Massacre de Ogossagou : la MINUSMA accuse les Donso de crime contre l’humanité

Plus de 40 jours après le drame, on en sait un plus davantage sur ce qui s’est passé, ce 23 mars 2019, à Ogossagou (Bankass) où plus de 157 personnes avaient trouvées la mort dans l’attaque de leur village par des assaillants armés de fusil de chasse et d’armes de guerre. La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), qui avait dépêché sur les lieux une mission d’enquête spéciale au lendemain du drame, vient publier les conclusions préliminaires.

Les conclusions de ce rapport préliminaire étaient au cœur des échanges, ce jeudi 2 mai 2019, entre les hommes de média et Mme Johan ADAMSON, chef adjointe de la MINUSMA en charge des affaires politiques, et de Guillaume NGEFA, et directeur de la Division des droits de l’homme de la Mission à la base opérationnelle de la MINUSMA, route l’aéroport. C’était en présence de par la porte-parole de la Mission, Mme Myriam DESSABLE.

À l’entame de la rencontre, Mme DESSABLES a fait le point des activités réalisées par l’organisation onusienne au cours des deux dernières semaines. À sa suite, les deux conférenciers, Mme Johan ADAMSON et Guillaume NGEFA, ont procédé à la restitution de l’enquête spéciale sur les graves atteintes aux droits de l’homme commises à Ogossagou (Bankass) le 23 mars 2019.

Dans son exposé liminaire, Mme Johan ADAMSON a indiqué que suite à des allégations de graves atteintes aux droits de l’homme, la MINUSMA a déployé, du 25 au 29 mars 2019, une mission d’enquête spéciale pour établir les faits, examiner les circonstances et l’envergure de l’attaque, en identifier les auteurs et situer les responsabilités des acteurs impliqués.

Au terme de l’enquête, a-t-elle fait savoir, la MINUSMA est en mesure de conclure que le samedi 23 mars 2019, aux alentours de 5 h du matin, un groupe composé d’au moins une centaine d’hommes armés, identifiés comme des chasseurs traditionnels (dozos) et accompagnés par une dizaine d’hommes en tenue militaire et d’autres en tenue civile, a mené une attaque planifiée, organisée et coordonnée sur la partie peule du village d’Ogossagou. Selon elle, l’attaque a donné lieu à une confrontation armée ayant opposée les dozos aux éléments armés peuls faisant partie d’un rassemblement de candidats au processus de « désarmement volontaire », installés dans le village et qui s’étaient constitués de facto en groupe d’auto-défense.

Le groupe de chasseurs, supérieurs en nombre et en puissance de feu, a continué d’avancer sur le village, tuant de manière indiscriminée hommes, femmes et enfants, et incendiant les maisons à l’aide de torches et autres combustibles préparés à cet effet.

Au cours de l’attaque, les assaillants ont tué au moins 157 membres de la communauté peule, dont au moins 12 individus appartenant au groupe d’auto-défense. Parmi les victimes, il convient de noter la présence de déplacés peuls qui avaient fui les violences dans d’autres localités du cercle de Bankass, y compris des survivants de l’attaque de la partie peule du village de Koulogon du 1er janvier 2019.

L’enquête a permis de démontrer que les assaillants ont tué par balle une majorité des victimes, dont des femmes et des enfants. Les dozos ont également incendié au moins 220 cases dont certaines, dans lesquelles les villageois s’étaient réfugiés. L’équipe a pu localiser et confirmer l’existence d’au moins trois fosses communes contenant au moins 40 corps dans chacune des deux premières, et au moins 70 corps dans la troisième. Également, au cours de l’attaque, 65 personnes ont été blessées par balle, arme blanche ou d’autres moyens physiques. Quarante-trois personnes, dont 17 enfants, ont été prises en charge à l’hôpital de Sévaré où l’équipe s’est rendue.

De son côté, le directeur de la Division des droits de l’homme de la Mission Guillaume NGEFA, a souligné que malgré son ampleur, cet incident n’est pas isolé, mais s’inscrit dans un contexte d’accentuation progressive des violences sur fond de tensions communautaires dans la région de Mopti, où des groupes d’auto-défense communautaires, possédant des armes de guerre, continuent d’agir en toute impunité.

Dans le seul cercle de Bankass, a-t-il fait savoir, plus de 37 cas d’atteintes aux droits de l’homme ayant causé la mort d’au moins 115 personnes, sont attribuables à ces groupes depuis novembre 2018, y compris lors des attaques perpétrées par des groupes de chasseurs traditionnels à l’encontre de civils, dans les parties peules des villages de Koulogon, Minima Maoudé ou encore Libé, entre janvier et février 2019.

Selon la Division des droits de l’homme et de la protection de la MINUSMA, l’impunité dont bénéficient les groupes d’auto-défense depuis un certain moment au centre du Mali alimente davantage le cycle des violences et d’atteintes aux droits de l’homme commises à l’égard des populations civiles. L’attaque planifiée, organisée, et coordonnée sur la partie peule du village d’Ogossagou s’inscrivait dans un contexte de nombreuses autres attaques similaires par des groupes de chasseurs traditionnels, à l’encontre des populations peules.

De l’avis de M NGEFA, les atteintes aux droits de l’homme documentées à Ogossagou, prises dans leur contexte, pourraient être qualifiées de crimes contre l’humanité en vertu du droit international pénal, particulièrement l’article 7 du Statut de Rome.

Par Abdoulaye OUATTARA

Source: info-matin

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