Interpellation du gouvernement à l’Assemblée nationale : Le Premier ministre fuit le débat

Invité, le mardi 30 avril dernier, à venir faire le point de la Feuille de route, qu’il a présentée le 29 janvier devant les élus de la Nation, le Premier ministre, Diango Cissoko, a fui le débat. En ses lieux et places, il a envoyé six ministres au charbon: ceux de la Défense, de la Sécurité Civile, en charge des Elections, des Finances, de l’Energie et de la Fonction Publique.

Assemblee_nationalLe Chef du gouvernement, coordonateur de l’action gouvernementale, a préféré se montrer avec les femmes au CICB, pour les encourager à plus participer en politique, au lieu de venir s’expliquer sur les grands dossiers de la Nation, surtout sur les Transitiongates, à l’Assemblée nationale.

Diango a donc raté le coche. Il l’a loupé volontairement, parce qu’il ne maitrise pas ses dossiers et ne possède aucun argument convainquant pour justifier les différents scandales de la transition, qui auraient du conduire à sa démission.

C’est la toute première fois qu’un Premier ministre fuit les débats à l’Assemblée nationale, pour se décharger sur des ministres qu’il a jugé plus compétents pour en discuter.

Le ministre en charge des Elections, le jeune M. S. Coulibaly, s’est bien tiré d’affaire. Il a été courtois et ferme sur ses positions: l’élection présidentielle aura bien lieu en juillet. «Nous allons ensemble surmonter les difficultés». Il est resté constant, malgré les inquiétudes exprimées ça et là. Le ministre Colonel a laissé entendre que les ressources financières existaient pour organiser la présidentielle de juillet.

Il a, également, assuré ses interlocuteurs que, d’ici là, l’Administration serait de retour dans les zones qui libérées, que les déplacés auraient le choix de leur lieu de vote, que des missions seraient envoyées à l’étranger pour favoriser le vote des refugiés et que les listes électorales seront établies sur la base du RAVEC, de même que les cartes d’électeurs, formule NINA (numéro d’identification nationale), qui pourront  servir de cartes d’identité. Seulement voilà: Moussa Sinko Coulibaly a aussi dit que le scrutin ne serait pas parfait, mais libre, transparent et démocratique.

Pour sa part, le ministre de la Sécurité, le Général Tiefing Konaté, très sincère dans ses propos, a déploré l’absence de moyens logistiques dans la police et dans la gendarmerie. Il a égrené toutes les dispositions prises par son département pour veiller sur la sécurité des Bamakois. C’est ainsi qu’il a confirmé le démantèlement d’un réseau du Mujao, qui s’apprêtait à exécuter des actes de terrorisme dans la capitale.

Le Général bègue a mis à profit cette tribune pour informer les députés des 81 éléments de police envoyés à Tombouctou, tout comme 39 agents de la Protection civile et 10 éléments de l’Office central de lutte contre les stupéfiants. A Gao, 37 policiers sont présents, plus 35 pour la Protection civile. Les gendarmes et les gardes s’apprêtent aussi à débarquer dans ces deux grandes agglomérations. Encore une fois, le Général s’est plaint de l’absence des moyens logistiques. «Les policiers et les agents de la Protection civile ne disposent d’aucun véhicule, ni à Tombouctou ni à Gao» s’est-il lamenté.

Quant au ministre de la Défense, Yamoussa Camara, il a été confondu par rapport à ses déclarations antérieures et a fait une piètre prestation. En tant que ministre en charge de la Défense, c’est-à-dire de la guerre, il a répété 19 fois les mots paix et dialogue, en disant que l’armée n’intervient qu’en ultime recours. Il est allé jusqu’à citer Clémenceau: «la guerre est une affaire trop sérieuse pour être laissée entre les mains des seuls Généraux». Il a donné l’impression qu’il ne voulait pas faire la guerre, tout en déclarant: «l’armée se prépare… au cas où le dialogue échouerait», faisant allusion à la Commission Dialogue et Réconciliation, alors qu’une question précise lui avait été posée: A quand la libération de Kidal?

Contrairement à ce qui avait été affirmé concernant l’annulation de l’achat de 200 véhicules, 10 ambulances et 10 citernes pour l’armée, le ministre des Finances, Tiénan Coulibaly, a dit avec élégance et courtoisie que l’armée avait été associée à tout le processus: nombre de véhicules, caractéristiques, prix, délais… Il a même ajouté que le chef d’Etat-major général des armées, le Général Ibrahim Dahirou Dembelé était très enthousiaste face à ce projet, qui avait aussi séduit le ministre des Finances lui-même, selon ses propres termes.

La polémique peut désormais être bouclée, parce que tout un chacun a compris les mensonges et contre-vérités véhiculés par la Primature et le département en charge de la Défense sur ce dossier.

Chahana Takiou   

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