Editorial: 60 années de parcours périlleux

Hier, 22 septembre 2020, le Mali a commémoré le 60è anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. Cet évènement intervient dans un contexte particulier. Outre la crise sécuritaire qui le secoue depuis bientôt une dizaine d’années, le pays est confronté aujourd’hui à une situation inédite consécutive à la crise socio-politique ayant conduit à la démission sous contrainte du président réélu en 2018 pour un second et ultime quinquennat. Il vient de se doter dans la controverse et la suspicion d’un président pour conduire une transition – une de plus — programmée pour une durée de 18 mois.

 

Le CNSP, qui a perpétré le quatrième coup d’Etat du Mali en 60 ans d’existence, a porté son dévolu sur le colonel à la retraite et ex-ministre de la Défense, Ba N’Dao pour conduire cette période transitoire. Il sera assisté d’un vice-président, chargé des questions sécuritaires. A ce duo s’ajoutera, dans les jours à venir, un Premier ministre, suivi d’un gouvernement, devant poser les jalons de la  » refondation  » du pays. Refondation ! Tel est aujourd’hui le défi qui s’impose pour engager enfin le Mali sur la voie du changement. En effet, après six décennies d’indépendance, le Mali est à la croisée des chemins. Il cherche encore sa voie pour amorcer son développement. Si les premiers pas posés par le président Modibo Kéïta avaient permis de donner l’espoir à un peuple meurtri par près d’un siècle de colonisation, l’irruption de l’Armée, un certain 19 novembre 1968, sur la scène politique, a stoppé l’élan engagé. Les 23 années suivantes ont été marquées par le régime sanguinaire et dictatorial du général Moussa Traoré, qui s’effondrera le 26 mars 1991 à la suite d’un soulèvement populaire sanctionné par 208 morts (chiffre officiel).

Avec l’avènement de la démocratie multi partisane, le premier président démocratiquement élu, Alpha Oumar Konaré et son successeur, Amadou Toumani Touré, ont ouvert de grands chantiers pour remettre le pays sur la voie du développement socio-économique. Mais, victime collatérale de l’intervention de l’OTAN ayant fait chuter le régime de Mouhamar Kadhafi en Libye, le Mali sombra de nouveau dans la rébellion armée, coalisée cette fois-ci avec le jihadisme magrébin, qui le mit au bord du gouffre. Le fardeau d’une guerre coûteuse contre le terrorisme, aggravé par les conflits intercommunautaires a anéanti tous ses efforts pour se reconstruire. A cela sont venues se greffer la mauvaise gouvernance et la dilapidation des maigres ressources publiques par des dirigeants corrompus et vénaux.

Le régime du président contraint à la démission, Ibrahim Boubacar Kéïta, a été la parfaite illustration du pourrissement dans lequel le pays a basculé ces dernières années. La démocratie chèrement acquise est devenue synonyme d’insécurité grandissante, d’effritement de l’autorité de l’Etat, de dépérissement des valeurs sociétales, que d’enrichissement illicite, de destruction de la cohésion nationale d’accentuation de la pauvreté. Entre autres fléaux. A telle enseigne, les Maliens restent perplexes quant au choix du système de gouvernance adéquat pour leur pays. Le régime militaire a échoué, celui dit démocratique a surtout charrié des tares! L’espoir du pays repose désormais sur la refondation attendue, requérant des réformes profondes en vue de doter la République d’un système démocratique encadré par des règles transparentes et consolidées pour conduire à des élections crédibles dans 18 mois.

Youssouf CAMARA

Source : l’Indépendant

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