DE VOUS A MOI : Les leçons du Radisson

VENDREDI DERNIER, à pareille heure Bamako était sous le choc d’une attaque terroriste contre le Radisson Blu. Cet hôtel, un des plus courus de la capitale, symbolisait par sa fréquentation, un retour à la normalité dont le pays attendait légitimement l’accélération depuis la récente visite d’Etat d’Ibrahim Boubacar Keita en France.

adam thiam journaliste editorialiste journal republicainLa suite est connue. Un carnage à l’heure de la prière !  Leur langage c’est celui des armes, pas celui du poète Amadou Lamine Sall quand il s’écrie : « On ne tire pas sur un peuple qui prie». Depuis, nos blessés nous les soignons. Et nos morts, nous les pleurons.

Parmi eux, des étrangers qui nous honoraient de leur séjour, tentant chacun dans son art, de tirer vers le haut ce pays attachant et convivial, y compris dans l’adversité. Il ne faut pas chercher plus loin l’engagement touchant de la partie chinoise qui quoiqu’endeuillée au plus haut niveau a juré qu’elle restera avec nous pour poursuivre le partenariat entamé.

Mais il y avait aussi des Maliens parmi les morts. Hier, la République a salué leur mémoire dans une cérémonie qui, grande première,  était à la mesure de la tragédie subie. Et en annonçant sa décision de maintenir le salaire de ses employés tués jusqu’à la majorité de leurs enfants, le promoteur du Radisson Cessé Komé aura été d’une hauteur exceptionnelle.

QUANT A MACKY SALL, le président Sénégalais, il a rallié  Bamako, sur les traces fumantes des dégâts. Il nous a demandé de faire front et s’est montré optimiste sur  l’issue de la guerre contre l’obscurantisme. Il a fait corps avec nous. Et comme pour signifier qu’il ne pouvait qu’être là en ces moments de lourdes épreuves, il a rappelé que le Mali et le Sénégal partagent la même devise.

Une hauteur plus qu’exceptionnelle en même temps qu’une dette lourde sur nos tablettes. En apportant le message de solidarité de ses pairs de l’Omvs et de la Cedeao qu’il préside, Sall a aussi apporté à Bamako l’esprit du 11 janvier, celui qui a réprouvé les barbaries de Paris mais aussi celui qui, après la reproduction des caricatures du prophète Mohamed, prévient contre l’esprit de provocation vis-à-vis d’une religion qui s’est tracé des lignes rouge. Puis à la suite du Sénégalais, le président béninois, est venu.

La passion malienne de Yayi Boni, on le sait, n’est pas neuve. A la tête de l’Union africaine aux pires moments de notre crise, il a tout tenté pour mobiliser le monde à notre chevet. Les manifestations de solidarité à notre endroit furent nombreuses. Elles méritent d’être analysées et capitalisées. Elles nous obligent à notre tour, à un devoir autrement plus grand, nous qui avons ici des armées étrangères dont les soldats, hélas, tombent trop souvent.

L’EXTREMISME, CERTES, FRAPPERA, chaque fois qu’il peut et où il le peut. Le Moyen Orient est en passe d’être un gigantesque cimetière à ciel ouvert sous le feu des jihadistes. On se souvient du visage incrédule de Georges Bush devant les tours jumelles qui partaient en cendre, le 11 septembre 2001. On se souvient des attentats de Londres et de Madrid. Au Nord Nigeria, les bombes humaines font des hécatombes au quotidien. Ndjamena a été frappé. Le Nord du Cameroun a connu plusieurs attentats.

Le Sud du Niger devient une angoisse. Tunis et Paris n’ont pas fini d’enterrer leurs morts récentes. Et Bruxelles a peur. La question dès lors ne saurait être de demander zéro attentat, dans une guerre que l’on sait asymétrique, et à laquelle ce sont paradoxalement les Musulmans qui ont payé jusque-là le prix le plus lourd. Mais revenant au Mali, il est important de souligner que les spécialistes de la sécurité parmi les plus écoutés redoutent des attentats majeurs depuis l’intervention française.

Celle-ci en détruisant les capacités des mouvements salafistes ont décuplé la résilience de ceux qui ont survécu. Notre pays a un atout aujourd’hui : utiliser le consensus crée autour de l’affaire Radisson pour monter en puissance dans la lutte contre le péril jihadiste. Nul doute que la réponse publique à la tragédie du Radisson est un bon frémissement. Mais ce n’est que le début du chemin vers un Etat outillé, capable, vigilant et anticipatif. Dans la mesure où il s’agit plus de conjurer les attaques que d’exfiltrer les otages.

 Adam Thiam

 

Source: Lerepublicainmali

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