Boubacar H. Diallo, président de l’Organisation patronale des entrepreneurs de la construction du Mali (OPECOM), ingénieur en constructions civiles : « Il faut un secteur privé uni pour aider les autorités de la transition pendant qu’on est sous sanction

Depuis le 26 Septembre, le Conseil national du Patronat du Mali (CNPM), connaît une situation inédite, face au défi d’organiser des élections crédibles. Pour la première fois dans l’histoire du patronat malien, deux listes sont présentées, contre un bureau consensuel précédemment. Refusant de se conformer à un report décidé par le secrétaire général du CNPM, autorité organisatrice du scrutin, une des listes a organisé unilatéralement cette élection est s’est proclamée élue. Une situation inédite et certainement le départ d’une crise si les parties ne se ressaisissent pas vite. Le patronat est à sa 40ème année. De feu Moussa Balla Coulibaly en 1980 (qui a siégé pendant 30 ans), Mamadou Sidibé (5 ans) et Mamadou Sinsy Coulibaly, depuis 2015, le consensus était presqu’un pacte sacré pour l’élection du bureau. Cette élection concerne 155 délégués à travers le Mali. Pour faire le tour de la question et mieux saisir les contours, Le Républicain a rencontré un acteur incontournable du CNPM, Boubacar H. Diallo, président de l’Organisation patronale des entrepreneurs de la construction du Mali (OPECOM), Ingénieur en constructions civiles. Selon lui, il y a beaucoup de gens qui sont instrumentalisés, qui ne savent pas de quoi il s’agit… « L’Etat n’est pas en train de se mêler de cette élection. Les autorités cherchent plutôt un secteur privé uni pour aider le Mali à sortir de cette situation de crise pendant qu’on est sous sanction », avise notre interlocuteur. Ses éclairages !

Qu’est ce qui explique tout ce tiraillement autour de l’élection du bureau ?

C’est parce que le bureau sortant a bien travaillé, le patronat est devenu important, le patronat s’est donné des missions, il a mené des combats. Certains de ces combats ont pu être gênants pour des personnes qui ont trouvé dans le renouvellement, l’occasion de s’impliquer pour changer les choses à leur avantage. C’est la raison de l’allure prise par cette élection.

Honnêtement je dirais oui ! Par ailleurs, chacun des 39 groupements professionnels qui constituent le patronat a une liste de revendications et ce sont ces revendications qui viennent au niveau du patronat pour être traitées.

Et comment pourrait-on sortir de cette situation inédite au CNPM ?

C’est obligatoire qu’il y ait une élection sinon, s’il n’y a pas d’élection comment on fait ? Il va y avoir absolument une élection par ce qu’il n’ya pas eu élection.

Les autorités cherchent un secteur privé uni pour aider le Mali à sortir de cette situation de crise pendant qu’on est sous sanction.

Quelle est la situation qui prévaut aujourd’hui au CNPM ?

Vous avez vu dans la rue le week-end dernier que des gens se sont organisés pour tenir eux-mêmes ce qu’ils appellent élection. Ils ont apporté les urnes, les bulletins de vote, et les accessoires pour organiser leur propre élection, malgré le report annoncé par le Secrétaire général, qui est chargé de convoquer le corps électoral. Ce qui est étonnant est qu’on voit quelqu’un organiser lui-même sa propre élection et qui ne gagne pas son élection. Ce qui m’a beaucoup préoccupé, c’est que des responsables que nous sommes, soyons obligés d’organiser des choses de la sorte, parce que ceux qui ont organisé l’élection dans la rue sont dans tous les cas des membres du bureau qui ont la responsabilité d’organiser une élection qui ne doit pas se passer dans la rue. Nous devons organiser des élections crédibles. Pourquoi s’énerver et se considérer comme une victime au lieu de venir s’asseoir pour voir comment on va corriger ce qui s’est passé, puisque c’est une première expérience ? Ce patronat est à sa 40ème année. Depuis 1980, Moussa Balla en a fait 30 ans, Mamadou Sidibé a fait 5 ans et Mamadou Sinsy Coulibaly a fait 5 ans. Cette élection concerne 155 délégués à travers le Mali qui se connaissent tous. On n’a pas besoin de faire tout ce tapage.

Qu’est ce qui explique tout ce tiraillement autour de l’élection du bureau ?

C’est parce que le bureau sortant a bien travaillé, le patronat est devenu important, le patronat s’est donné des missions, il a mené des combats. Certains de ces combats ont pu être gênants pour des personnes, qui ont trouvé dans le renouvellement, l’occasion de s’impliquer pour changer les choses à leur avantage. C’est la raison de l’allure prise par cette élection. Plusieurs membres parmi les 155 délégués se posent la question de savoir pourquoi cette attitude ? Et vous avez la réponse.

A propos du renouvellement, qu’est-ce qui est envisagé pour une élection dans les règles de l’art ?

Le bureau a la responsabilité d’organiser une élection crédible et honnête. Le bureau s’est réuni le mois de juillet pour fixer la date de l’assemblée générale élective au 26 septembre 2020. A partir de cet instant, c’est le secrétaire général qui organise l’élection. Tous les courriers que les groupements professionnels, les organisations patronales reçoivent pour leur demander d’envoyer la liste de leurs délégués, émanent tous du  secrétaire général. C’est la première fois qu’il y a eu une élection avec deux listes ; il se trouve qu’il y a 8 noms, qui se retrouvent sur les deux listes. Cela a été constaté par les huissiers. L’élection a été annoncée en juillet, les problèmes commencent à partir de la date de dépôt de liste. Entre le jour où on dépose les listes (le 16 septembre) et le jour de l’élection (le 26 septembre), il y a dix jours. Donc certains peuvent croire que ça fait un mois que les gens laissent pourrir le problème, alors que tout s’est passé entre le 16 et le 26 septembre. Les huissiers ont constaté qu’il y a non seulement des noms qui se répètent sur les deux listes, mais aussi, ceux qui ont trouvé leur nom sur les deux listes ont écrit par voie d’huissier à chaque cas pour demander à la tête de liste de soustraire leurs noms sur sa liste. Cela veut dire que les listes doivent être purgées. Et cela n’a pas été fait jusqu’à la date d’aujourd’hui (30 septembre 2020).

