Déclaration sur la cérémonie de signature au Mali

Au nom des États-Unis d’Amérique, je félicite le peuple malien pour la cérémonie de signature d’aujourd’hui (vendredi 15 mai). Cet accord de paix -produit de huit mois de négociations et soutenu par de nombreux partenaires internationaux du Mali- représente les aspirations du peuple malien à vivre en paix. Nous reconnaissons les parties qui ont signé l’accord aujourd’hui et nous exhortons ceux qui ne l’ont pas fait à redoubler leurs efforts pacifiques et signer l’accord dans un avenir proche – le peuple malien mérite la paix et ne peut attendre indéfiniment. Alors que nous nous retrouvons pour commémorer cette étape importante dans le processus de paix, nous reconnaissons qu’aucun document ne peut répondre à toutes les doléances ou résoudre tous les différends.

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Par contre, cet accord établit un cadre important pour les parties prenantes de pouvoir travailler ensemble dans l’intérêt du peuple malien. En effet, le travail à faire pour assurer la signature de toutes les parties et mettre en œuvre les aspects de gouvernance, le développement, et de sécurité de cet Accord sera au moins aussi difficile que le chemin de huit mois qui nous a conduits ici. Pour traduire cet accord en une paix durable toutes les parties devront faire preuve de volonté de négocier, de faire des compromis et de résoudre leurs différends par le dialogue, plutôt que par la violence. Nous appelons toutes les parties à rétablir et maintenir le cessez-le-feu. Aucune provocation et violation du cessez-le-feu ne peut être acceptée. Les Etats-Unis d’Amérique continueront à soutenir le peuple malien tout au long de cette période importante et au cours des années à venir. Nous sommes engagés à travailler ensemble pour soutenir une paix durable, le retour des services de base dans le nord, le développement économique de tout le Mali, et la réconciliation nationale sincère de tous les Maliens.

La Sous-secrétaire adjointe chargée des questions de politique économique de l’Afrique de l’Ouest et sub-saharienne, Ambassadeur Bisa Williams

 

Migration : s’enrichir, c’est ce qui est important !

Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés annonce 50 millions de migrants dans le monde aujourd’hui, toutes régions confondues, chiffre inédit depuis 1945.  En moyenne, ils sont 550 par jour à tenter de franchir la mer méditerranéenne pour rejoindre les côtes de l’Europe. On les appelle les migrants. 

Mois après mois, semaine après semaine, les Européens s’émeuvent en voyant la Méditerranée devenir un immense cimetière marin. Beaucoup s’indignent car les migrants qui ont survécu sont maltraités, voire abandonnés, dans des campements de fortune où ils attendent l’opportunité de rejoindre le pays où une nouvelle vie pourra commencer. Beaucoup d’Européens s’inquiètent. Ces migrants sont-ils venus envahir l’Occident ? Pourquoi viennent-ils alors que la crise économique limite déjà les chances pour les jeunes Européens de trouver un emploi ?

Un migrant est un être humain contraint de quitter son lieu de résidence, principalement pour des raisons économiques ou politiques. Il fuit le dénuement extrême, la guerre ou les répressions violentes d’un régime dictatorial. Un migrant est un désespéré qui préfère risquer sa vie sur ce parcours plutôt que de la risquer en restant chez lui. Depuis deux ans et demi maintenant, plus de 60 000 ont fui la guerre en Syrie, et 35 000 ont voulu échapper aux répressions en Erythrée. Ces hommes, ces femmes et leurs enfants cherchent un refuge. L’immense majorité transite par la Libye où attendent d’autres migrants, souvent originaires d’Afrique sub-saharienne, qui eux sont partis à la quête d’une vie économique meilleure pour eux-mêmes et leurs familles restées derrière.

Quelle que soit leur origine, tous les migrants s’en remettent à des passeurs pour qui ils sont devenus un business lucratif. Ces trafiquants d’êtres humains exigent de chaque candidat à la traversée entre 800 et 2500€ avant de le laisser embarquer sur un rafiot sur lequel ils l’abandonneront aux intempéries, à la faim, à la soif, à la Méditerranée qui, en moyenne, devient le tombeau de 9 personnes par jour. Les pays européens cherchent actuellement une solution commune pour se répartir ceux qui parviennent à franchir leurs frontières.

