Dialogue avec les djihadistes : une nette divergence de vues entre Paris et Bamako

Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean Yves le Drian, en visite hier au Mali, pour la signature de 5 importantes conventions, pour une enveloppe estimée à 93 milliards de FCFA,  a évoqué, comme on pouvait s’y attendre, l’impossibilité de « dialoguer avec les djihadistes ». C’était à la faveur d’un point de presse co-animé par le chef de la diplomatie française et le Premier ministre malien, Moctar Ouane.

En effet, le ministre français, en visite de deux jours au Mali, a été on ne peut plus clair sur la position de la France, à savoir : « vaincre le terrorisme par les armes ».

Pour le ministre Le Drian, il est impossible de dialoguer avec les terroristes. Une stature de l’Elysée, relativement accentuée par les récents évènements en France, ayant causé la mort de Samuel Paty, le professeur d’histoire.

Cependant, cette posture adoptée par la France n’est pas partagée avec les autorités maliennes de la transition. La réaction côté malien ne s’est pas fait attendre. La preuve, le chef du gouvernement n’a pas hésité à recadrer son célèbre hôte français : « Le dialogue national inclusif a clairement indiqué la nécessité d’une offre de dialogue avec les groupes armés » a-t-il rappelé à Jean Yves le Drian. Cela, a-t-il souligné, « le Mali ne bannit plus de possibles dialogues avec les terroristes ».

Contrairement à la France, favorable pour une intensification de la guerre contre le terrorisme, l’ONU est d’avis avec les autorités maliennes sur un éventuel dialogue avec les djihadistes. Ainsi, rappelle le Premier ministre malien, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, dans un entretien accordé au Quotidien français le Monde, il y a une semaine « n’excluait pas la possibilité de dialoguer avec les groupes ».

Mais, en en croire, le chef de la diplomatie française, la position de la France serait celle des autres pays du G5 Sahel, et celle du Conseil de sécurité de l’ONU.

Une déclaration tendancieuse, battu en brèche par le Premier ministre, qui a rappelé les résolutions du DNI, tenu du 14 au 22 Décembre 2019, à Bamako, qui étaient de prendre langue avec des groupes armés qui sévissent au Nord et au centre du Pays.

Outre la volonté populaire des maliens clairement exprimée sur la question, il n’est un secret pour les autorités maliennes ont noué le contact, à travers des médiateurs, avec le chef djihadiste Iyad Ag Ghaly, pour obtenir la libération de deux « précieux » otages, qui étaient même devenus une priorité d’ordre national, dont l’obtention est à l’actif du gouvernement de transition malgré les supputations sur la contrepartie jugée de trop.

En tout cas, cette divergence de vues entre Paris, Bamako et le Conseil de sécurité de l’ONU, les trois principales forces militaires engagées sur le terrain dans la lutte contre le terrorisme, dénote aussi de la divergence des intérêts de chaque partie.

Pour Bamako, si les armes tardent à prouver leur efficacité à bannir le terrorisme, pourquoi ne pas tenter l’option dialogue. Une position qui n’arrange pas la France et même le Conseil de sécurité des Nations Unies à travers la MINUSMA qui ont plutôt intérêt à ce que la guerre contre le terrorisme au Sahel perdure le plus longtemps que possible.

De Gaule ne disait-il pas « la France n’a pas d’amis, mais des intérêts ». Mieux, aujourd’hui, plus que jamais, « la guerre est une puissante industrie créatrice d’emplois et de richesses, dont l’ONU en est le principal actionnaire ».

Leur forte présence au Sahel, depuis des années, auprès des forces armées militaires nationales dans la lutte contre le terrorisme, sans succès, est la parfaite illustration.

Ousmane Tangara

Source: Bamakonews

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