Mali : l’Islam traditionnel malien résiste au salafisme

Il y a mille ans, l’Islam entrait au Mali. Au gré des évolutions, c’est l’Islam malékite qu’ont choisi les maliens et qu’ils pratiquent traditionnellement depuis des siècles. Mais aujourd’hui, il est menacé par une vaste entreprise de déstabilisation fondamentaliste importée de l’étranger à la fois par la secte Da’waTabbligh et par le terrorisme sahélien.

 

Cette démarche relève bien d’une instrumentalisation de la religion car tous veulent imposer, par l’endoctrinement pour les uns et par la terreur pour les autres, un califat wahhabite à des populations maliennes qui sont pourtant très attachées à leurs pratiques de l’islam traditionnel.

Récemment, à Diago, dans le cercle de Kati, a été inauguré un grand centre culturel et religieux. Pour l’occasion, la région a vu converger des centaines de personnes venues du Pakistan, d’Arabie Saoudite, du Qatar et de Mauritanie. Un markaz de plus certes, mais cette fois-ci financé par des pays étrangers et son inauguration est venue consacrer l’entrisme de la secte Da’waTabbligh au Mali. L’objectif est simple : devenir le haut lieu de la diffusion du salafisme rigoriste dans la sous-région.

Mais ce markaz n’est qu’une illustration de l’installation dans tout le pays d’un islam fondamentalisme. Des prêcheurs diffusent cette idéologie insidieusement dans les rues, dans les villages, près des mosquées et des imams venus de l’étranger endoctrinent les plus vulnérables pour les préparer à la guerre.

C’est de ce radicalisme salafiste que se réclament les terroristes du Nord et du Centre du pays ; la même secte Da’wa a d’ailleurs formé les chefs d’Ansar Eddine et de la katiba Macina à leur prédication. Le propre des groupes djihadistes est de dispenser à leurs combattants un islam dénaturé, dénué de fond religieux qui relève de l’endoctrinement et de la manipulation.

A travers le salafisme et le wahhabisme, le JNIM, Ansarul Islam, l’EIGS et d’autres au Sahel tentent d’imposer une nouvelle religion, de nouveaux cultes et travestissent la charia. Nous l’avons vu en 2012, à Tombouctou et Gao, lorsque leurs qadis infligeaient, « au nom de l’Islam », des châtiments corporels d’une rare cruauté devant des populations traumatisées par ces pratiques jusqu’ici inconnues au Mali. Les terroristes révélaient alors au monde entier le vrai visage de leur idéologie.

Heureusement, les populations du Mali sont très attachées à leur Islam traditionnel, solidement ancré dans la société, fait de pratiques coutumières et de rites propres à chacun. C’est pourquoi il n’y a pas une seule façon de vivre l’Islam au Mali : chaque région, chaque ethnie, chaque communauté a su adapter le soufisme à son mode de vie et à ses pratiques.

C’est ce qui fait la richesse de l’islam malien et constitue le rempart auquel se heurtent ceux qui veulent imposer une charia étroite aux interprétations douteuses. Ils ont tenté d’ancrer « leur Islam » par la terreur du djihadisme, mais les populations ont ouvert les yeux et ont rejeté cette entreprise. Cependant, il faut être vigilant car le fondamentalisme ne s’interdit aucune manœuvre de déstabilisation de la société pour s’imposer. C’est alors aux institutions religieuses maliennes d’adopter le bon discours auprès du peuple malien pour continuer à préserver « notre Islam ».

Ibrahim Keïta
Page FB : Association des Victimes du Terrorisme au Mali – @HalteTerrorismeauMali
Twitter : @IKeitala

Source : Malivox

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