Hamadoun Bah, secrétaire général du SYNABEF persiste et signe : “Nous avons trouvé un compromis à la grève grâce à la médiation du Premier ministre, du Cnpm, de Faustin Sylla et Sadio Bathily”

“Désormais, nous comptons sanctionner tous les syndicalistes  qui violent les textes et trahissent la cause des travailleurs”

Dans cet entretien exclusif, le secrétaire général du Syndicat national des banques, assurances et établissements financiers (Synabef), Hamadoun Bah, évoque, entre autres, plusieurs sujets dont le compromis trouvé à la récente grève, le licenciement de certains agents d’Ecobank-Mali. Sans oublier les missions et les difficultés du Synabef. 

Aujourd’hui-Mali : Monsieur le Secrétaire général, pouvez-vous nous présenter brièvement votre syndicat ?

Hamadoun Bah : Le Syndicat national des banques, assurances et établissements financiers (Synabef) est un des 13 syndicats nationaux affiliés à l’Union nationale des travailleurs du Mali (Untm). Il a été créé en 2004 à la Banque internationale du Mali (BIM) et regroupe aujourd’hui 14 banques, 12 assurances, 8 microfinances et 10 commerces dont toutes les industries pharmaceutiques.

Quelles sont les missions du Synabef ?

Comme tout syndicat, nous avons pour mission de défendre les intérêts matériels et moraux de nos entreprises et des travailleurs. Notre mission est de nous hisser à un rang de syndicalisme de développement. Nous sommes regardants sur le droit de chaque travailleur affilié, où qu’il soit.

Aujourd’hui, quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’exercice de votre mission en tant que syndicaliste ?

La première difficulté que nous rencontrons aujourd’hui est l’immixtion forte de l’administration dans les organisations syndicales. Les velléités sont fortes pour embrigader les syndicalistes dans leur sillage. L’autre difficulté, ce sont les violations constantes du droit et des libertés syndicaux. Toutes nos luttes ont toujours porté d’ailleurs sur la liberté syndicale.

Pouvez-vous nous expliquer la récente grève pour soutenir un agent de la Bdm-sa ? 

La récente grève a porté justement sur une entrave à la liberté syndicale à la Banque de développement du Mali (Bdm-sa) du fait de la mutation illégale avec dégradation de notre camarade, Mme Kéita Fatoumata Sangho, pour raison de son engagement syndical. Cela est prohibé par tous les textes de droit et nous avions patienté deux années durant pour la régularisation. L’affaire, qui avait été portée par le comité syndical de la Bdm-sa au Synabef, a finalement été gérée par le seul Synabef qui a été trahi par son comité. Finalement, le combat a été remporté avec succès après avoir observé la grève pendant trois heures.

Selon nos informations, il y a eu un compromis entre les deux parties grâce à la médiation du Conseil national du patronal ?

Le compromis a été trouvé grâce à la médiation du Premier ministre ; du président du Patronat, Mamadou Sinsy Coulibaly ; d’opérateurs économiques comme Faustin Sylla et Sadio Bathily.

La forte implication de l’Untm a également permis la signature d’un accord pour le retour de Mme Kéïta Fatoumata Sangho d’ici fin septembre 2020.

Récemment, 45 agents d’Ecobank ont été licenciés dont 25 personnes en violation des droits des travailleurs. De quoi s’agit-il ?

Récemment, effectivement, à Ecobank nous avons assisté au départ de 45 travailleurs à Ecobank-Mali. Cela est prévisible et nous au Synabef, nous tirions la sonnette d’alarme depuis plus de cinq ans. Toutes les banques vont connaître ce projet dit de restructuration avec l’avènement de la digitalisation, les normes baloises, de la Covid-19 et j’en passe. Le comité syndical a négocié un départ volontaire accompagné de primes intéressantes et autres aspects pécuniaires.

Beaucoup avaient souscrit à ce départ, mais la Direction a voulu retenir certains et a choisi unilatéralement d’autres non-inscrits. Cela, nous l’avons déploré au niveau du Synabef. Ce qu’il faut noter, c’est que la majorité des partants n’ont pas été solidaires du mot d’ordre du Synabef d’où le fait qu’ils n’avaient pas osé se constituer en groupe.

Finalement, sans nous consulter, ils ont été obligés de signer. Ils n’avaient donc d’autre choix que d’aller dans le sens de l’accord signé entre le comité syndical et la Direction.

Parmi ces personnes licenciées figurent des syndicalistes. A ce sujet, quelle est la position du Synabef ?

Parmi les partants volontaires figurent effectivement des syndicalistes dont le secrétaire général du comité syndical. Mais il y a deux syndicalistes qui n’étaient pas volontaires et qui ont également signé, toujours sans approcher le Synabef. Ces deux ne pouvaient aucunement se retrouver sur cette liste compte tenu de la protection dont ils bénéficient.

Même en cas de faillite, les syndicalistes sont les derniers à quitter le navire et à fermer la boutique à clé qu’ils remettent au directeur général, selon les textes nationaux et internationaux.

Ce qu’il faut noter, c’est qu’à Ecobank rien ne justifie ces départs forcés au Mali où les résultats depuis des années sont chiffrés à des milliards.

Que comptez-vous faire pour éviter un tel cas dans une autre banque ?

Nous comptons, pour éviter que de telles situations se reproduisent, renouveler le bureau d’Ecobank compte tenu du départ en grand nombre des camarades syndicalistes, organiser une grande rencontre de tous les secrétaires généraux et les sensibiliser sur de telles situations (aucun comité ne doit engager seul les travailleurs dans de telles aventures sans associer le Synabef et l’Untm), remobiliser les travailleurs à travers des assemblées générales, sanctionner tous les syndicalistes qui violent les textes et trahissent la cause des travailleurs.

Avez-vous d’autres grèves en vue ?

Des grèves en cours, nous ne le souhaitons pas. Mais à notre corps défendant, nous n’hésiterons pas à y recourir. Aucune grève en vue à ce jour.

Quel est votre mot de la fin ?

Mon dernier mot s’adresse aux travailleurs et travailleuses des banques, assurances, établissements financiers, microfinances et commerces du Mali. Ils ont intérêt à prendre leur responsabilité et leur destin en main. Qu’ils sachent que leur survie professionnelle dépend de la survie de leur syndicat national. Les travailleurs doivent rester unis et mobilisés derrière leur syndicat national. Trahir le mot d’ordre du Synabef, c’est se mettre une balle dans le pied. Ensemble, nous sommes forts et unis nous vaincrons.

Réalisé par El Hadj A.B. HAIDARA

Source: Aujourd’hui-Mali

 

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