Regain d’intérêt pour le maraîchage à Diéma, dans l’Ouest du Mali

Depuis quelques années, les activités de maraîchage se développent dans le Cercle de Diéma. Cette activité  de contre saison, contribue aujourd’hui, à l’autosuffisance alimentaire dans cette bande sahélienne où la réussite de la campagne est tributaire des aléas climatiques.

 

Le maraîchage est surtout pratiqué par des femmes et des jeunes. Dès que les pluies s’arrêtent, à partir du mois d’octobre, ils  s’adonnent, à cœur joie, au maraîchage. De grands périmètres, les alentours des habitations,  jusqu’aux  recoins des maisons, sont aménagés pour la pratique du maraîchage dont les bénéfices touchent directement de nombreux foyers.

Du fumier organique issue des parcs d’animaux est utilisé pour accroitre les rendements. Les puits, les forages, les mares servent de sources d’eau pour le maraîchage.  L’activité permet à de nombreuses femmes de s’épanouir. Les légumes  qu’elles récoltent, quotidiennement, leur permettent d’enrichir leurs rations alimentaires et, du coup, de prendre en charge une bonne partie des frais  de condiments. Surtout, si l’on sait que dans certains milieux soninkés, c’est la femme qui « se débrouille », le plus souvent, pour avoir des ingrédients et faire sa cuisine. L’essentiel, pour le mari, c’est de puiser dans le grenier, chaque matin, la mesure de mil, de sel et de poudre de feuilles de baobab qu’il faut pour préparer le repas. Les plus généreux associent à ces produits, quelques cubes alimentaires pour relever la sauce.

C’est une question de dignité, même s’il lui faut aller quémander, la femme prépare pour les membres de la famille dont certains ne manquent pas de mots pour l’apprécier ou la déprécier selon la qualité de ses mets. Mais, toutes les productions maraîchères des femmes n’entrent pas dans la marmite. Dès fois, elles en utilisent pour régler leurs petits besoins ou assurer l’entretien de leur progéniture.

PLUVIOMETRIE FAVORABLE – Interrogé,  le chef du secteur de l’Agriculture de Diéma, Aguibou Bah,  explique que le cumul des pluies au cours de la campagne 2020 a été excédentaire. La quantité de pluie enregistrée au niveau du secteur de l’agriculture de la localité s’élève à 797, 5 mm en 49 jours, en 2020, contre 506,45 mm en 48 jours, en 2019.

La campagne de contre saison 2020 a démarré avec un léger retard, à cause des récoltes. Le niveau des cours d’eau est bon dans l’ensemble. Les nappes phréatiques ont été bien alimentées, « compte tenu de la bonne pluviométrie avec une bonne répartition dans le temps et dans l’espace ».

La situation phytosanitaire est relativement calme. Toutefois, des cas d’attaques de chenilles, pucerons, acariens ou araignées rouges, mouches blanches et autres nuisibles ont été constatées sur des légumes, des feuilles et des fruits.  « Aucun dégât majeur n’est à déplorer pour le moment », assure le technicien.

Grâce aux semences et équipements  fournis à certains maraichers par des projets et programmes, les activités de production évoluent normalement. L’aspect végétatif des cultures est satisfaisant, que ce soit au niveau des périmètres collectifs ou individuels.

Ainsi, cette année, la production de la pomme de terre, a connu une augmentation d’environ 20%, selon des chiffres provisoires. Sur une prévision de 120 tonnes, la production en cours a en atteint 125.

Avant de conclure, comme il se plait à le dire, le chef du secteur de l’Agriculture, Aguibou Bah, a insisté sur  la réalisation de points d’eau permanents, équipés d’un système d’irrigation adéquat en vue de donner un nouveau souffle au maraîchage dans le cercle de Diéma. « Des techniques innovantes doivent être à tout moment enseignées aux producteurs pour mieux renforcer leurs capacités », conseille-t-il.

GROS PRODUCTEURS – Le président, fraîchement élu à la tête de la Délégation locale de la chambre d’agriculture (DLCA), Boubou Traoré, indique que la culture  de la pomme de terre dans le Cercle de Diéma, est en pleine expansion. Le kilogramme de pomme de terre, vendu à 600 Fcfa, a été ramené à 400 Fcfa. Avant, la pomme de terre était importée de Sikasso (Sud) et de Kati (près de Bamako). Actuellement, le cercle de Diéma en produit une quantité importante.  M. Traoré compte, en début de mandat, s’attaquer au problème crucial de l’eau pour faciliter les activités des producteurs maraîchers. La dotation des maraîchers en intrants, ainsi que le renforcement de  leurs capacités, figurent dans les objectifs du nouveau président, qui tire lui-même du maraîchage des bénéfices.

Massiga Diawara, maraîcher, réside à Lattakaf, dans la Commune rurale de Lakamané. Il est marié et père de dix-huit enfants. Il exerce cette activité depuis plusieurs décennies. Il exploite un périmètre de deux hectares et demi. Il est parvenu à acheter trois motopompes, dont une solaire, une à moteur diésel et une à l’essence, pour plus de trois millions de Francs Cfa afin de faciliter l’arrosage des ses parcelles par ses femmes et enfants.

M. Diawara produit divers légumes, notamment l’aubergine, la tomate, la laitue, l’échalote, le chou, le gombo, la carotte, la pomme de terre. Il fait, également, de la riziculture et de l’arboriculture.

Sa production en pomme de terre, cette année, avoisine les 30 tonnes. Il se rend dans les différentes foires hebdomadaires de Lakamané, Diéoura, Sansankidé, Diangounté Camara, etc. pour écouler ses fruits et ses légumes. Il vend le kilogramme de  pomme de terre à 400 Fcfa. Il a besoin de quatre employés pour l’aider à entretenir son vaste périmètre mais, « le genre  de manœuvres que je cherche, n’existe pas sur le marché… », se désole l’homme.