Pourquoi le Secrétaire général n’a-t-il pas procédé immédiatement à la correction des listes ?

Il n’est pas compétent pour le faire. Le secrétaire général, dès l’instant qu’il a constaté qu’il ne peut pas aller à l’élection avec ces listes, a arrête le processus pour se référer au bureau qui doit se réunir pour trancher le problème. Il ne peut plus continuer parce qu’il n’est plus compétent. Il ne peut aussi soustraire un nom de la liste. Les têtes de listes doivent compléter leur liste. Il y a 8 noms de part et d’autres et il y a un nom qui est sur une seule liste mais la personne n’a pas souhaité compétir. Donc, il faut purger ces listes et les soumettre en ce moment au vote. Ceux qui ont organisé le vote pendant le week-end, ont des noms sur leur liste pour lesquels, ils ont été saisis par voie d’huissier, aux fins de les enlever, car ils ne se considèrent pas comme élus sur la liste qui se proclame élue. En réalité notre pays n’a pas besoin d’une confrontation électorale, ce qui est arrivé à notre pays, c’est à la suite d’élection et de problème mal tranchés.

Et comment pourrait-on sortir de cette situation inédite au CNPM ?

C’est de faire ce qui n’a pas été fait avant le 26 septembre 2020 ; c’est ce que le bureau est obligé de faire aujourd’hui : se réunir pour se demander comment faire maintenant ? Parce qu’ils sont piégés. Ceux qui considèrent qu’ils ont gagné ne peuvent pas engager un processus en justice avec des gens qui les ont saisis par des règles de droit de ne pas faire figurer leurs noms sur leur liste, parce que vous ne pouvez pas brandir une victoire avec des noms qui ne se reconnaissent pas sur votre liste. Les actes posés sont devenus regrettables pour ceux qui les ont posés. Et il n’est jamais trop tard de réfléchir et de trouver les meilleures solutions pour éviter des crises inutiles. Je ne suis pas quelqu’un qui pense qu’on ne peut pas trouver des solutions aux différents problèmes qui se posent à nous, ça finira toujours par s’asseoir et parler surtout que des acteurs sont membres du même bureau. Vous êtes membres du même bureau, votre bureau est chargé d’organiser l’élection, la faute de l’un, c’est la faute des autres. Il faut éviter du cinéma inutile. On est dans une période de crise, il y a le coronavirus, le secteur est paralysé, les hôtels et les agences de voyages ont des difficultés. Pourquoi en rajouter avec un patronat divisé par la volonté des acteurs et par des influences d’autres acteurs qui ne sont même pas du patronat ?  Chacun des 155 délégués qui constituent le corps électoral vous dira qu’il ne sait pas pourquoi tout cela se passe.

Qu’est ce qui doit être fait pour ramener la cohésion au CNPM ?

Tous les problèmes qui sont posés à notre pays le sont par nous-mêmes. C’est nous qui sommes responsables de la cohésion et du manque de cohésion à l’intérieur du pays et c’est fait sciemment. Nous n’avons pas le choix, il faut un changement de comportement, qu’on accepte que rien ne soit plus jamais comme avant.

L’élection du CNPM aura-t-elle lieu dans les jours à venir ?

C’est obligatoire qu’il y ait une élection sinon, s’il n’y a pas d’élection comment on fait ? Il va y avoir absolument une élection par ce qu’il n’ya pas eu élection.

L’élection sera –t-elle organisée avant la date buttoir du 10 octobre 2020 ?

Je ne peux pas vous répondre à cette question, n’étant pas le président, ni membre du bureau, mais je suis d’une organisation patronale membre du CNPM. Les élections sont obligatoires, le bureau va se réunir pour donner la conduite à tenir. Le bureau qui ne s’est pas réuni avant le 26 septembre pour trouver la solution adaptée à cette élection est obligé de se réunir aujourd’hui pour trouver la solution.

Est-ce qu’il faut craindre deux bureaux du CNPM ?

Ce n’est pas la volonté des 155 délégués qui constituent le corps électoral. Ça se fera malgré eux. Il y a beaucoup de gens qui sont instrumentalisés qui ne savent pas de quoi il s’agit, quant ils vont se rendre compte, ils verront que ça ne sert à rien. L’Etat n’est pas en train de se mêler de cette élection. Les autorités cherchent un secteur privé uni pour aider le Mali à sortir de cette situation de crise pendant qu’on est sous sanction.

Quel appel avez-vous à lancer ?

Je suis préoccupé par tout ce qui nous arrive à notre pays, de vivre des événements de ce genre. Notre pays est en crise depuis un certain nombre d’années. Nous avons le coronavirus, nous avons des crises politico-sécuritaires, notre pays est divisé, si notre patronat aussi se divise, mais qu’est ce qui nous reste encore à faire ? J’en appelle à la sagesse de ceux qui ont la responsabilité de gérer le secteur privé de se mettre ensemble pour trouver des solutions, parce que, si c’est pour l’intérêt global, il n’y a pas de problème, mais s’il y a l’intérêt particulier et la mauvaise foi, il y a problème….

Propos recueillis par Aguibou Sogodogo

Boukary Daou

Source: Journal le Républicain-Mali

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