Affaire des bérets rouges : «Empire Sanogo», de l’apogée au déclin !

Le général putschiste Amadou Haya Sanogo, nommé 4 étoiles en août 2013, qui avait vu les accusations le visant s’alourdir, en plus de complicité d’enlèvement, du chef de complicité d’assassinat dans l’affaire des bérets rouges d’avril-mai 2012, a été entendu au Pôle économique de Bamako. De cette audition, il ressort que la situation d’Amadou Haya Sanogo se corse davantage.

 general amadou haya sanogo arrete

 Pour rappel, lors de sa première comparution devant le juge, le 27 novembre 2013, le général Amadou Haya Sanogo avait été accusé de complicité d’enlèvements dans l’affaire dite des bérets rouges.

 

 

Mais, depuis le 22 avril, avec 27 de ses hommes, le leader des putschistes est accusé de complicité d’assassinats. En conséquence, l’ancien homme fort de Bamako encourt, selon le Code de procédure pénale, jusqu’à la peine capitale.

 

Dans ce feuilleton juridico-judiciaire, Sanogo est en perte de vitesse. «Désormais, c’est chacun pour soi, et Dieu pour tous», sourit une source proche du dossier ayant assisté à l’audition, le mardi 22 avril 2014, du général quatre étoiles. Ce dernier se serait montré «assagi», «plus mûr», et «déçu de beaucoup de gens» qu’il pensait compter parmi ses soutiens. Les anciens putschistes détenus auraient changé d’attitude : «l’heure est au repentir», poursuit le juriste.

 

 

Sanogo, précisons-le, a été transféré à la prison de Sélingué pour raisons de sécurité et privé de téléphone. Ses avocats ont encore obtenu une fin de non-recevoir à leur dernière demande de mise en liberté provisoire de leur client. Enfin, la demande de récusation du juge d’instruction en charge du dossier a été refusée par le premier président de la Cour d’appel, le 15 avril 2014.

 

 

Premier volet d’une saga judiciaire accablant le général Sanogo, l’affaire des bérets rouges devrait bientôt quitter les bureaux du juge d’instruction, Yaya Karembé, pour être jugée. Mais, un autre dossier est déjà sur le feu : celui de la «mutinerie» du 30 septembre dernier, à la suite de laquelle plusieurs corps de militaires disparus avaient été retrouvés. Pour cette dernière affaire, Sanogo et certains membres de son entourage -tous ne sont pas impliqués dans l’affaire des bérets rouges-, sont accusés de faits de tortures, séquestrations et assassinats.

 

Cette nouvelle disposition était très attendue, surtout après la découverte, en décembre, d’un charnier contenant 21 corps. La découverte récente de cinq nouveaux cadavres, tous appartenant vraisemblablement à des bérets rouges, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Avec cette reconsidération des charges, inutile de dire que Sanogo risque gros, très très gros.

 

 

Une pitoyable descente aux enfers

A la suite d’une mutinerie au départ anodine, mais qui a fini par éclabousser le Général ex-putschiste ATT, Amadou Haya Sanogo devenu l’enfant fort de Kati, est passé tristement maître dans la défiance de la Communauté internationale. Plus qu’un «perroquet» comme ce fut le cas d’un certain Dadis Camara de la Guinée Conakry, Sanogo adorait les gros airs et le bavardage, pour ne rien faire de bon au finish. La dictature, il l’avait dans son sang (arrestations d’hommes politiques, d’opérateurs économiques…), oubliant qu’on ne peut jamais régler les problèmes d’une Nation par un coup de baguette magique, même si pour se faire beaucoup remarquer, il s’était fabriqué un bâton dit magique.

 

 

Depuis son coup d’Etat dit débile du 22 mars 2012 qui a vu la fuite et l’exil du général Amadou Toumani Touré à Dakar au Sénégal (à un mois et demi de son dernier mandat), il se croyait le grand héros du peuple, réclamant à cors et à cris des armes pour aller bouter hors de nos frontières les groupes armés du Nord du Mali. Mais, contre toute attente, c’est son fantoche coup d’Etat qui précipitera le pays dans le gouffre, avec la prise des trois villes du nord : Gao, Tombouctou et Kidal.

 

 

Et n’eut été l’intervention spectaculaire de la France de François Hollande, le Mali aurait pu disparaître de la carte du monde avec les velléités  des jihadistes et autres bandits armés de prendre le Sud du pays pour faire de la Nation une République islamique de l’Azawad. Et pendant toutes les hostilités engagées par la force Serval de la France, africaines et l’armée malienne, appuyées plus tard par les forces de la Misma transformée par la suite en Minusma, le capitaine Sanogo se la coulait douce dans son bunker de Kati, fuyant le front.

Tout cela aurait pu passer, mais le capitaine Sanogo avalera la couleuvre quand il acceptera le «cadeau empoisonné» de Dioncounda, alors président par intérim de la République du Mali.  Bombardé donc Général 4 étoiles par le président intérimaire à quelques jours seulement de son départ de Koulouba après l’élection d’IBK de façon démocratique, tout un bouclier humain se dressera devant celui que ses fans appelaient «l’enfant fort de Kati». Début donc des ennuis et du cauchemar de Sanogo : il a failli perdre sa tête lors des récents événements dits de Kati, avant d’être délogé de cette ville-garnison.

 

 

A rappeler qu’au temps de sa pseudo-splendeur politique, ce capitaine n’hésitait pas à se comparer au Général de Gaulle, «un vrai Général» et à défier la Communauté internationale. Et après le coup d’Etat perpétré contre Amadou Toumani Touré (ATT), le 22 mars 2012, par Sanogo, suivi d’«une tentative de contre-coup d’Etat» par le corps des «Bérets rouges», le capitaine de Kati aurait commis, selon les témoignages de ses propres compagnons, des actes de tortures et divers crimes injustifiables. Aujourd’hui, le capitaine devenu vertigineusement «général quatre étoiles», à sa propre demande (en vue de satisfaire ses pulsions et délires mégalomaniaques que procure l’ivresse du pouvoir), est rattrapé par l’histoire.

 

 

A sa dernière audition au Pôle économique, Sanogo reconnaissait avec amertume qu’il a été «trahis par ses compagnons d’armes et par des politiciens». Peut-être. Mais, peut-il méconnaître sa propre part de responsabilité morale et politique dans les évènements douloureux qui ont ébranlé la Nation malienne ?

 

De toutes les façons, il semble que depuis sa cellule de Sélingué, il n’a qu’une seule prière : qu’il ne soit pas embarqué dans le «train spécial» de la Cour pénale internationale (Cpi). Mais, sur ce point, il ne doit pas se faire beaucoup de soucis, car le président IBK a déjà donné des garanties qu’aucun de ses compatriotes n’ira à la Cpi et que la justice malienne fera bien son boulot.

 

 

Bruno LOMA

SOURCE: Le Flambeau

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