Le président de l’Association des producteurs d’oignons, à Fangouné Kagoro, Tiéssama Fofana, a mis en terre le contenu de plusieurs caisses de pommes de terre importées  de Sikasso (Sud). « Dès leur arrivée, les jours de foire de Diéma, les clients raflent les paniers de pomme de terre des femmes de notre village. La culture de la pomme de terre commence à se vulgariser dans le Cercle de Diéma », raconte l’homme. « Dans quelques années, on ne fera, certainement, plus recours à Sikasso ou Kati. Nos propres productions pourront nous nourrir.  C’est un projet qui nous aide dans la culture de la pomme de terre », déclare-t-il.

Après sa retraite, Mamadou Diallo, conseiller pédagogique, s’est consacré au maraîchage. Son verger, d’un hectare, est au Sud-Est de la ville, non loin du barrage. Un puits à grand diamètre doté d’une pompe solaire, fournit de l’eau en quantité suffisante. Ici, on trouve un peu de tout,  papaye, laitue, tomate, aubergine, gombo, échalote, maïs frais, etc. Ainsi que de nombreuses  espèces d’arbres fruitiers, comme citronnier, oranger,  bananier, jujubier greffé, manguier.

Deux bassins de quatre mètres carrés chacun, sont aménagés pour la pisciculture. M. Diallo, exerce son métier avec amour et ferveur. S’il apprend qu’un légume ou un fruit quelconque est en rupture sur le marché, il procède à l’approvisionnement avec ce produit. Toutes ses ventes se déroulent sur place dans son jardin.

Des marchandes viennent,  souvent, charger de la papaye pour la vendre et lui rapporter son argent, en gardant leur marge bénéficiaire. « Pendant l’hivernage, je  cultive du riz sur la partie du jardin où les eaux stagnent », dit Diallo, souriant. Il avoue qu’il ne connaît pas de crise d’eau dans son jardin. Actuellement, son objectif prioritaire est de trouver un partenaire pour l’aider à promouvoir la pisciculture sur son site.

Il accueille avec enthousiasme ses clients dont la plupart sont des fonctionnaires. Dans ce jardin qu’il qualifie de paradis terrestre, la théière est toujours sur le fourneau.

Sidiki Diaby, pépiniériste, en tire profit. Les commandes arrivent. Beaucoup de  propriétaires de nouveaux chantiers de construction prévoient la  plantation d’arbres pour reverdir leur espace.

DE BRAVES FEMMES – Dans la même localité, la culture de la pomme de terre a beaucoup réussi aux femmes aussi. Mais, Koudjé Magassa, elle, ne s’intéresse qu’au citron. Dans un coin de la cour de sa maison, se dressent majestueusement trois citronniers. Elle les arrose trois fois par jour, malgré le poids des travaux ménagers. « Le citronnier est un arbre qui produit continuellement des fruits tant qu’il reçoit régulièrement de l’eau », dit-t-elle. Elle a défendu à ses enfants de cueillir les fruits qui ne sont pas arrivés à maturité. Elle attend le mois de ramadan, pour les vendre, « car commente-t-elle, en ce moment, le citron rapporte plus. Tout le monde en cherche pour sa bouillie ».

Elle  ramasse, de temps à autre, les fruits qui tombent sous les arbres pour aller servir des vendeurs  de café au marché.

L’association dirigée par Mariam Sow, résident dans la Commune Fassoudébé, à 75 km, sur la route de Nioro du Sahel, compte plus de 100 femmes. En cette période, le maraîchage est l’une de leurs principales activités. Avec les recettes qu’elles génèrent, 150.000 Fcfa, en moyenne par mois, ces femmes participent au développement de leur localité, notamment dans le cadre de la prise en charge des enfants victimes de malnutrition et des femmes enceintes souffrant d’anémie sévère, admises au Centre de santé communautaire (CSCOM). Avec leurs productions, elles alimentent la cantine scolaire de leur localité.

Le périmètre de six hectares de ces braves dames est exposé à la divagation des animaux, la clôture en grille  est quasiment abîmée. Elles utilisent une partie de leurs légumes pour leur consommation propre. L’association dispose d’une caisse villageoise pour faire face à certaines difficultés des femmes. Cette année, les femmes ont cultivé plus de pomme de terre dans leur périmètre.

Depuis que son manœuvre a abandonné le travail et est parti, suite à une petite dispute, Aïssata Deh, a perdu plus de la moitié de ses planches, qu’elle ne parvenait plus à arroser régulièrement à cause de sa santé fragile.

Massara Dicko entretient des plantes de cèleri. Des femmes viennent en flot s’en ravitailler. Les tas  de cèleri  chez-elle sont assez consistants.  Avec ses gains, elle est parvenue à acheter une moto pour sa fille qui se rendait à pied à l’école située, à près d’un kilomètre.

Les maraîchers réclament des équipements nécessaires et  des semences pour dynamiser leurs activités dans le cercle de Diéma. Ils demandent des forages ou des puits pour l’approvisionnement correct de leurs périmètres et des clôtures pour sécuriser davantage les périmètres maraîchers.

Aussi, sont-ils en manque de formations sur les techniques innovantes pour accroître leurs productivités et lutter efficacement contre l’insécurité alimentaire qui sévit fréquemment dans le cercle de Diéma. Les maraîchers du cercle demandent à l’Etat et ses partenaires de s’impliquer davantage pour une meilleure promotion du secteur qui nourrit, aujourd’hui, plus d’une bouche.

OB/MD

Source : (AMAP)

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