DE VOUS A MOI : KIDAL, L’ETERNELLE QUESTION

 

ville nord mali kidal patrouille armee malienne soldats desert sableUN BON PAS DANS LA BONNE DIRECTION ? Sans aucun doute. Et la bonne direction, c’est celle de la paix longtemps confisquée dans le septentrion où les tranquilles bivouacs au bord des oueds ne sont plus possibles et où les touristes ne s’aventurent plus, privant les régions nord et centre d’une manne que Bruxelles 2013 et Ocde 2015 ne peuvent pas remplacer. Ne parlons même pas de l’école suspendue dans plusieurs localités du Nord non administrées par l’Etat. Il faut seulement espérer que la dynamique de la reprise des classes se poursuive sans entrave de la part des populations de l’Adrar en particulier. Celles-ci doivent savoir que même si elles l’obtenaient, l’Azawad venant au rendez-vous des nations avec des vestiges de kalach et des têtes vides  sera la risée du monde. Dans la même veine, il faut se féliciter du staffing de la Commission Vérité-Réconciliation et Justice. Elle compte certes quelques figures insubmersibles de la société civile à la compétence et à l’engagement critiquable. Mais le recrutement de la passionaria Nina nous paraît être un gage d’apaisement et un signe de sagesse.  Elle payé de son père, de son foyer et de son temps la rébellion. Elle comprend aujourd’hui que les compromis sont indispensables et que la vie doit continuer, avec ce qu’elle offre de possible et ce qu’elle refuse, à elles, à d’autres, à nous tous. Bon coup, en tout cas.

 LE COMITE DE SUIVI DE L’ACCORD, LUI AUSSI, FRAPPE UN GRAND COUP. Se réunissant pour la première fois après la visite d’Etat du président Ibrahim Boubacar Keita à Paris la semaine dernière, Il vient d’adopter à Bamako le principe de patrouilles mixtes au cours desquelles, se côtoieront les éléments des Forces Armées maliennes, de la Minusma, de la Plateforme et de la Cma. Il ne reste qu’à fixer les modalités de cette heureuse initiative qui constituerait la plus forte des mesures de confiance  requises pour le retour du Nord malien à la pleine normalité.  La Cma  et les Famas ne s’affrontaient plus depuis mai 2014 après le massacre du 17 mai à Kidal que rien ne justifie, ni l’entêtement reproché au Premier ministre d’alors ni l’infériorité numérique et technique des Famas postés à ce moment là dans la capitale de l’Adrar. Le 21 mai est tout autre chose : l’initiative de l’attaque étant venue des troupes régulières, le gouvernement doit assumer l’entière responsabilité de ses conséquences. Quant aux tensions entre les mouvements eux-mêmes, de Tabankort à Menaka en passant par Anefis, les troupes de la Plateforme et de la Cma  se sont affrontées jusqu’en septembre dernier, avec les tous les risques que les frères ennemis faisaient courir à un processus de paix auquel l’Etat a fait des concessions plus que généreuses. Leur nouveau compagnonnage est bien plus qu’un déterminant de la sécurité locale même s’il ne peut pas ne pas susciter de questions dans les sphères du pouvoir ainsi que dans l’opinion.  La Minusma et la France peuvent-elles se frotter les mains ?  Certainement pas. Les forces onusiennes ont encore à faire : elles doivent non seulement assurer la police de la paix mais elles ont également pour mission de lutter contre le terrorisme auquel il a payé déjà un lourd tribut. Quant à la France, elle poursuivra sa mission régionale à travers Barkhane. Mais l’argent, le nerf de la guerre, est rare. Paris est sous forte pression de s’ajuster aux coûts d’une opération dont elle assure la plus grande charge. Et politiquement, Hollande doit trouver un exutoire. Le Sahel ne peut pas, impunément pour son avenir politique immédiat, être son Vietnam à lui. C’est pourquoi dès l’été, le président français, préparant l’opinion, a sollicité l’implication totale des Etats riverains dans la guerre contre les jihadistes. Passer la main sur un succès ou ce qui lui ressemble n’était pas absent des calculs de Hollande en déroulant, avec fastes et sourires, le tapis rouge au président malien à Paris trois jours durant la semaine écoulée. Contre toute attente car pendant des mois Ibk a croisé le fer avec la communauté internationale à propos de la gestion de la rébellion. Paris veut dire qu’il faut fermer cette douloureuse parenthèse. C’était dans ce sens,  la revanche des gueux. Mais capitaliser ce rare moment implique des gouvernants irréprochables et des gouvernés responsables. Et ce n’est pas donné.
Adam Thiam
Source: Lerepublicainmali

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