Complot contre gnoumani-sa : Diadié Bah réclame son argent à l’Etat

Le bras de fer qui oppose l’Etat malien à la société Gnoumani-sa, relatif à la livraison d’engrais dans le cadre de l’Initiative Riz, saison 2010-2011, est loin de connaitre son épilogue. Dans cette affaire dite des cautions techniques fictives dont les dossiers sont sur la table des juges, magouilles ou pas, la responsabilité des agents de l’agriculture est flagrante. A ce titre, le PDG de Gnoumani-sa, M. Diadié Bah, ne réclame rien d’autre à l’Etat que son dû, soit un cumul de trois (3) milliards de F CFA. L’Etat reconnaît son tort  dans cette affaire, mais tente de faire main basse sur l’argent du fournisseur.

 

 

Au Mali, les experts en magouilles à l’œuvre ! Cette histoire rocambolesque qui oppose l’Etat malien, à travers le département de l’Agriculture, à un prestataire illettré, est un véritable scoop. On a l’habitude de voir l’Etat assigner des individus devant les tribunaux, mais le contraire est rare. C’est ce qui se passe depuis prés deux ans entre la société Gnoumani-sa (une entreprise spécialisée dans la vente des intrants agricoles) et son client principal qui est l’Etat. De quoi s’agit-il ?

 

Dans le cadre de l’Initiative Riz, l’Etat, à travers le ministère de l’Agriculture, a subventionné l’achat du sac d’engrais de 50 kg à 50 % de son prix réel, soit 12.500 F CFA.  Avec cette subvention exclusivement destinée à la culture du riz ou du mais, les paysans éligibles à cette devaient présenter des cautions techniques dûment remplies et signées par l’agent technique d’agriculture de leurs secteurs et le fournisseur d’engrais. Le remboursement se faisant sur cette base.

 

 

En termes clairs, il fallait être exploitant agricole reconnu par l’agent de l’agriculture  de base comme producteur des spéculations éligibles (riz et mais) à la subvention agricole dans un des villages de sa zone d’intervention; disposer d’un champ exploitable recensé  par l’agent de base en charge du village concerné; être recensé parmi les producteurs des spéculations concernées par la subvention pour la campagne en cours.

 

 

Après cette enquête, la caution en question est signée par les agents d’agriculture, les chefs de sous-secteurs et les chefs de secteurs d’agriculture pour donner leur aval, et le fournisseur procède à la livraison en apposant sa signature.  Après une première campagne agricole  2009-2010 menée à terme en beauté à laquelle Diadié Bah a participé avec brio, en respectant toutes les clauses; aujourd’hui, la pomme de discorde entre les deux parties réside sur le règlement de la facture de la campagne 2010-2011. Gnoumani-SA soutient avoir fourni de l’engrais représentant 463 cautions techniques d’une valeur de 2 236 577 556 FCFA.

 

 

La direction nationale de l’agriculture conteste et demande au Trésor de ne pas payer le montant réclamé. La raison invoquée, la fraude autour des cautions techniques qui seraient préfabriquées. Vrai ou faux ? Mais par qui ? La réponse est toute simple, par certains responsables corrompus du département de l’agriculture. Le directeur national  de l’agriculture qui pilote l’initiative  ne reconnaît que 149 cautions qui se chiffrent à 121,728 millions de F CFA alors que le directeur régional de l’agriculture de Koulikoro (région incriminée) a bel et bien donné des attestations de livraisons en bonne et due forme à la société Gnoumani-sa qui a livré selon le PDG les intrants demandés. D’où un véritable imbroglio judiciaire qui a vu la condamnation par la Cour d’assises de Bamako, au mois de mars dernier, deux agents de l’agriculture de Kati, en l’occurrence Bakary Samaké ainsi que son chef secteur Kékouta Sissoko et un certain MarouchetteCissé, ont été jugés pour « faux, usage de faux et corruption ». Peine infligée, 3 ans de prison avec sursis. Diadié Bah croyait qu’avec cette condamnation, l’Etat allait le réintégrer dans ses droits. Mais rien n’a été fait. A son tour, il a saisi la Cour d’assises pour rentrer dans ses fonds. Le jugement a été rendu le 11 septembre dernier lors de la 3ème session de la Cour d’assises en transport à Ségou et le verdict prévu pour  le 24 septembre dernier a été renvoyé aux prochaines assises. Pour l’instant le PDG de Gnoumani-sa se dit serein et croit en la justice de son pays.

 

 

Le hic dans cette histoire, c’est que même le directeur-adjoint de l’Agriculture, qui serait présentement conseillé technique du ministre, est cité dans cette affaire nébuleuse.  D’un coté, Daniel Siméon Kéléma, directeur national de l’agriculture reconnaît que les cautions ont été irrégulièrement remplies et signées par ses agents de l’agriculture de Kati, mais s’oppose au règlement de la facture de Gnoumani-sa qui a pourtant brandi les preuves irréfutables qu’elle  a livré les commandes sur la base de pièces justificatives. De l’autre coté, Dadié Bah réplique « rien ne lui indique que les 314 cautions étaient des faux puisqu’elles sont signées et remplies par des agents de l’agriculture et sur des carnets de la direction nationale de l’agriculture ». No comment ! Une chose qui met au grand jour l’amateurisme managérial et la cupidité de certain agent de l’Etat. Complot ou pas cette situation n’honore pas le Mali.    Ci-contre les attestations de livraison qui prouvent que Diadié Bah a livré les intrants dans la région de  Koulikoro et confirme la thèse du complot.

 

 

Boniface Dembélé 

SOURCE: L’Enquêteur  du   7 oct 2013.

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