EDITO : Non à la justice sélective !

Du « worosongo » (prix du cola) au « sourafen » (ce qu’on donne la nuit), les pratiques corruptives ont toujours gangrené la société malienne depuis la nuit des temps. Des initiatives ont été prises au sommet de l’État pour endiguer le phénomène mais elles ont toujours été mises en échec. Par qui ?  Allez savoir !

En effet, notre pays capitalise plusieurs expériences nationales en matière de lutte contre la corruption et de détournements de deniers publics. Comment et pourquoi lesdites expériences ont-elles échoué ? Quel a été l’apport des magistrats pour éviter l’échec de ces expériences ?

Il est remarquable de noter que les deux premières expériences du Mali, en la matière ont débouché sur des changements de régime politique. La première expérience, connue sous le nom de « RÉVOLUTION ACTIVE », se proposait d’assainir les pratiques administratives et financières à travers une série d’opérations de lutte populaire contre l’enrichissement illicite, dont les plus connues furent «l’opération taxi» (réalisée) et «l’opération villas» qui ne vit pas le jour. Et pour cause !

Car «l’opération véhicules», nom officiel de l’opération taxi, déclenchée le 28 juillet 1967, a vu ses résultats rendus publics le 25 novembre 1967, au cours d’un meeting populaire au stade Omnisports de Bamako. Le 19 novembre 1968, un coup d’État militaire emportait le régime socialiste de l’Union soudanaise RDA et la 1ère République.

La seconde expérience, entamée sous le signe d’une « moralisation de la vie publique », a vu la mise en place le 20 mars 1987, d’une Commission d’enquête sur les crimes d’enrichissement illicite et de corruption (loi n° 87- 26/ AN-RM du 20 mars 1987). Le 26 mars 1991, une insurrection populaire doublée d’un coup d’État militaire, emportait la 2ème République. De sa mise en place au jour d’aujourd’hui, aucun résultat d’enquête de la Commission ne fut publiée. Malgré les discours officiels, malgré un appareil répressif exceptionnel (la Cour spéciale de sûreté de l’État, instituée par la loi n°79- 19/ AN-RM du 26 décembre 1979), malgré une législation de plus en plus répressive et qui s’est perfectionnée au fil du temps, une des revendications majeures des insurgés de mars 1991 fut : « KOKAJE » ! C’est-à-dire l’assainissement. C’est dire qu’au Mali, c’est généralement  »le voleur qui crie au voleur ». Le « forobafen » (la chose publique) a toujours été la propriété privée d’une certaine élite. Un opérateur économique de la place n’a t-il pas dit un jour que le Président de la Cour suprême était le magistrat le plus corrompu au Mali ? L’ambassadeur d’Allemagne au Mali, S.E Dietrich Becker, en fin de séjour, à clamer haut et fort qu’il « n’encouragerait pas un Allemand à investir au Mali vu l’état de corruption de la justice ». Alors !

Certains dignitaires du régime déchu d’IBK ont été arrêtés et par voix de presse nous entendons que des mandats de dépôt sont déjà prêts pour d’autres. Plusieurs noms circulent. Sur la forme et le fond, les premières arrestations orchestrées par la Cour suprême divisent même la famille judiciaire. Une chasse aux sorcières, une vraie justice, une justice des vainqueurs ou instrumentalisé ? En tout cas, la justice sélective n’a jamais été la bonne solution. D’ailleurs si on devrait mettre en prison tous ceux qui se sont enrichis sur le dos de l’État ces trois dernières décennies la Maison centrale d’arrêt de Bamako(Mca), encore moins la nouvelle prison de Kiniéroba, ne suffirait pas pour les accueillir. Des « guides spirituels » aux simples agents de l’administration publique en passant par les hauts gradés de l’armée (devenus des milliardaires) et les opérateurs économiques, tout le monde s’est servi dans les caisses publiques. Que celui qui n’a jamais goûté à l’argent public jette la première pierre !

La Rédaction

Source: Le Démocrate 
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