Sans Tabou: Mali, quand les jihadistes narguent Barkhane

Si la France, à travers l’Opération Barkhane, affiche un optimisme béant quant à l’efficacité de son combat contre le terrorisme au Sahel, le 24e rapport de l’Équipe d’appui de surveillance des sanctions des Nations unies note par contre que les groupes terroristes s’organisent de de mieux en mieux, dans cet espace. Pire, malgré tous les efforts déployés et vantés, ils sont en train d’étendre leur influence dans les communautés au lieu de s’essouffler.

 

Des informations fournies par ledit rapport prennent le contre-pied des informations fournies par la force Barkhane contre le terrorisme dans le Sahel. Mais au lieu de perdre d’intensité et du terrain, ces groupes semblent se renforcer.

« En Afrique de l’Ouest, la violence a monté en flèche sous l’influence d’affiliés de l’EIIL ou d’Al-Qaida et les activités de recrutement se sont multipliées », avance le rapport de l’ONU.

C’est le même constat au Sahel malgré la forte présence de l’Opération anti terrorisme français. Engagée dans cette région depuis 2014, Barkhane est chargée de traquer les terroristes dans le Sahel et au Sahara. Comme pour enfoncer le clou, le rapport souligne que les islamistes terroristes s’appuient sur les milices, dont les Katiba pour poursuivre son objectif de radicalisation au sein des populations.

« Au Sahel, la Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM) en français le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) exerce une influence décisive. Son centre de gravité reste dans le nord du Mali, où le groupe dirigé par Iyad Ag AGALI s’appuie sur plusieurs milices, dont les katibas, pour poursuivre son objectif de radicalisation de la population », relève-t-on dans le document. Ce qui laisse à apparaître beaucoup d’insuffisances de la mission française contre des terroristes qui étaient annoncés vaincus ou du moins dispersés et affaiblis, il y a quelques années.

Cinq ans après son démarrage, son efficacité est mise en doute, non seulement par les populations, mais également par ce dernier rapport international.

Après cinq ans de combat acharné et farouche contre ces ennemis, ils restent déterminés pour mener leurs actions « criminels de déstabilisation » malgré la mort des tiers de leur effectif, comme affirmé par la ministre de la Défense, Florence Parly, devant l’Assemblée nationale française. À l’opposé des prouesses de l’Opération Barkhane, le constat est que ces groupes s’organisent et se renforcent avec des éléments chevronnés en provenance de Libye. En témoignent les attaques terroristes ; à répétition, au nord et au centre de notre pays.

Aussi, il est indiqué dans le même rapport que certains groupes terroristes ont opté pour la stratégie de la collaboration. À cet effet, poursuit le rapport onusien sur la situation du terrorisme au plan international, que la Katiba du Macina a réussi à établir un deuxième bastion pour GSIM dans la région de Mopti-Hombori-Douentza et à la frontière avec le Burkina Faso, dans la direction de Bobo-Dioulasso sans que la France avec tous ses moyens au Sahel ne soit capable d’anticiper. Cette situation est ni vu ni connu par l’Opération Barkhane. C’est dommage pour la lutte contre le terrorisme.

En plus de se renforcer, ils sont en train également d’intensifier leur influence sur des communautés.

« Les partisans de GSIM ont ouvert environ 650 écoles dans la région, sur lesquelles ils exercent un contrôle. L’objectif de cette approche est de transformer la société suivant les préceptes du groupe », a alerté le rapport.

Il s’agit d’une alerte pour le Mali et ses partenaires et un gros caillou dans le jardin de la force Barkhane qui a pour mission exclusive avec ses 4500 soldats au Sahel de combattre le terrorisme.

Par Sikou Bah

Source : Info Matin

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