A quand le réveil de mon peuple ?

S’il est philosophiquement raisonnable qu’aucun progrès humain ne saurait pleinement se matérialiser en dehors d’une prise de conscience effective des hommes, il reste scientifiquement irréfutable qu’aucun peuple ne pourra accéder à son plein affranchissement aussi longtemps qu’il ne parviendra pas à se constituer en force motrice décisive propre à imprimer une direction à son histoire.

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Le peuple du Mali, désignant par essence le riche produit d’une prestigieuse civilisation, possède au fond de sa personnalité, d’innombrables vertus faisant de lui, un peuple authentiquement digne et valeureux.

Cependant, à l’ère de la démocratie où les pouvoirs d’Etat se sont manifestement mués en des « clans mafieux »  au mépris d’une population de plus en plus acculée au désespoir, l’on est fondé de s’interroger où est définitivement passée cette hargne combattive du malien. Qu’est-ce qui a donc pu contraindre ce peuple à croupir dans la torpeur ? A quand le véritable « dégourdissement idéologique » de mon peuple ?

En effet, si le degré de conscience d’un peuple dépend essentiellement de ses conditions matérielles d’existence, son milieu culturel d’évolution et des politiques de conditionnement psychologique de l’Etat qui le dirige, il serait bien judicieux de reconnaître que notre conscience collective s’est depuis de longues décennies constituée sur des bases extrêmement erronées et hostiles à toute forme de progrès.

L’analphabétisme, la persistance des pesanteurs sociologiques, l’absence d’une réelle politique d’éducation civique et morale, en un mot l’ignorance, sont royalement à l’origine de notre conscience léthargique et agonisante. Une incapacité systématique de nous déterminer dans le sens d’une réelle alternance tout en sachant réunir de grands moyens de pression sur les instances de décision pour une transformation qualitative radicale des conditions de vie.

En d’autres termes, l’obstination irrévérencieuse de certains politiciens à faire de la chose publique, une sinécure voire leur nue-propriété au détriment du bien-être commun n’est fondamentalement favorisée que par l’inaptitude constante des populations à servir de légitime contrepoids aux gestions cacophoniques et déloyales du patrimoine national.

Les partis politiques et regroupements de la société civile, théoriquement censés inculquer aux masses une éducation résolue, amenant celles-ci à fixer les poutres d’une meilleure conscience de classe, se sont pour la plupart métamorphosés en de vrais « rats » du Pouvoir en place. De dangereux « rongeurs » qui n’ont que faire de la bonne mise en chantier de l’édifice commun.

A cela s’ajoutent de sérieux problèmes de leadership. D’interminables clivages et dissensions propres à affaiblir voire désorienter les partisans d’une même cause. D’un autre point de vue, nous avons une jeunesse quasiment déboussolée qui peine à trouver de vrais modèles d’identification susceptibles de lui assurer de meilleures perspectives d’avenir.

L’illettrisme et le désœuvrement combinés à une prolifération effrénée des lieux de jouissance dans notre pays, peuvent objectivement être conçus comme des facteurs clés de cette indolence idéologique et cette absence de combattivité politique de la jeunesse.

Voici en général, les tares qui minent mon peuple surtout dans un contexte de « clanisation » continue de nos pouvoirs publics et de « recolonisation » de nos Etats par une politique occidentale de plus en plus déshumanisante.

Modibo Kane DIALLO

Source: Sirène

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