Au Mali, Macron sur le théâtre d’un conflit loin d’être réglé

Pour son premier déplacement hors Europe, le président français a choisi de rendre visite aux forces armées présentes au Sahel. Quatre ans après le début des opérations, la situation reste épineuse.

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C’est joli le désert, on peut y faire de belles images. Même sur une base militaire d’où l’on aperçoit l’immensité ocre à perte de vue. Pour un chef d’Etat français qui, pendant la campagne électorale, avait promis de se rendre rapidement auprès des forces armées en guerre, c’est l’assurance d’imposer une stature qui dépasse l’horizon hexagonal. Pour sa première visite hors d’Europe, Emmanuel Macron se rendra donc ce vendredi au Mali, où l’intervention de la France a permis il y a quatre ans de chasser les djihadistes qui occupaient le nord désertique de ce vaste pays. On peut aisément imaginer qu’il y rappellera l’importance de la lutte contre le terrorisme, en se félicitant de l’action entreprise par nos soldats. Comme François Hollande en janvier, son successeur concédera peut-être, lui aussi, que la guerre est certes loin d’être gagnée. Mais l’impression générale, on peut déjà en faire le pari, sera que cette guerre est «juste» et qu’elle va «dans le bon sens».

C’est loin, le désert. L’opinion française est depuis longtemps bercée par l’illusion que la France a globalement gagné la bataille, en repoussant l’offensive djihadiste dans le nord du Mali. Personne ne met en cause, la légitimité initiale de la décision prise en janvier 2013 par François Hollande et Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, considéré comme le véritable mentor de cette opération militaire qui se poursuit et s’est même élargie à toute la zone sahélienne. Personne ne doute non plus du professionnalisme et du courage des militaires français qui ont perdu 17 des leurs depuis le début de cette opération militaire. Mais après quatre ans de guerre, les discours solennels qui ne manqueront pas d’inonder les écrans à l’heure du journal télévisé risquent de n’offrir qu’un cadrage étroit de la réalité sur le terrain

A Libération, qui n’a pas été convié au voyage officiel prévu ce vendredi, nous avons maintes fois alerté sur les dangereuses dérives observées au Mali, relayant ainsi les rapports d’enquêtes sur le terrain, ou encore les mises en garde répétées de chercheurs comme Yvan Guichaoua ou d’anciens diplomates comme Laurent Bigot. Tous décrivent un pays où les attaques ne cessent d’augmenter, ou les périls, loin de se résorber, s’étendent désormais au centre du pays, où un soldat français a été tué début avril. Début mai, c’est le camp des Casques bleus de l’ONU qui était visé par des tirs d’obus à Tombouctou, la ville qui avait accueilli Hollande en sauveur quatre ans plus tôt. Et deux jours plus tôt, ce sont les forces maliennes qui perdaient huit des leurs dans une attaque au centre du pays.

Dénonçant un engrenage «à l’afghane», Laurent Bigot a maintes fois alerté sur «l’absence de réflexion politique» comme sur «l’opacité de l’action sur le terrain» qui ne fait aucune différence entre les «terroristes tués ou prisonniers», au risque d’aliéner les populations locales. Lors du dernier sommet Afrique-France à Bamako, l’hebdomadaire Jeune Afrique avait révélé que les forces françaises auraient tué un jeune touareg fin novembre dans la région d’Aguelok. Jean-Yves Le Drian avait alors promis de publier début février les conclusions de l’enquête en cours. On les attend toujours. «Dans ce contexte, difficile de rallier les cœurs et les esprits», notait en substance le chercheur Yvan Guichaoua dans un article publié récemment par le site The Conversation. Et dans lequel il s’interrogeait : «A quoi sert-il de sommer les populations de s’éloigner de “terroristes” qui ont les traits familiers de voisins, parents, et parfois – au prix de grandes souffrances psychologiques – de vos propres enfants ? Quel sens y a-t-il à choisir le camp étatique lorsque l’Etat est vu comme l’origine même de vos tourments ? Quelle confiance accorder à l’injonction de se distancier des terroristes émanant d’hommes surarmés, envoyés par l’ancien colonisateur, qui ne partagent ni votre langue ni votre religion ?» Autant de questions qu’aucune belle image n’arrivera à résorber. Mais dont on espère que le nouveau Président, qui souhaite si souvent incarner la rupture, saura se saisir

Par Maria Malagardis

liberation.fr

Source: Le Républicain

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