Entre nous : Une autre étape franchie

Le 14 avril dernier, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans a frappé un grand coup en s’attaquant au super camp de Tombouctou abritant les forces de la Minusma et de l’opération française Barkhane. L’attaque décrite par les experts militaires comme complexe, a duré plusieurs heures. « Il s’agit d’une attaque d’ampleur, menée avec des moyens que l’on voit rarement au Mali, à commencer par le recours aux véhicules-suicides, dont l’un conduit par une femme. Une attaque complexe combinant tirs indirects de mortiers et de RPG [lance-roquettes], attaques suicides de plusieurs véhicules, envoi de combattants équipés de gilets explosifs et qui ont tenté de pénétrer à l’intérieur de l’enceinte, vêtus de treillis ou coiffés pour certains de casques bleus. A noter en outre l’usage de pick-up maquillés, deux repeints aux couleurs des FAMa [Forces armées maliennes], un paré des symboles de l’ONU. Ce qui atteste une volonté de causer le plus de pertes et de dégâts possibles », a affirmé le Général de Division Bruno Guibert, commandant de l’opération Barkhane dans les colonnes du journal français « L’express ».

Un casque bleu burkinabé et plus de 15 terroristes tués sans oublier les blessés et les dégâts matériels importants. Une semaine après, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans a tiré des obus sur Tombouctou. De la sophistication de l’organisation de l’attaque à la présence d’une femme parmi le commando, une étape supplémentaire a été franchie dans le combat mené par le groupe d’Iyad Ag Ghaly. Jusque là, les femmes ne figuraient pas parmi les combattants envoyés en mission par les groupes djihadistes opérant au nord du Mali.

L’attaque du 14 avril à Tombouctou montre inéluctablement une radicalisation des groupes terroristes qui sont depuis quelques mois sous les feux des militaires français de Barkhane. Cette radicalisation est inquiétante mais guère surprenante. Les groupes terroristes dans leur évolution se radicalisent au fur et à mesure qu’ils sont acculés. Le cas de Boko-harm en est une illustration parfaite. L’élimination de son fondateur a davantage radicalisé cette secte qui a non seulement troublé le sommeil de la première puissance militaire de l’Afrique de l’Ouest mais aussi des pays comme le Tchad, le Niger et le Cameroun. Boko-Harm s’est radicalisée dans son mode opératoire. Les frappes militaires de Barkhane et des FAMa tueront les hauts cadres, voire des chefs d’Aqmi, de GSIM et d’autres groupes mais ne peuvent pas mettre fin aux attaques terroristes. Tuez Amadou Kouffa ou Iyad Ag Agaly, demain vous aurez d’autres Kouffa et Iyad qui deviendront plus radicaux et plus cruels.

Dans les jours ou mois à venir, il faut craindre que les combattants extrémistes prennent pour cibles les populations civiles, jusque-là épargnées par les attaques terroristes sauf quelques cas accidentels comme à Boni. La pression militaire en cours sur les groupes terroristes doit être accompagnée par des mesures politiques. Le gouvernement de la République du Mali qui a perdu le contrôle du processus de sortie de crise doit reprendre l’initiative. Il faut agir maintenant et de suite ! Ce qui se passe en Afghanistan avec des attaques suicides meurtrières peut se produire au Mali si nous ne prenons pas garde.

Par Chiaka Doumbia

Le challenger

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