Les thématiques migratoires sont également à l’agenda ailleurs. Réunis à Niamey, le 14 mai dernier, les pays du G5 du Sahel, (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) ont déclaré vouloir faire face ensemble à la menace terroriste et aux trafics de migrants. Il y a « nécessité de fédérer les efforts » pour « apporter une réponse durable aux défis sécuritaires et migratoires qui dépassent largement la capacité des États », a affirmé Najim Elhadj Mohamed, le secrétaire permanent du G5 du Sahel. Le président nigérien Mahamadou Issouffou a déclaré que «les gens quittent les pays pauvres parce que, tout simplement, leur situation est intenable. C’est pour cela qu’il faut attaquer le mal à sa racine. Attaquer le mal à sa racine, c’est envisager comment créer les conditions de développement économique et social des pays d’origine.» Attaquer le mal à la racine, c’est bien ce qu’il faudrait faire, en effet ! Mais ce ne sera possible que si la vérité est enfin dite et reconnue par tous ceux qui la taisent sachant très bien qu’ils en sont les coupables.

Personne n’ignore les causes profondes, lointaines et actuelles de l’émigration économique. Personne n’ignore que les entreprises transnationales bénéficient de contrats qui les exonèrent de la plupart des taxes en vigueur dans le pays où elles exploitent les ressources naturelles et humaines. Personne n’ignore que ces multinationales ne respectent pas non plus la Charte des Valeurs, censée les obliger à participer à l’amélioration de l’Indice de développement des populations. Personne n’ignore que, depuis les années qui ont suivi les indépendances en Afrique, les décideurs locaux et la minorité qui leur est inféodée s’enrichissent illicitement en piochant dans les deniers publics, au mépris des populations réduites à l’extrême pauvreté.

Personne n’ignore que les puissances occidentales et les institutions financières internationales, sous couvert d’aide au développement, ne cessent d’octroyer aux Etats des prêts qui augmentent le fardeau de la dette publique, et dont les conditionnalités anéantissent le peu qui reste des services publics de base comme l’accès à la santé, à l’éducation et à l’eau. Personne n’ignore que l’absence totale de perspective d’avenir pour les moins de 25 ans, eux qui composent plus de la moitié de la population africaine, est une bombe qui a commencé à exploser entre les mains de ceux qui croyaient pouvoir tirer les ficelles encore longtemps, qu’ils agissent sur le Continent ou depuis l’Occident. Personne aujourd’hui n’ignore les causes de l’émigration sécuritaire et politique. Personne n’ignore que les enjeux pétroliers, la course aux profits de vente d’armes, les rivalités locales, et les interventions militaires internationales ont provoqué l’instabilité qui prévaut au Moyen Orient, que beaucoup fuient, mais qui est aussi devenu le sanctuaire de tant de bandits. Personne n’ignore rien, mais tous se taisent. Ils laissent faire car ils en profitent tous. Les zones de non-droit bénéficient à tellement de monde ! Le terrorisme et tous les trafics y font leur lit partout, et depuis longtemps ! On nous rebat les oreilles avec la phrase culte «pas de développement sans paix», répétée à l’envi par tous ceux qui savent parfaitement où et par qui le manque de développement a été enraciné.

Lors de la cérémonie de signature de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, ils l’ont redite ! Le développement du Maliba, c’est ce que toutes les Maliennes et tous les Maliens espèrent du fond du cœur. Mais comment peut-on croire tous ces gens, nationaux et internationaux, eux qui sont comptables passés et actuels de la situation ? Ces gens peuvent dormir sur leurs deux oreilles. De nouvelles aides seront budgétisées et décaissées pour combattre la pauvreté, juguler l’émigration et repousser le terrorisme. Personne n’ignore qu’elles contribueront, elles aussi, à l’enrichissement de tous ceux entre les mains desquels elles passeront. Finalement … c’est ce qui est important, n’est-ce pas ?!!!

Françoise WASSERVOGEL
Source : Le Reporter

 

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