sous l’éteignoir du Régiment présidentiel a clairement démontré qu’elle sait défendre la République.  Au pays des hommes intègres, le processus électoral n’est sans doute pas terminé car l’heure choisie par la Ceni pour donner les résultats – minuit- est  cauchemardesque pour un journal qui doit boucler plus tôt.

Le vainqueur saura t-il avoir le triomphe modeste ? Le vaincu sera-t-il bon perdant ? On le saura cette journée. Pour l’heure, le message livré par les électeurs est clair. Ils n’en ont pas après ceux qui ont servi Compaoré mais après ceux qui ne se sont pas démarqués de celui-ci quand il a mûri le malheureux projet de déverrouiller la constitution pour rester au pouvoir. Corollaire donc : Sankara est un mythe que les Burkinabè tiennent à préserver de l’arène, au point de ne pas accorder leur suffrage à ses héritiers putatifs.

Adam Thiam

 

Source: Lerepublicainmali

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