Comme Tiébilé Dramé, l’amenokal de Kidal, Mohamed Ag Intalla, appelle à négocier avec les jihadistes maliens pour que ceux-ci nous aident à chasser les jihadistes étrangers

Dans une grande interview (ce qui n’est pas dans ses habitudes) accordée à nos confrères de l’Indépendant, l’amenokal de Kidal, Mohamed Ag Intalla expose ce qui lui parait être de bonnes recettes dans la résolution de la crise malienne.

Mohamed Algabach-Ag-Intallah depute assemble nationale

Il en propose principalement deux : conférer un rôle capital aux chefs traditionnels et religieux, et discuter avec les jihadistes maliens afin qu’après ceux-ci nous aident à nous débarrasser des autres jihadistes venus de l’étranger.

Mohamed Ag Intalla ne semble pas parler au hasard. Il étaye ses propos par des exemples concrets. En ce  qui concerne le rôle des chefs traditionnels et religieux, l’homme souligne que « il est vrai que beaucoup d’acteurs ont contribué fortement à la conclusion de l’accord d’Alger. Mais ce dont on ne parle pas souvent et qu’on a tendance à oublier, c’est le travail fourni par les chefs de fraction et les religieux. La signature de cet accord est le résultat du plaidoyer que nous avons mené discrètement auprès des responsables des mouvements armés. Sans les chefs traditionnels et religieux, la paix au Mali sera très difficile à consolider….Nous sommes un peuple très ancien avec de très vieilles traditions. Puisons au fond de nous-mêmes pour retrouver les ressources nécessaires dont nous avons besoin pour asseoir la paix ». Et pour ne pas attendre qu’ils soient sollicités par l’Etat avant d’agir, Mohamed Ag Intalla et les autres chefs traditionnels et religieux du Mali  notamment les chefs dogons, Arawane, Songhoîs, les notabilités de Bamako et d’ailleurs, ont déjà soumis un programme de sortie de crise à l’appréciation du président IBK, lequel l’a accepté.

L’interviewé souligne que dans les pays où le rôle des chefs religieux est reconnu comme au Sénégal et au Niger, ceux-ci ont pu parer à toute situation de troubles. « Ce n’est pas pour rien qu’il n’y a jamais eu de coup d’Etat ou de troubles sociaux majeurs au Sénégal…..Savez-vous aussi pourquoi il n’y a pas eu de rébellion ou d’invasions terroristes au Niger après la chute de Mouammar Kadhafi comme ce fut le cas au Mali ? Parce que les jeunes qui sont rentrés de la Libye avec des armes ont été dissuadés par des chefs traditionnels. Avec l’appui des autorités nigériennes, ceux-ci se sont dressés contre les jeunes venus de Libye et les ont convaincus à ne pas faire usage de ces armes. Quand on construit une maison, pour qu’elle résiste, elle a besoin d’un bon soubassement sinon elle s’écroule…..Ce sont les chefs traditionnels et religieux qui ont jeté les premières bases de la nation malienne, malheureusement, ils sont ignorés. Nous n’avons rien contre les systèmes politiques actuels en cours dans notre pays mais seulement nous interpellons les décideurs et l’opinion publique à ne pas ignorer ces valeurs qui sont le ciment de notre pays. Que l’on soit chef de guerre ou leader quelconque, l’on est toujours issu d’une communauté, d’une religion ».

L’amenokal Mohamed Ag Intalla apprécie bien le forum de Kidal, prévu pour la fin de ce mois et prévient que si nous ne trouvons pas une solution définitive pour nous débarrasser du terrorisme, le pays sera difficilement stable. « Je pense qu’il faut tenter d’ouvrir un cadre de discussion avec les jihadistes d’origine malienne. Il faut les récupérer, les associer au processus de paix pour qu’en retour ils nous aident aussi à nous débarrasser des jihadistes qui ont envahi notre pays. Les Américains, les Français et les autres puissances sont en train de combattre le terrorisme depuis très longtemps, mais ils ne sont pas venus à bout. Les Américains ont été obligés de prendre langue discrètement avec les Taliban en Afghanistan, les Algériens en ont fait de même avec leurs terroristes. Je tiens à ce qu’il y ait un cadre approprié pour des discussions. Ce n’est pas de la faiblesse. Il s’agit de faire comprendre à ceux qui ont pris les armes pour instaurer la charia, qu’ils sont en déphasage avec notre société. Lorsqu’on va négocier avec eux, on fera venir nos leaders religieux qui ont la maitrise de l’islam pour expliquer ce qu’est réellement la religion musulmane. Beaucoup de ces personnes qui nous combattent sont dans l’erreur mais elles ne le savent pas. Et les discussions me paraissent la voie la mieux appropriée pour leur faire entendre raison… ».

L’Amenokal de Kidal apprécie bien aussi les patrouilles mixtes annoncées entre l’armée malienne et les groupes armés signataires de l’Accord, c’est-à-dire la Plateforme et la CMA.

En tout cas, ce n’est pas la première fois que le débat est posé. C’est le leader du Parena, Tiébilé Dramé qui a été le premier à faire la proposition. Mais il n’a pas été suivi par le gouvernement, lui-même sous l’emprise d’une communauté internationale, notamment la France, qui n’est pas partante pour une telle initiative. Manuel Valls, le Premier ministre français en visite récemment dans notre pays, a écarté un tel projet. Or, qu’on le veuille ou non, la stabilité du Nord du Mali passe forcement par les pseudo-jihadistes.

Synthèse de Abdoulaye Diakité

Source: Autre presse

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