Attaques terroristes : La stratégie de la psychose

 Les attaques terroristes contre les Forces armées maliennes (FAMa) se sont intensifiées ces derniers jours. Plusieurs localités du pays sont visées par ces attaques qui se soldent par des morts et des dégâts matériels souvent importants. La dernière attaque est survenue, mardi soir, à San (Centre). Selon nos informations, les assaillants ont attaqué la brigade territoriale de la gendarmerie de la localité, aux environs de 20 heures. Ils ont blessé un gendarme, saccagé les locaux et brûlé quatre véhicules et deux motos.

 

Selon le commandant de la brigade, le lieutenant Bakari Kéfa Traoré, les agresseurs sont venus du côté sud-est de la ville sur des motos tricycles. Après avoir commis leur forfait, ils se sont retirés, tranquillement, en prenant la route de Ténéni.

Le constat qui s’impose est que les groupes armés terroristes sont de plus en plus audacieux dans leur entreprise criminelle. En effet, ils n’hésitent pas à frapper là où on les attend le moins. Pour preuve, ils ont ciblé, lundi dernier, Hèrèmakono, localité frontalière avec le Burkina Faso, à une trentaine de kilomètres de Sikasso. Des hommes lourdement armés ont attaqué nos forces de défense et de sécurité, aux environs de 3 heures du matin. Ils ont saccagé le poste de la douane et celui de la gendarmerie, brûlé plusieurs véhicules appartenant aux douaniers et des véhicules de transport. Un chauffeur en transit a succombé à ses blessures. Un autre, grièvement blessé à la jambe, a été admis à l’hôpital pour des soins.

Le mardi 2 mars, les forces du mal ont tendu une embuscade à une mission d’escorte des FAMa, aux environs de 16 h10 dans le secteur de Gathi-Loumou, à 33 km au Nord-Ouest de Youwarou. Les échanges de tirs qui ont duré plusieurs minutes, ont finalement tourné à l’avantage de nos militaires qui ont neutralisé quatre terroristes, récupéré un pistolet mitrailleur et un talkie walkie.

Trois jours auparavant, les ennemis de la paix avaient attaqué le poste de sécurité de Saye, dans le Cercle de Macina. Après d’intenses combats, les assaillants ont pris la fuite, laissant derrière eux un engin explosif improvisé (EEI), constitué de deux bidons de cinq litres bourrés d’explosifs.

D’autres groupes armés terroristes s’étaient déjà signalés dans la localité de Bandiagara. En effet, dans la nuit du 25 février dernier aux environs 21h20, ils ont ciblé la base du détachement de Dialoubé à Bandiagara et l’escadron de la gendarmerie avec des armements lourds. Le bilan de cette attaque est de huit militaires morts et cinq autres blessés.

La répétition des attaques contre les forces de défense et de sécurité est une réelle menace contre la paix à laquelle les Maliens aspirent profondément aujourd’hui. Sur la question, nous avons approché Dr Ali Tounkara, directeur du Centre des études sécuritaires stratégiques au Sahel. Selon lui, plusieurs facteurs expliquent cette recrudescence de la violence dans le Nord et dans le Centre du pays. Le premier est que les auteurs, qui pourraient être des terroristes, des bandits armés ou des narcotrafiquants, s’attaquent aux symboles de l’État (notamment les forces de défense et sécurité, l’administration, les infrastructures), dans le but de donner libre court à leurs activités criminelles. D’où leur réticence au retour de l’État dans les localités concernées.

CAPACITÉS DE NUISANCE- Le deuxième facteur, explique Dr Ali Tounkara, est que les auteurs de ces attaques sont dans la logique de saboter toute initiative de paix dans leurs zones d’intervention. « Il y a plusieurs accords locaux qui ont été signés dans le Centre du pays, notamment entre les communautés dogon et peule. Mais ces accords sont sabotés par d’autres acteurs locaux que l’État a du mal à contenir », indique celui qui s’intéresse aux questions sécuritaires au Sahel depuis 12 ans. Pour le directeur du Centre des études sécuritaires stratégiques au Sahel, la mobilité des groupes armés terroristes, leurs capacités de nuisance rendent les actions militaires difficiles quand on sait que ces groupes opèrent très souvent avec des complicités locales. N’ayant pas les mêmes intérêts et revendications – application de la Charia pour les uns, trafic en tout genre et grand banditisme pour les autres -, ils parviennent, parfois, à faire des connexions circonstancielles ou opportunistes pour avoir le dessus sur l’État et ses partenaires opérant sur le terrain.

Malgré les actions militaires (FAMa, Barkhane, G5 Sahel) qui leur infligent de lourdes pertes, les groupes armés terroristes n’ont pas l’intention de capituler. Au contraire, ils entendent faire croire que leurs capacités de nuisance s’intensifient sur l’ensemble du territoire.
Attaquer à maints endroits du pays et de façon régulière, dans une logique de coups sporadiques et disséminés sur le territoire, est une stratégie pour installer la psychose de l’insécurité dans les esprits et donner l’impression qu’ils gagnent du terrain. Alors qu’il n’en est rien. Les ennemis de la paix ne baissent pas les bras. Ils opèrent pour tenter de torpiller les accords locaux et créer des zones de non droit. Ils ne réalisent que des attaques rapides sur des positions isolées et se retirent lâchement. Jamais, on ne les a vus occuper longuement une position et tenir tête à un détachement des forces armées et de sécurité. Pour conquérir un territoire, il faut être capable de tenir une position. Ils n’en sont pas capables.
Leur stratégie reposant sur des attaques sporadiques est médiatiquement payante. Le traitement médiatique crée l’impression que le pays est attaqué de toutes parts et que les groupes armés conquièrent des territoires.

Ces attaques interviennent après une série d’annonces de victoires faites par les FAMa et leurs alliés. Les terroristes veulent certainement faire la preuve contraire qu’ils sont en train de porter la réplique aux actions menées contre leurs repaires par les soldats maliens et français.
Compte tenu de cette situation, nombre de nos compatriotes estiment qu’il faut dialoguer avec les leaders terroristes locaux comme Iyad Ag Ghali du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et Amadou Koufa de la katiba du Macina.

« L’offre de dialogue décidée par les Maliens lors du Dialogue national inclusif (DNI) et entérinée par le gouvernement pourrait concerner les cerveaux des groupes islamistes locaux, à savoir Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa. Si cela se concrétisait, il pourrait y avoir moins d’attaques dans le pays, car les petites filiales djihadistes pourraient toutes disparaître », analyse Dr Ali Tounkara, rappelant que le départ des troupes étrangères du sol malien est l’une des exigences des groupes armés terroristes. Les guerroyeurs islamistes réclament, également, l’application de la Charia et l’arrêt de l’enseignement en français dans le pays. Autrement dit : l’instauration de l’obscurantisme. Une perspective qui n’enchante pas forcément les Maliens.

MK

Source : (AMAP)

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