Djibril Bassolé, ministre burkinabè des Affaires étrangères : « Aujourd’hui il y a eu une escalade de la violence qui nous fait reculer »

Dans le Nord du Mali, la guerre recommence-t-elle, comme en 2012 ? Après les violents combats, mercredi à Kidal, la question est posée. Ces dernières années, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibrill Bassolé, a été le médiateur de la Cédéao, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest, entre Bamako et les rebelles du Nord Mali.

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RFI : Avec la prise de Kidal par les groupes armés, n’est-on pas en train de revenir deux années en arrière ?
Djibril Bassolé : Oui déjà avec l’incident tragique du 18 (Ndlr, 18 mai 2014), nous avions déploré une violation gravissime de l’accord du 18 juin de Ouagadougou et maintenant avec la crise de Kidal qui a supposé un affrontement direct entre les forces armés maliennes et les groupes armés, évidement l’accord du 18 dans sa partie cessation des hostilité et cessez-le feu est mis en mal mais un incident aussi tragique soit-il ne doit pas compromettre définitivement nos efforts et nos espoirs d’aller à une paix durable.

Alors jusqu’au 18 mai dernier, il y’avait malgré tous des efforts de part et d’autres pour se parler, les groupes armées s’étaient réunis à Kidal précisément pour mettre au point une plateforme commune, Bamako était en contact avec ces groupes, qu’est-ce qui a fait déraper tout cela ?
Alors c’est vrai, il faut saluer les efforts qui ont été faits en particulier celui qui a consisté à définir les modalités pratiques de mise en œuvre du cantonnement. Les partis signataires de l’accord de Ouagadougou ont défini que les forces impartiales avec la Minusma les modalités de ce cantonnement et ça c’était pour nous une avancée significative. Malheureusement la visite gouvernementale en tourné court à provoquer, je pense des ressentiments d’aller jusqu’à un accrochage violent et j’ai l’impression qu’on n’arrive pas à en sortir. Nous en profitons en tous cas, nous en tant que pays voisin, en tant médiateur de la Cedeao, nous en appelons à toutes les parties signataires de l’accord de Ouagadougou de vraiment renoncer à l’usage des armes et que très rapidement toutes les initiatives en cours soient prise en compte par les partis.

Voulez-vous dire que la visite du premier ministre samedi dernier était peut être précipité ?
Je n’oserais pas la qualifier parce que de toute les façons si vous le voulez bien, l’accord de Ouagadougou prévoyait un redéploiement de l’administration d’Etat du Mali sur toute l’étendue du territoire y compris à Kidal. Mais il fallait certainement créer d’avantage de confiance. Faire en sorte que la normalisation soit un processus auquel finalement tout le monde adhère.

Il aurait fallu peut être mieux préparer cette visite ?
Il aurait fallu en tout cas que toutes les parties soient en confiance, que le dialogue soit amorcé et qu’une visite gouvernementale apparaisse comme tout à fait régulière et normale aux yeux de tous
Mais le premier ministre, Moussa Mara dit que Kidal fait partie du territoire malien et qu’il est tout à fait en droit de s’y rendre.
Non seulement Kidal fait partie du territoire malien, mais l’accord de Ouagadougou prévoit bien que l’administration du Mali se déploie normalement sur toute l’étendue du territoire. Mais voyez-vous, c’est un processus de normalisation que nous avons entrepris. Il y a eu des gestes de bonne volonté ; nous avons pu organiser les élections présidentielles et législatives. Ce qui était un atout considérable. Maintenant par rapport au fonctionnement régulier des structures administratives, certainement que nous avions besoin de préparer les esprits, de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’incidents regrettables. L’incident du 18 mai malheureusement a mis en mal la confiance. Et aujourd’hui il y a eu une escalade de la violence qui nous fait effectivement reculer comme vous l’avez indiquez.

Est-ce qu’il n’y a pas aux côtés du Mnla, des combattants djihadistes d’Aqmi comme le dit Bamako aujourd’hui ?
Je ne saurais le dire, mais en règle générale, lorsque les situations de violences généralisés se produisent, les complicités se nouent évidement dans tous les sens.
Est-ce que ce n’est pas ça le principal danger aujourd’hui ? Que les djihadistes profitent de cette percée du Mnla pour s’engouffrer dans la brèche.
Ça c’est claire et c’est ce que nous avions déclaré d’ailleurs au lancement de la rébellion en 2012 aujourd’hui le même phénomène peut se reproduire.

Beaucoup de gens aujourd’hui à Bamako sont choqués par l’inaction des casques de la MUNISMA qui ne sont pas intervenus lors des combats entre l’armée malienne et le MNLA hier à Kidal ?
Oui bon, je peux comprendre que dans un état de choc qu’on puisse supporter ce genre d’appréciation mais tout ce que je sais les forces des Nations Unies qui sont déployées ont des protocoles d’engagements qui sont assez stricts et qui peuvent ne pas effectivement correspondre au besoin des réactions immédiates. Pour ma part, je crois que nous avons besoin le Mali, la Sous-région, la CEDEAO, la Communauté Internationale de faire plutôt bloque. Il y a eu une formidable mobilisation de la Communauté internationale au chevet du Mali je pense que ça c’est un atout considérable qu’il faut préserver parce que le plus difficile à mon avis est encore à venir.

C’est-à-dire pour vous l’urgence c’est un cessez-le-feu ?
L’urgence c’est de faire appliquer le cessez-le-feu et de faire mettre en œuvre les dispositions pertinentes de cantonnement prévu par l’accord de Ouagadougou et on arriverait à un dialogue inclusif comme c’est prévu lequel dialogue prévoira

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un programme DDR qui pourra complètement désarmer mouvements signataire de l’accord.
Source : RFI

Source: Lerepublicainmali

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