«Cet accord au Mali est un coup d’épée dans l’eau»

Après huit mois de négociations orchestrées par l’Algérie, le gouvernement malien et une partie des groupes armés rebelles ont signé un accord de paix, dimanche, à Alger. Mais ce traité n’a pas remporté l’adhésion de tous. La Coordination des mouvements de l’Azawad (appellation du nord du Mali par les rebelles), dont fait partie le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), a refusé de le parapher, demandant un délai pour soumettre le texte à l’approbation du peuple. Marc Lavergne, directeur de recherches au CNRS, et spécialiste notamment de l’Afrique sub-saharienne, apporte quelques éléments de réponse à 20 Minutes.

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La Coordination des mouvements de l’Azawad n’a pas signé l’accord et demande un délai. Pourquoi ce refus?

Derrière les étiquettes, ces groupes rebelles sont des clans. Traditionnellement, les touaregs se battent pour un accès aux pâturages ou aux puits. Derrière ce refus, on comprend que cela se joue au niveau infra politique. Ce sont des problèmes de concurrences entre groupes armés car je ne pense pas que cette coordination soit aux mains d’influences islamistes ou de puissances étrangères.

En refusant de signer, le MNLA peut-il remettre en cause cet accord?

Le MNLA, en tant que groupe le plus structuré politiquement, tente d’obtenir des garanties supplémentaires, notamment de la part des Algériens et des Français qui sont à la manœuvre. Les dirigeants du MNLA font un peu de théâtre mais ils reviendront à la table des négociations sans relancer le conflit car leur intérêt, c’est aussi de lutter contre les islamistes, tout comme la France. Ils font donc simplement monter les enchères dans les négociations.

Cette signature partielle n’est-elle pas synonyme d’échec pour l’Algérie qui a mené les négociations?

L’Algérie veut se faire passer pour un faiseur de paix, mais on constate, avec ce refus, un manque de préparation en amont. Cet accord est un coup d’épée dans l’eau. On ne règle pas les problématiques de fond avec ce traité, on soigne simplement une blessure alors que le corps entier est malade.

Les demandes des touaregs sur une meilleure reconnaissance de leur langue, de leur culture et de leur citoyenneté sont légitimes. Mais une fois que l’on aura donné plus de pouvoirs aux nomades, notamment en leur attribuant des postes de gouverneurs dans un futur redécoupage administratif au nord du pays, pourquoi ne pas donner également plus de pouvoirs aux autres peuples du Mali? Il ne suffit pas d’acheter les rebelles en réglant les choses de manière sécuritaire pour leur faire déposer les armes. Il est fondamental de repenser l’Etat malien dans son ensemble. La problématique vient du pouvoir central à Bamako.

L’accord signé, la France va-t-elle se retirer du Mali où elle est engagée depuis 2013?

La France ne dispose pas d’une armée aguerrie pour ce type de terrain mais elle ne peut pas retirer ses troupes. La menace de Boko Haram est toujours présente, le Cameroun et le Tchad sont sûrement les prochains foyers de tensions et la France ne peut pas abandonner les Américains, également engagés sur le terrain. Le Mali est une épine mais les forces françaises resteront en veille sur ce territoire.

SOURCE : monde

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