Crise de l’état : Avis de recherche : citoyen malien cherche Etat responsable

Certains événements de ces dernières semaines montrent à suffisance l’absence d’un Etat digne de ce nom et le glissement dans une ère à hauts risques. Les principaux acteurs de ces événements ont pour noms : Ibrahim Boubacar Kéita (en tant qu’incarnation de l’Etat ou de ce qui en reste), les leaders religieux Mahmoud Dicko (président du Haut conseil islamique du Mali) et Chérif Ousmane Madani Haïdara, patron d’Ansardine (différent de la version Iyad Ag Ghali).

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Commençons d’abord par le président du Haut conseil islamique du Mali, Mahmoud Dicko. De nombreux Maliens sont convaincus que c’est lui qui a fait éjecter le fougueux Daniel Tessougué de son fauteuil de procureur général. Vrai où faux, on n’en sait pas trop. Toujours est-il que le timing choisi par le pouvoir plaide en faveur de ceux qui pensent que M. Dicko a eu raison de celui qui avait osé s’attaquer à lui, en estimant que ces propos au sujet de l’attentat de Radisson Blu pourraient être interprétés comme un encouragement au terrorisme.

Tessougué avait ensuite été diffamé lorsque des gens mal intentionnés lui avaient fait dire qu’il fallait “raser la barbe” aux islamistes. Alors que face à l’évolution inquiétante de la situation sécuritaire, il avait simplement suggéré – à juste titre – qu’il était temps de réguler le secteur de la religion, de toutes les confessions d’ailleurs, puisqu’il n’avait pas cité nommément une quelconque religion. Bref, on pourrait penser à l’existence d’un complot contre le magistrat, même si d’aucuns soutiennent que l’actuel ministre des Domaines de l’Etat, Me Bathily, aurait déjà tenté de le révoquer alors qu’il était à la Justice.

Dans tous les cas, quelques enseignements se dégagent de ces différents “incidents”. Tout d’abord, il faut reconnaitre un “défaut” chez Tessougué, c’est qu’il parle un peu trop, se fait trop médiatiser, souvent sans égards pour sa hiérarchie. Peut-être agit-il ainsi au nom de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice ? Ce faisant, peut-être ne se rend-il pas compte assez que nous avons une démocratie naissante et balbutiante et que cette indépendance de la justice “dont on parle ne l’est que de nom”.

Au même moment, on ne peut trop le blâmer pour une telle témérité, car il faut bien des hommes et femmes de cette trempe pour faire bouger les lignes. Daniel Tessougué est perçu aujourd’hui par de nombreux Maliens comme un héros national. Surtout quand il a osé contester les propos d’IBK au sujet des dossiers de corruption prétendument remis à la justice. Il faut dire que cette seule contestation aurait pu suffire à le faire débarquer par un président qui n’aime pas la contestation, qui plus est, venant d’un “subordonné” qui doit respect et obéissance au chef suprême de la magistrature.

 

Dossiers controversés de Tessougué

Malgré son aura, Daniel Tessougué a eu à gérer des dossiers dont le dénouement a été largement incompris. C’est le cas de l’affaire dite du “Fonds mondial”. Le procès de “l’affaire du Fonds mondial” a eu lieu sous la transition quand le fameux Malick Coulibaly était ministre de la Justice. On se souvient que, malgré les preuves évidentes et les aveux des personnes impliquées dans cette affaire, Daniel Tessougué avait estimé que ce fut “un gâchis” d’avoir privé de liberté l’ex-ministre de la Santé, M. Touré et les autres agents impliqués.

Tous les inculpés avaient été libérés, hormis un seul. Cela, les Maliens ne l’ont jamais  compris, d’autant plus que certaines personnes s’étaient enrichies sur la misère de nombreux malades du Sida, de la tuberculose, du paludisme. Un autre dossier controversé est celui du maire du district, Adama Sangaré, pour qui Tessougué aura été une bouée de sauvetage, malgré les nombreux torts qu’il a causés à beaucoup de Maliens.

Comme tout Malien, Daniel Tessougué n’est pas sans reproche. Mais le timing choisi par les autorités n’est pas non plus sans reproche. Compte tenu de tous les événements survenus en rapport avec les leaders musulmans, le pouvoir aurait dû reporter sa décision. En agissant comme il l’a fait, on peut déduire qu’il a tout simplement voulu contenter ceux-là qui ne cessent de dire le lui avoir servi de marchepieds pour Koulouba. Quand on sait, par ailleurs, que Daniel Tessougué est aussi une sorte de “symbole” d’une autre confession (le christianisme) et que la décision prise est de nature à heurter une autre communauté religieuse du Mali, alors le moment a été vraiment mal choisi. En somme, la décision gouvernementale n’est que le reflet d’un pilotage à vue, d’une faiblesse de l’Etat, dont les leaders musulmans ont pu profiter… Ils en profiteront certainement encore.

 

Mahmoud Dicko va-t-il rééditer son “exploit” ?

