Pourparlers inter maliens à Alger : LA MEDIATION APPUIE SUR L’ACCELERATEUR

Elle a remis mercredi soir aux différents belligérants de la crise une proposition de pré-accord. Le document pourrait être paraphé ce week-end. Si tout va bien

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Après trois longs jours d’attente, la médiation internationale conduite par la diplomatie algérienne a produit un document de synthèse des observations des différentes parties en conflit. Le pré-accord, remis dans la nuit de mercredi à tous les chefs de délégation présents, doit être paraphé durant ce week-end, selon un médiateur international qui juge que le texte met à équidistance toutes les visions politiques. Il ne s’agit cependant pas d’un accord proprement dit parce que les parties doivent s’accorder sur le contenu dans un premier temps, précise le diplomate. Une cérémonie de paraphe sera ensuite organisée (probablement dimanche). L’accord définitif, lui, sera signé en terre malienne, comme le souhaitent les autorités maliennes.
Pour des questions stratégiques, un expert ne juge pas productif de s’attarder sur le contenu du document. Néanmoins, il souligne que les lignes rouges tracées par le président de la République ont été largement respectées. L’idée de fédéralisme, longuement caressée par certains groupes armés, n’a pas connu de succès. Tout au long du document, aucune ethnie n’a été survalorisée au détriment des autres. De même, les réformes institutionnelles énumérées concernent l’ensemble des régions du pays. En ce sens, l’intégrité territoriale et l’unité de la nation sont préservées.
Quid de la laïcité ? A ce sujet également, rien n’a changé. Notre pays conserve toujours son caractère laïc et républicain. « C’est d’ailleurs ce que prévoient toutes les résolutions des Nations Unies et l’accord préliminaire de Ouagadougou », rappelle un diplomate de la délégation gouvernementale.
Du fait des souffrances accumulées et du matraquage médiatique sur le mot « Azawad »^, nos compatriotes sont devenus allergiques à cette expression. Pourtant, la dénomination qui figurait déjà dans le Pacte national, est souvent revenue dans des documents officiels. L’Accord préliminaire de Ouagadougou et la Feuille de route de la médiation la mentionnent également. Mais certainement pas parce que cette appellation a une connotation politique ou historique. Mais parce qu’elle détermine un espace de 380 km 2 au nord-ouest de Tombouctou. Ceux qui s’en réclament n’appartiennent pas tous de cet espace, loin s’en faut. Et les vrais ressortissants crient à l’usurpation.

UN ENSEMBLE HOMOGENE. L’Azawad, c’est exactement comme le Tilemsi, le Gourma, le Hawsa, le Pays dogon, le Baninimonotié, l’Azawak (du côté de Ménaka), ou encore l’Adrar des Ifogas. Le Mali est, à ce titre, cet ensemble homogène avec une diversité d’espaces socio-culturels dont se réclament des communautés. Mieux, fait remarquer un historien, cet espace géographique n’ayant jamais abrité un empire, un royaume, encore moins un émirat, ne saurait, aujourd’hui, prétendre être une entité indépendante.
C’est sans doute pour toutes ces raisons que la médiation a jugé utile de le mentionner dans le préambule du pré-accord. Cela fait partie du nécessaire compromis, relève un diplomate qui pense que la délégation gouvernementale a abattu un travail technique inestimable.
En effet, le Premier ministre Modibo Keita a blindé son équipe cette fois-ci. En plus des ministres, des experts et d’anciens fonctionnaires militaires, d’autres compétences sont associées à la délégation. Autour des ministres Abdoulaye Diop, Hamadoun Konaté et Zahabi Ould Sidi Mohamed, les réunions techniques sont légion. Sans passion, l’équipe gouvernementale argumente ses positions et points de vue par des éléments sociétaux, juridiques et politiques. Le tout consigné dans un document-béton intitulé « mémorandum ».
Le pré-accord que les différentes délégations sont encore en train d’éplucher traite aussi des questions militaires. Là-dessus, il est question de recrutement massif d’anciens combattants sur la base du volontariat. Sur le plan de la gouvernance, la décentralisation est retenue. Mais, en mieux de ce qu’on a connu jusqu’ici dans le pays. En gros, un président de l’Assemblée régionale sera élu au suffrage universel direct. Il aura des compétences très élargies. Pour le développement harmonieux du pays, des agences de développement seront créées dans toutes les régions. Placées sous l’autorité du président élu, elles seront dotées de moyens financiers nécessaires pour mettre en œuvre les projets et programmes. L’impunité est proscrite. La justice transitionnelle sera de saison pour vider les contentieux.
A ce stade, aucune partie n’a accepté de faire des commentaires sur le document. « Nous sommes en train de lire le document. Il faut attendre après », dit la Coordination des mouvements de l’Azawad. « On a pas encore fini nos réunions », réagit la Plate forme des mouvements armés de l’Azawad. « Nous sommes en réunion en ce moment même », lance, pour sa part, un membre de la délégation gouvernementale. « On a fait notre boulot, on attend les réactions », indique un négociateur de la communauté internationale. C’est dire qu’il est encore trop tôt pour savoir avec précision la position des différentes parties.
Il est cependant clair que la médiation est plus que jamais décidée à aller vers la signature d’un accord de paix. Dès lors qu’elle a compris que l’accord était compromis par de profondes divergences d’approche, la médiation a fait venir du renfort à El Aurassi Hôtel. Des diplomates européens aux mouvements armés, tous sont regroupés en un seul lieu pour ainsi « jouer le tout pour le tout ». Si malgré tout, l’accord de paix reste compromis, il y a de fortes chances que la communauté internationale montre ses muscles aux réfractaires. Pour de bon, cette fois ?
Envoyé spécial
A. M. CISSE

source : L Essor

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