Esprits de mars

adam thiam

 

Mars ici porte désormais deux visages. Celui de 1991 et celui de 2012.. L’un fut un accouchement dans la douleur, l’autre un naufrage au port. L’un initia le pays au pluralisme, l’autre  le livra à l’aventure. .Le paradoxe va  bien plus loin. En 1991, deux figures emblématiques symbolisaient la révolution qui  triompha de trente ans de monolithisme politique: il s’agit d’Amadou Toumani  Toure et d’Oumar Mariko. Le premier revenu  par les urnes dix ans après une transition applaudie sera la victime d’un putsch que le second soutiendra et même  contribuera à blanchir. C’est qu’entretemps beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Le pays tente, il est vrai, de dompter la démocratie libérale.  Mais  vingt cinq après, il n’en propose  qu’une fragile vitrine avec son rayon cosmétique et ses acquis réversibles.  Le contrôle citoyen du pouvoir devant frayer  un raccourci vers le bien-être collectif est encore velléitaire en dépit  de l’option  affichée pour la décentralisation. Si celle-ci connut, dans la ferveur de la révolution d’alors, une impulsion méritoire et volontariste déclinée à  son tour en autant de communes appropriées par les citoyens, force est de reconnaître qu’elle n’est pas encore passée au stade  salutaire de la dévolution.  Pire, nous courons même le risque d’avoir deux pays, l’un gouverné par l’illusion de la constitutionnalité, l’autre par des compromis hasardeux ou des replâtrages communautaristes.

Le système d’intégrité public dont il est attendu la meilleure gestion possible de ressources modiques mais dont chaque centime a une place stratégique dans la guerre contre la précarité demeure défaillant malgré des progrès systémiques et une croissance économique positive sur la durée. Quant à la séparation des pouvoirs, pierre  d’angle de la société démocratique où  le choc des institutions bride  le pouvoir, elles est une sinistre rigolade, reconnaissons-le. L’égalité des chances devant les opportunités et la justice? Elle ne prospère nulle part où  comme  chez nous l’ascenseur républicain est détraqué, où les dichotomies femme-homme et ville-campagne sont une réalité. Les libertés fondamentales servent de pilier au temple libéral. Là-dessus, des avancées encourageantes sont souvent rapportées. Mais le droit sacré du citoyen à l’information suffoque entre des médias privés parfois sans rigueur et des médias publics  dignes du Troisième Reich. Enfin le processus électoral: il est fondamental car c’est lui qui propose les décideurs de la cité. Mais la fraude l’étrangle  sans paraître lâcher prise, quelque crucial que soit le scrutin. Or celui qui accepte d’être élu sur des voix volées peut-il épargner l’argent du peuple? Producteur de formules heureuses, Ousmane Sy a absolument raison de dire par rapport à l’héritage de mars que nous avons gagné le combat pour les libertés mais peut-être perdu celui des valeurs.

Adam Thiam

Source : Le Républicain
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