De nombreux Maliens sont convaincus qu’après Tessougué, le président du HCI va se payer la tête du ministre des Affaires religieuses et du Culte, Thierno Amadou Oumar Hass Diallo. Pour rappel, à l’occasion de la présentation des vœux de nouvel an, M. Dicko a mis à nu la nature des rapports ou plutôt l’absence de cadre de collaboration formel entre la tutelle et le Haut conseil islamique.

De notre point de vue, les revendications de M. Dicko sont légitimes d’autant plus qu’il importe de préciser les prérogatives des uns et des autres. Mais le format choisi par le président du HCIM a ressemblé plus à une sortie médiatique de nature à fragiliser, voire humilier le département de tutelle et partant tout l’exécutif. D’où une certaine conclusion hâtive chez certains que les jours de Thierno H. Diallo étaient désormais comptés. Il l’a échappé. Mais pour combien de temps ? Ce ministre, faut-il le souligner, a beaucoup souffert depuis la catastrophe de Mina (Arabie saoudite) jusqu’au pamphlet de M. Dicko, en passant par ce qui n’est ni plus ni moins qu’une humiliation subie auprès de Chérif Ousmane M. Haïdara à l’occasion du Maouloud.

 

L’Etat et Chérif Ousmane Madani Haïdara

Qui de l’Etat ou de Chérif Ousmane M. Haïdara est allé un peu trop loin dans les événements de ces dernières semaines ?

Le Maouloud 2015 et l’état d’urgence décrétés au même moment ont fait couler beaucoup d’encre et de salive. Nombreux sont les Maliens qui n’ont pas compris l’instauration de l’état d’urgence à quelques jours du Maouloud. En effet, connaissant l’afflux des fidèles aux prêches de Haïdara, ce fut un peu gauche de la part des autorités de prendre cette mesure.

Ensuite, des rumeurs circulaient, selon lesquelles une certaine tendance, précisément la tendance wahhabite (dont fait partie le président du HCIM) aurait voulu empêcher l’organisation de la cérémonie. Or, pour qui connaît la rivalité entre les différentes tendances, doublée d’une certaine frustration liée au fait que le HCIM soit dirigé par une mouvance minoritaire, la décision gouvernementale était vraiment mal venue.

Que dire, par ailleurs, des réactions de Chérif Ousmane M. Haïdara ? N’ont-elles pas été disproportionnées ? Le célèbre prêcheur s’est offusqué qu’il n’y avait pas d’agents de sécurité sur la place du prêche. Mais sans l’affirmer, en raison de la menace terroriste, les agents de sécurité ont pu s’habiller en “civil” et se fondre dans la masse pour passer inaperçus et agir plus efficacement. Mais il y a surtout eu une scène qui a été mal perçue.

En effet, lorsque le ministre Thierno Hass Diallo est arrivé sur place au nom du gouvernement, il a demandé au prêcheur d’organiser la séance du lendemain (dite de bénédictions) dans la journée. Séance tenante, le Chérif a plutôt demandé l’avis de ses partisans, laissant entendre que c’est cela qui compte. Ceux-ci ont donné leur accord. Autrement, le prêcheur l’a clairement dit, il n’aurait pas suivi la recommandation gouvernementale. Ce qui a d’ailleurs fait titrer des confrères : “Qui gouverne le Mali ?”

Une chose est sûre : le ministre Diallo a essuyé une grande humiliation qui en dit long sur la faiblesse, voire l’absence d’Etat. D’ailleurs le célèbre prêcheur l’aurait fait remarquer plus tôt : “Il n’y a pas d’Etat… chacun veut un morceau du Mali, mais le problème est qu’il n’y a plus de Mali”,  aurait-il dit en substance quelque temps plus tôt.

Le Chérif est allé plus loin encore quand il a déclaré publiquement “l’installation à Koulouba d’un imam” ou encore quand il a dit que “lorsque un pouvoir s’attaque au Maouloud, c’est qu’il va vers son déclin”. Ce furent là des propos excessifs dont il aurait pu se passer, lui dont la grandeur jusque-là vient du fait de n’avoir jamais cherché à abuser de l’aura et de la puissance qui sont les siennes. Nous estimons d’ailleurs que c’est une des raisons principales qui ont poussé les autorités françaises à le prendre en sympathie et à le décorer, pensant qu’il serait le meilleur rempart contre tout extrémisme religieux au Mali.

 

L’absence d’Etat

Quand un Etat décrète l’état d’urgence pour être ensuite incapable de le faire appliquer ; quand un “Etat” va jusqu’à vider le contenu d’une mesure dans le seul but de justifier l’injustifiable ; quand ce même Etat va jusqu’à présenter des “excuses” pour des situations qu’il aurait pu et dû gérer en toute responsabilité… cela veut dire que ça va vraiment mal. Et que tous ensemble, nous devons nous mobiliser… Pour sauver ce qui reste de la mère patrie.

La Rédaction

Source : Le Point

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